On invoque régulièrement le manque de formation dont seraient soudainement frappés les quinquas des entreprises quand ils abordent la cinquantaine, la nécessité forte dans laquelle ils seraient de se remettre en question …..
Quelle drôle d’idée !
Pourquoi n’instruit on t on pas le même procès en incompétence pour les notaires, médecins, hommes politiques, journalistes, avocats, grands cuisiniers, grands couturiers etc…lorsqu’ils arrivent , eux aussi, à la cinquantaine ?
Souvent, au contraire, ne trouve t on pas qu’ à cet âge, la voix du chanteur est devenue plus grave, l’écrivain au sommet de son art, le journaliste riche des évènements vécus et d’une plume plus libre, l’homme politique de 52 ans, encore si jeune…
Faut il rappeler qu’il n’est pas rare que des comédiens meurent encore sur les planches ou presque.
Les chefs d’entreprise, au même âge, échappent à ce statut, pour être honorés du titre de » capitaine d’industrie »
Les maires des grandes villes priés de se représenter une fois de plus….
On vient de fêter en grandes pompes le départ en retraite d’un grand couturier italien et de pleurer la mort à 90ans, d’un chanteur qui a donné son dernier concert il y a 3 moins de 3 mois…
Non, les quinquas des entreprises ne sont pas plus obsolètes ou « has been » que les autres,
l’explication du rejet est beaucoup plus simple : ils ne plaisent plus, ils ne sont plus à la mode !
Car en France, les canons esthétiques sont sans pitié : une pomme, à l’étal du marché, doit être aussi belle que la nature morte d’un tableau, un mannequin doit être très maigre et très long et les cadres de nos entreprises doivent être jeunes, beaux, diplômés des meilleures écoles et parler anglais.
Finalement, les quinquas des entreprises sont victimes du fait de leur âge du même ostracisme que les noirs ou les arabes du fait de leur couleur de peau ou de la consonance de leur nom.
Parmi le groupe de chômeurs dont je m’occupe, les plus jeunes partent toujours en premier
Et pourtant si les directions d’entreprise réfléchissaient un peu, elles constateraient que la plupart de leurs jeunes cadres sont mal à l’aise dans leur rôle hiérarchique car il leur manque ce que les quinquas possèdent : la maturité du jugement, la prise de recul, la connaissance des hommes, l’art délicat de la négociation et de l’arbitrage, sans compter le pragmatisme dans le traitement de situations
Le déroulement de carrière , en France, est également à repenser :
Au Japon , on ne devient pas chef de service avant l’âge de 50 ans. En France , on l’est souvent à trente ans, c’est à dire 20 ans, trop tôt !
Dans ces conditions tout le cycle de la vie professionnelle s’en trouve affecté et il est donc normal qu’à 50 ans, le jeune vieux chef de service n’ait plus rien à donner ou prouver ……
Ils coûtent cher dit on ?
Mais ils ne se sont pas augmentés tout seuls ….
D’ailleurs, beaucoup de quinquas accepteraient sans doute une baisse de leur rémunération contre un aménagement de leurs horaires
Au lieu de recourir sans discernement aux cabinets de consultants, combien de quinquas pourraient conduire des audits et missions de réorganisation de manière tout à fait pertinente et pour un coût bien moindre…
tout en assurant un suivi que les premiers n’assument pas.
Ils ont l’esprit critique ….sans doute, mais celà évite souvent au dirigeant de s’enfermer dans des impasses !
J’entends que les jeunes ingénieurs ont 3 ou 4 propositions avant de sortir d’école, que les entreprises ne trouvent pas la matière grise qu’ils recherchent, que le bâtiment , les travaux publics manquent de volontaires ….
Mais la France est pleine de milliers de cadres aux compétences inexploitées qui en crèvent de se voir mis ainsi au rebut !
Alors , cessons d’invoquer l’alibi de l’incompétence, de nommer des responsables de recrutement qui ne recherchent que des salariés qui ont le même âge qu’eux, c’est à dire 25 ans et non l’âge de leur père !
Brisons enfin ce nouveau tabou social de l’âge, phénomène unique au niveau mondial, et peut être aurons nous une chance de voir les statistiques du chômage baisser chez les quinquas.
Et cessons de les balader de bilan de compétence en coaching, de sessions de remise en question en formations qualifiantes
qui ne sont que larmes de crocodiles pour masquer notre refus gêné de conserver ceux qu’on considère comme » des vieux » !
Demain, ce vieux là, dont on ne veut plus, ce sera vous…..
L’action du DRH
Tous les DRH , et moi le premier, avons, à un moment ou à un autre, refusé d’embaucher ou de promouvoir quelqu’un du fait de son âge
Mais c’était » Avant »
Avant que je vieillisse moi même
Avant que » nous » prenions conscience qu’il y avait là un vrai problème de société
Un plan Marshall s’impose actuellement vis à vis des quinquas
C’est stupide, car il n’y a aucune raison objective à cette situation, sinon une crise de jeunisme, en France
Mais il faut faire avec !
votre rôle, dans votre entreprise, consiste à s’inscrire contre cette tendance et à donner la considération qui leur est dûe à tous les quinquas de l’entreprise
Voici quelques idées :
- Pour convaincre votre DG ou votre comité de direction, faites un tableau à double colonne, exposant les avantages et inconvénients des salariés jeunes face aux salariés âgés, ce sera un bon moyen d’objectiver les choses et de renverser de forts mauvaises habitudes
- Organisez chaque année une rencontre entre les retraités de votre entreprise et les recrutés de l’année
- Recensez tous les emplois et toutes les missions externalisées qui pourraient avantageusement être confiés à des salariés, cadres ou non, âgés de plus de 50 ans
- Prévoyez la possibilité, pour eux, d’avoir des horaires adaptés, de pouvoir travailler en télétravail ….
- Faites les travailler en groupe de travail sur les toutes les mesures que l’entreprise pourrait prendre afin de tirer le meilleur parti de sa main d’oeuvre expérimentée . Des idées, ils en auront mille !
Dans tous les cas, chassez l’idée de leur faire la charité
La considération commence à les traiter pour leur valeur intrinsèque et non comme un groupe d’assistés