Archive pour janvier 2008

Management : le contre exemple gouvernemental

Mercredi 23 janvier 2008

Loin de moi l’idée de faire polémique sur le fond, mais l’exemple que me donne l’ordonnancement actuel de l’action gouvernementale ne peut manquer d’interpeller l’ intervenant en management que je suis

On apprend à nos auditeurs en management qu’un bon patron doit savoir déléguer :
J’observe que l’actuel président de la république mange tous les jours le pain de ses ministres, en intervenant dans leurs dossiers à tout propos et sans ménagement excessif
Il faut retenir en même temps que les collaborateurs se doivent de faire ce qu’il faut pour ne pas risquer de se voir doublés par leur patron, du fait de leur inertie…..

On apprend encore qu’il est capital de hiérarchiser les problèmes, de distinguer l’essentiel et l’accessoire, l’urgent et l’important : j’observe que le Président s’occupe de tout, des enterrements de gendarmes aux sommets du G7, tout est réglé à l’aulne de son bouillant tempérament

On apprend qu’il importe de ne pas réagir à tout et tout le temps , que le temps du dirigeant n’est pas celui des médias, ni celui des faits divers, ni celui des intempéries , ni celui des sondages…..
J’observe qu’un ministre est capable de quitter un séminaire européen pour dire deux mots à la télé devant un immeuble qui brûle à Paris

On apprend à se répartir les tâches dans l’équipe et à surveiller ses coûts de fonctionnement
J’observe couramment la présence simultanée du président et de deux ministres à une cérémonie d’obsèques …

On apprend que le rôle d’un Dirigeant est de penser l’avenir, donc de prendre du recul et du silence pour y réfléchir
J’observe que la boulimie d’actions de notre président ne doit lui laisser que peu de temps pour imaginer ce que sera la France de demain

On apprend qu’il faut faire confiance à ses subordonnés et ne pas les contredire publiquement : J’observe que la ministre de la Ville se permet publiquement de se déclarer sceptique sur le plan banlieue de sa secrétaire d’Etat Fadela Amara

On apprend qu’il faut être raisonnable , maîtriser ses nerfs, se conduire en sage
Je lis dans la Presse que les colères du Président sont fameuses….

On apprend qu’un bon salarié est un salarié équilibré, qui a une hygiène de vie, qui ne travaille pas jour et nuit , même le week end
On apprend que ce qui compte n’est pas la durée ni la fréquence des réunions mais leur qualité
J’observe que le gouvernement travaille le week end plus que de raison et se fait une obligation d’interrompre ses vacances pour un oui ou pour un non

On apprend aux cadres à se comporter en adultes, à savoir exercer leur esprit critique et donner un avis, même s’il contredit le discours officiel :
J’observe beaucoup de flatteries et un religieux alignement sur les paroles de  » Monsieur le Président »
On peut jouer l’équipe sans tomber dans la flagornerie !
Mais pour être objectif, j’observe aussi qu’on ne peut dire une chose et son contraire, critiquer le lundi pour s’aligner platement le mardi, jouer à l’élastique en permanence avec son chef et son équipe : certains ministres et secrétaires d’Etat manquent singulièrement de cohérence sur ce point.

On apprend qu’il ne faut pas promettre à ses salariés au delà de ce que l’on peut tenir, que la démagogie est mauvaise conseillère, que le réel se venge toujours des discours, qu’il faut tenir ses engagements………..
J’observe que les réformes, nombreuses, certes, sont plutôt des réformes à 25%

On apprend que l’éthique du Dirigeant lui commande modestie et simplicité, surtout quand ses salariés peinent à boucler leurs fins de mois
J’observe un train de vie somptuaire

J’observe que l’ETAT, comme un PDG milliardaire, vit toujours comme un riche avec ses cuisiniers et fleuristes de l’Hotel de Lassay, ses coktails, ses 1000 salariés à l’Elysée, ses porte avions et ses rafales…..sa nouvelle base militaire à Abou Dhabi et tant d’autres choses encore, mais la liste serait trop longue

Quand les français s’appauvrissent

Le succès du Dirigeant d’entreprise devrait aussi se mesurer au bonheur de ses salariés
( une idée à soumettre à ceux qui décernent le prix du manager de l’année )

