Les méfaits du stress en entreprise sont d’actualité
Une série de suicides au technocentre de Renault a fait remonter le problème à la surface et conduit les médias à s’en emparer
Mais, attention, le lien stress – suicide reste à démontrer compte tenu de la multiplicité des causes qui peut conduire quelqu’un au pire et les syndicats ont tort de choisir les raccourcis trop commodes
PSA a également tort de de se réjouir que seulement 19,8% de ses salariés soient hyper stressés contre 28% pour la moyenne des salariés européens ( Les Echos du 12/03/ 008 )
Parce que 20%, c’est déjà un chiffre énorme.
Ce qui est sûr, c’est que le salarié français ne vit pas son entreprise en 2008 comme il la vivait en 1970
5 raisons expliquent, à mon avis, que le stress soit devenu un vrai sujet de préoccupation :
La première tient à la nature des français, elle a changé : les ruraux habitués au travail dur et aux conditions de travail sommaires, qui avaient rejoint les usines, se sont mués en urbains élevés par des parents sur- protecteurs , soucieux du moindre bobo.
Ajoutez à celà une sur consommation de psychotropes et vous avez une population fébrile et nerveuse, mal armée pour supporter les coups durs de la vie.
La deuxième raison tient à la modification de la gouvernance des entreprises françaises
le licenciement, d’exceptionnel, est devenu un mode normal de management. Les patrons français se sont alignés sur les comportements de leurs collègues anglosaxons, aidés par des fonds communs de placement, qui possèdent 40% des entreprises du CAC 40.
Mais, à leur différence, ils licencient définitivement et pas seulement pour aider à passer une mauvaise passe. Une précarité structurelle a envahi les esprits de tous, y compris des cadres et des dirigeants.
La troisième raison tient à l’instauration de méthodes de travail et procédures de plus en plus rigides et normatives : ce sont les procédures qualité dont l’approche bureaucratique a installé beaucoup d’agacements et tué autant d’enthousiasme et d’esprit d’initiative, c’est le rouleau compresseur de logiciels de plus en plus intégrateurs, ce sont les procédures achat soumises au contesté effet de taille, ce sont surtout les procédures RH avec l’arrivée des entretiens d’évaluation, des objectifs , des coachs. Ce sont les reportings en tout genre, les tableaux de bord et de suivi redondants.
C’est le contrôle interne, les contrôleurs de gestion, les enquêtes diverses et variées…..créant autant d’occasions d’inquiétudes.
La quatrième raison tient au changement de style des managers : Des managers, diplômés et souvent jeunes, rompus aux méthodes quantitatives de gestion, ont remplacé toute une génération de » chefs » pas toujours faciles, mais autodidactes souvent, au coeur tendre, pratiquant un accompagnement humain personnalisé, même si on pouvait le taxer de paternaliste.
Un management « froid » a remplacé le management » chaud » qui sied beaucoup mieux aux latins.
Les fêtes d’entreprise et moments spontanés de convivialité se sont faits beaucoup plus rares et n’ont pas été remplacés par les coûteuses conventions d’entreprise et opérations de sponsoring en tout genre, fort dispendieuses, mais laissant froid le personnel d’exécution.
La cinquième raison tient à une gestion calamiteuse du temps, entraînée par les tyrans de l’instant que sont devenus les mobiles, messageries électroniques, et autres intranet ….
Ajoutés à la spécificité française de la multiplication des réunions et des horaires de travail extensifs des cadres, ces nouveaux outils, censés faciliter la vie au bureau, ont enfermé chacun dans une bulle faite de milliers de bribes d’informations, de mini messages, de mini consignes, truffant la tête d’autants d’éclats de travail, empêchant une vue d’ensemble cohérente de son action.
Paradoxalement, un certain niveau de stress est indispensable pour nous garder vigilants et même au mieux de notre forme !
Le problème est que personne ne réagit de la même manière à la même dose de stress
C’est la raison pour laquelle les mondes stables vivent plus douloureusement que d’autres l’arrivée de ces transformations dans l’organisation du travail : Organismes publics en voie de privatisation, PME rachetées par des groupes anglo saxons etc…
Les individus, en fonction de leur histoire personnelle, ne réagissent pas non plus de la même manière aux changements affectant leur vie.
Poilus de 14, Soldats US au vietnam ou en Irak, salariés en situation de fort changement, sont inégaux face à ces traumatismes que leur présente la vie
L’action du DRH
Comme citoyen et conseiller, le DRH doit inciter les parents à élever leurs enfants à appréhender la souffrance, plus et mieux qu’ils ne le font, au lieu de dépenser toute leur énergie à multiplier de profonds lits douillets de tranquillité.
Ensuite, il doit inciter les managers à considérer la relativité des ratios financiers face à l’enjeu supérieur que constitue la santé psychologique voire physique de ses équipes
Enfin , il doit réapprendre les managers à se réapproprier un sentiment qui, hélas, a souvent déserté les entreprises : la compassion, quand les situations privées fragilisent les résultats professionnels
Enfin, il doit distiller l’idée auprès des dirigeants que le plaisir au travail, et l’enthousiasme qui l’accompagne, est, bien plus que beaucoup d’autres outils de gestion et de mesure , le principal carburant des salariés de leur entreprise.