Traditionnellement, en France, la loi tient le haut du pavé, tandis que le contrat chemine à ses côtés, petit porte sacoche !
Une fois de plus, nos voisins anglais, qui font vraiment du contrat la loi entre les parties, font stictement l’inverse ….
On parle beaucoup d’éthique des affaires, et pourtant, quand elle nous donne l’occasion de l’honorer, on l’ignore encore superbement.
Ainsi en est il du contrat, qu’il soit de travail ou simplement moral
Quand j’ai décidé de recruter quelqu’un , c’est que j’ai passé un pacte avec lui sur lequel nous nous sommes entendus : un horaire, un poste occupé, une qualification….contre un salaire.
Mais surtout, c’est un contrat » intuitu personnae », c’est à dire, parodiant Montaigne et son ami La Boétie, que le nouvel embauché est venu travailler » parce que c’était moi » et que je l’ai recruté » parce que c’était lui ou elle »
C’est pourquoi les signataires de ce contrat ne peuvent en être que les deux personnes qui se sont mutuellement engagées à travailler ensemble !
Et non je ne sais quel tiers, qui a pouvoir de signature, mais est complètement étranger à ce pacte là !
Le sens même du mot contrat exige que les entreprises redonnent pouvoir de signature au hiétrarchique du salarié embauché et non au DRH ou au directeur.
De la même manière, les bonus et autres gestions par objectif, font florès.
Mais c’est oublier un peu vite que la prestation de travail que le salarié doit à l’entreprise, qui est souvent jointe à son contrat, est sa définition de poste et les missions qui lui sont associées.
Le glissement qui s’ opère peu à peu pour tendre à susbtituer aux missions de la définition de fonction, une série d’objectifs, non connus au moment du contrat, constitue une perversion de l’objet qui a motivé la décision du salarié : A une prestation connue d’avance, se substituent des prestations inconnues au moment de la signature.
Et ce , même si le contrat prévoyait que la rémunération comprenait une partie variable et le respect de certains objectifs.
A partir du moment où le contrôle de l’activité du salarié tient de plus en plus au respect d’ objectifs annuels inconnus au moment du contrat et que ceux ci ne sont plus accessoires, peut-on considérer que le contrat initial est respecté ?
Ne pourrait on également considérer, que la non indexation du salaire fixe, représentatif d’un certain pouvoir d ‘achat et qui a motivé le consentement, constitue un non respect de la valeur monétaire du contrat ?
De quoi faire réfléchir les DRH à la généralisation du tout variable ….
Enfin, tout le monde ou presque était d’accord pour considérer que le maintien des régimes spéciaux était injuste….
Certes, mais enfin, si l’on s’en tient à l’esprit du contrat qu’un cheminot a passé avec la SNCF quand il s’est engagé, on retrouve comme élément essentiel de sa volonté de signer, un régime de retraite avantageux et la sécurité de l’emploi….
Tout le monde l’a oublié, mais je me souviens de l’époque où devenir fonctionnaire était une tare sociale et où les salaires comparés au privé étaient loin de ce qu’ils sont devenus aujourd’hui !
Ce qui ne donnait que plus de relief à la retraite dans la motivation de devenir fonctionnaire, à l’époque.
Un Etat responsable et sage aurait dû, non seulement agir beaucoup plus tôt , mais aussi agir justement en distinguant, parmi les fonctionnaires encore en activité, ceux qui appartenaient à la catégorie dont j’ai parlé et ceux qui ont rejoint l’entreprise à une époque où la courbe des salaires des fonctionnaires a croisé et dépassé celle des privés .
Les premiers, c’est une question de justice et de respect du contrat, auraient dû être traités autrement que les seconds
L’appréciation de la justice est chose subtile : la retraite n’est jamais constitutrice de la motivation de contracter des salariés privés quand elle est un élément substantiel, voire plus, de l’échange de volonté du fonctionnaire.
OR, cette justice là a bien été sacrifiée sur l’autel de l’égalité.
L’action du DRH
Un DRH se doit de garder son esprit critique et de se laisser guider par la recherche du juste et du vrai
En matière de retraite des régimes spéciaux, on aurait pû faire preuve de plus de subtilité et de sagesse
La leçon qu’il vous faut retenir est la suivante :
Dans toutes les affaires qu’on vous soumet, reprenez la réflexion à partir de zéro. Ne vous contentez pas de reprendre les idées toutes faites, ou celles du groupe majoritaire, ou celles du patron,
Formez votre jugement poar vous mêmes à la lumière des informations recueillies, du droit du travail, de ce que disent les parties concernées
A la fin de cette démarche, vous direz ce qu’il convient de faire pour être dans le juste, quelle que soit le poids des pratiques antérieures
Il n’est jamais trop tard pour faire ce qui est juste !