Le succès d’un Président devrait répondre aux mêmes exigences de demande de bonheur de ses électeurs
( et pas seulement leurs demandes d’émotions )

Pour y arriver , il y a des choix à faire et des révolutions à opérer, car si la France est riche, ell n’a plus les moyens de son train de vie

Mais pour celà, il faut du courage, beaucoup de courage, énormément de courage
………Et se moquer de sa popularité comme de sa réélection

Mais la vérité n’est jamais monocolore : Ce président a au moins le mérite de secouer la poussière des institutions et des modes d’action gouvernementaiux, d’agir et de parler vrai, d’être convivial et capable de compassion, de se rendre attachant et de séduire, de foncer, de se moquer des convenances, de n’être pas sectaire, d’aimer le changement … et la France !

En entretien annuel, je l’aurais félicité pour son énergie et je lui fixerais de gros progrès à atteindre dans la gestion de son temps et de ses priorités, et dans sa manière ostentatoire de vivre.

L’action du DRH

Conseiller du DG, et souvent proche de lui, il vous revient de lui indiquer ce qui, dans ses pratiques ou ses attitudes, le dessert.
Changer de voiture au moment où on annonce un plan de restrictions n’est pas du meilleur effet
Demander à ses cadres des efforts d’économies sur les effectifs quand les salariés constatent que le patron recrute, pour lui, une deuxième secrétaire, n’est pas une pratique cohérente
OR, ce genre  » d’incohérences » est très fréquent dans les entreprises
A vous de rappeler à votre patron que le management est  » global » , que tout se tient , que l’on prêche beaucoup plus par l’exemplarité que par les discours
Les salariés vous crutent en permanence, aucune erreur ne vous sera passée
C’est pour cette raison qu’un patron est souvent condamné à la vertu !

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France : mobilité bloquée

Mercredi 9 janvier 2008

La mobilité professionnelle est bloquée, en France, pour les raisons suivantes :

La première est que notre société qui se clame tant républicaine est toujours une société de classe
Elle utilise l’école comme critère décisif de classement  » pour la vie » comme une note le fait pour un examen , comme le BAC sanctionne la scolarité du secondaire…
Une récente enquête de l’Express ( Janvier 2008 ) sur l’avenir et les jeunes confirmait que l’école française servait à classer et que le niveau d’études était exactement prédictif de la position que l’on occupera dans la société
Autrement dit, le diplôme est le nouveau titre de noblesse valable tout au long de la vie
Avoir fréquenté quelques polytechniciens m’a bien fait comprendre que quoiqu’ils fassent , ils auraient leur place au soleil ….

Un groupe de travail européen sur la mobilité en Europe, dont j’ai eu la fierté de servir d’animateur, m’avait exprimé sa vision de la France comme un échiquier composé de cases sur lesquelles vous aviez le droit ( ou non ) de vous déplacer en fonction de la profession de vos ascendants, de votre quartier, de votre école etc….

La seconde raison tient au fait que les grandes entreprises ( et leurs cabinets de recrutement ) recrutent de manière très sélective : pour une majorité d’entre elles, il n’existe pas de salut si l’on n’est pas  » en ligne » :
Être en ligne signifie posséder le diplôme qu’on souhaite , avoir occupé les emplois qu’on recherche, dans les entreprises qui intéressent, le temps qu’il faut ( ni trop longtemps ni trop peu ) , avoir moins de 40 ans et si possible, sans oser le dire, être européen.
Il va sans dire que les chômeurs dont je m’occupe et qui, faute de diplôme, ont occupé l’emploi à pourvoir pendant 15 à 20 ans , se voient refoulés sans ménagement par un  » Mais Monsieur, vous n’avez pas le diplôme qu’on recherche » !
En France, on aime les jardins  » à la française » ! Pas de diplôme, pas de salut

Qu’il faille faire valider son expérience par un diplôme via le processus de la VAE ( validation des acquis de l’expérience ) confirme bien le travers de notre société à ne considérer que le diplôme comme valeur mètre de notre société.

Heureusement que les PME sont plus ouvertes que les grandes entreprises sinon que ferait on de ces miliers de salariés qui veulent réorienter leur vie professionnelle ?
Il est vrai aussi que beaucoup de patrons de PME sont des autodidactes ou , en tout cas, des personnes qui considèrent que la valeur de l’homme est dans sa personnalité, sa volonté , sa capacité d’adaptation , au moins autant sinon plus que dans les études suivies ou le diplôme détenu.

La troisième raison tient au fait que les salariés français ne sont pas assez mobiles
Contrairement aux jeunes Anglais qui font souvent leurs études dans une autre ville que la leur, beaucoup de jeunes français sont des terriens qui n’ont de cesse de vouloir le plus rapidement possible s’ancrer sur un terrritoire et y planter leur maison en dur ou , en tout cas, leur domicile, pour la vie.
Combien de fois ai je rencontré de jeunes salariés venant pleurer dans mon bureau pour rapprocher leur lieu de travail distant d’au moins 25 kms de leur domicile….
Or, on sait qu’en matière de recherche d’emploi la mobilité nationale multiplie les chances de retrouver du travail

Vous me dites que déménager est inhumain?
Peut être , mais certainement moins que de vivre le chômage et toutes ses misères associées
Et puis, si c’était l’inverse, si c’était le changement qui multipliait le plaisir de vivre ?
En France, il va bien falloir finir par comprendre que le monde ne se plie pas à nos souhaits et que c’est à nous de nous adapter aux choses qui ne dépendent pas de nous !

La quatrième raison tient au fait qu’on considère qu’il n’est pas possible, en France, d’occuper un emploi sans le diplôme ou la formation théorique qui va bien.
Pour beaucoup d’emplois, ceci est faux. C ‘est oublier qu’un travail s’apprend sur le tas, c’est oublier qu’on passe son temps à copier les autres et très peu à créer. C’est oublier la formidable capacité d’adaptation de l’homme qui, après avoir vu faire une opération, est très rapidement capable de la reproduire dans d’aussi bonnes conditions, passé un certain délai d’apprentissage
L’embauche d’étudiants pendant l’été m’a souvent convaincu de cette énorme capacité .
Pendant la guerre, des milliers d’emplois ont très rapidement changé de titulaires et cette occasion a d’ailleurs radicalement changé la vision de la femme ….remplaçant les hommes partis à la guerre, dans les usines.

DRH dans une firme US, mon superviseur était un ex marin de l’US Navy !
Imaginez une situation comparable dans une firme française de 15 000 personnes travaillant dans le secteur aérospatial
On vous répondra vite que c’est un emploi hautement qualifié de niveau Bac + 5 minimum ne pouvant être occupé que par un master en sciences humaines.
On condamne d’ailleurs souvent les militaires français, qui sont très polyvalents, à des emplois de sécurité ….
Aptes à tout mais …bons à rien, selon les critères académiques français !

Car, derrière le discours officiel, être polyvalent ou avoir changé de métier, loin d’être un avantage, est souvent encore perçu comme une tare. Les nouveaux riches du diplôme ou les gens  » en place » protègent bien leurs arrières….
Je me souviens encore de ce recruteur parisien qui , en constatant sur mon CV que j’avais commis l’erreur de ne plus être DRH pendant quelques années, s’esclaffa :  » mais enfin , vous voulez faire quoi au juste » !
Est il besoin d’ajouter autre chose ?

L’action du DRH

Vous devez prendre des mesures afin de fluidifier l’emploi dans votre entreprise
- Mesurer déjà les mobilités existantes
- Ne mettez pas au service recrutement une personne jeune et diplomée qui évaluera les candidats à l’aune de son âge et de ses dîplômes mais une personne expérimentée, si possible autodidacte, qui connaît bien tous les emplois de l’entreprise
- N’hésitez pas à officialiser des majorations de qualifications et / ou des primes de mobilité pour les personnels polyvalents et mobiles
- Ne surqualifiez pas vos emplois en exigeant un niveau Bac + 5 pour un poste qu’une personne professionnelle de niveau bac pourrait exercer sans problème ( compte tenu des marges de manoeuvre dont disposent les salariés en général et le cadre étroit des procédures à observer )