Archive pour 3 mars 2008

Qu’est ce qui a changé dans l’entreprise depuis 68 ?

Lundi 3 mars 2008

En France, comme chacun sait, on aime les commémorations….
Et les joutes verbales qui souvent les accompagnent :
Pour ou contre l’avortement? pour ou contre Vichy ? pour ou contre Mai 68 ?

Mon propos n’est pas de décrire les grandeurs et décadences de Mai 68, mais bien d’essayer de discerner les changements qui ont affecté le monde de l’entreprise depuis 40 ans

Le plus important changement est celui qui, compte tenu de la persistance de l’inadaptation de la France aux évolutions de l’économie mondiale, a poussé petit à petit à substituer la lutte pour l’emploi, aux luttes pour les augmentations de salaires
Dans les années 1970, un ouvrier avec un salaire d’ouvrier, pouvait, en Province, être propriétaire de sa maison à 25 ans.
Ce n’est plus qu’un rêve aujourd’hui.

Le deuxième changement est une dégradation des conditions de travail : celle ci affecte non seulement les conditions physiques de travail ( le rythme et l’intensité ont beaucoup augmenté ) mais surtout les conditions psychologiques.
Le management par le stress aiguillonné par le management aux objectifs et les outils de reporting anglo saxons ont gravement gâché le plaisir au travail !

Le troisième changement est le dépérissement des syndicats sauf dans le secteur public.
Ils ont dépéri pour avoir trop longtemps confondu leurs vieilles lunes idéologiques avec le combat social.

Le quatrième changement est le remplacement des études courtes doublées d’un apprentissage  » chez le patron » ou dans le centre d’apprentissage de l’entreprise, par des études plus longues et plus conceptuelles, doublées d’un dispositif de formation lui aussi largement conceptuel
cette évolution a eu pour conséquences une dégradation forte du professionnalisme, malgré l’introduction à haute dose des normes qualité.

Le cinquième changement est la multiplication des moyens et occasions d’échanger ( intranet, mobiles, réunions, évènementiels ..) et la difficulté parallèle à  » se parler  » de manière directe et franche.
La relation d’homme à homme , qui permet de se dire les choses, a été effacée au profit de moyens d’expressions impersonnels et collectifs et d’un mode d’échange soft et souvent trop policé pour être honnête !
L’usinage de la ressource humaine s’est substituée à la relation humaine tout court.

Le sixième changement est l’arrivée d’un racisme anti vieux : une mode s’est installée en France considérant que les plus de 50 ans n’ont pas d’intérêt .
Au début tout le monde a aimé , grâce à de généreux plans de pré retraite
Aujourd’hui , ce sont des centaines de milliers de cerveaux, ordinateurs en parfait état, mais au design retro, qu’on jette à la casse.

Le septième changement, au moins dans les grandes entreprises, l’idée nouvelle selon laquelle on ne pouvait plus obtenir de résultat efficace par le canal hiérarchique et les structures traditionnelles d’exercice du pouvoir .
Ainsi donc, logiquement, la personnalité des chefs a changé. Les leaders et les hommes de tempérament se sont effacés derrière des managers, pointus en gestion ou surdiplômés, mais généralement faibles dans l’art du maniement des hommes.
Pour compenser, on a donc multiplié les séances de formation et de coaching en tout genre.
Parallèlement, on a décidé que le management en réseau , les équipes projet, le matriciel, étaient des structures incomparablement plus efficaces que la structure pyramidale.
Finalement l’entreprise a suivi la famille et l’école dans la nécessité de tuer les schémas traditionnels de pouvoir.
On a fait le bilan des plus et des moins pour l’école et la famille, quand le fera t on pour l’entreprise ?

Autre changement important, le temps de travail uniforme et fixe, a explosé sous les coups de boutoir des horaires flexibles, temps partiels et autres 35 heures. Conséquence lourde, la communauté de travail s’est largement dissoute avec lui.

Les salariés, surtout, ont changé : quel que soit leur statut, ils souhaitent tous mourir pour l’entreprise mais de mort lente, en ménageant un parfait équilibre avec leur temps privé.

La considération accordée aux salariés a changé : quoiqu’ on en ait dit à l’époque, les patrons attendaient jusqu’au dernier moment pour licencier et souvent trop tard. Les cadres ne faisaient jamais partie de la charrette . C’en est bien fini, comme nos amis anglo-saxons , ce qui compte c’est de maximiser le profit, plus de concilier progrès économique et social. Le licenciement économique n’est plus resté l’arme ultime.
Ils vont s’en souvenir.

La multiplication de nombre de femmes cadres dans l’entreprises a marqué aussi ces 40 dernières années. L’entreprise comptait déjà du personnel féminin mais plutôt de niveau subalterne. Des services entiers, surtout fonctionnels, se sont parfois complètement féminisés. C’est moins vrai dans les services dits techniques.

Enfin, a disparu une certaine insouciance, une certaine décontraction dans les relations, un certain humour, une certaine manière de vivre le travail ensemble, un certain paternalisme bon enfant.
La grande entreprise moderne est souvent devenue un monstre froid. Seules certaines PME ont su conserver une certaine convivialité rafraîchissante.

Mais, il y a t il quelque chose qui n’ait pas changé ?

Oui, la centralisation du pouvoir et son corollaire, l’incapacité chronique à déléguer, la bureaucratie, la lenteur des processus de prises de décision, la frilosité des banques face aux entrepreneurs et leur générosité avec les rentiers, le terrible manque de soutien de l’Etat aux créateurs d’entreprise, un droit du travail étouffant, une économie encore largement administrée, un secteur public disproportionné, des différences trop importantes de statut et de salaires entre ouvriers et cadres, fonctionnaires et non fonctionnaires, manuels et intellectuels, une persistance très importante des disparités entre régimes de retraite ,tout celà n’a pas changé et a permis à la France de passer de la tête à la queue de l’Europe.

La difficulté des français à voir le monde en face et à accepter les réformes qui vont avec n’a pas changé non plus
Ceci ne sera pas possible tant que nos multiples corporations aux comportements peureux et conservateurs, qui vont des chauffeurs de taxi aux barbiers, en passant par les kinésithérapeuthes, les pêcheurs à la thonaille, les avocats, les juges de première instance, les urgentistes, les contrôleurs aériens, les limonadiers, les Agents de la RATP, les éleveurs de poulets de Louée, ceux de cochons du pays basque, les sourciers, etc….. n’accepteront pas de faire table rase du présent pour bâtir l’avenir !

Vous les européens, vous êtes un pays de vieux, m’ont dit un jour des coréens , en souriant de toutes leurs dents.

L’action du DRH

Nous ne dirons jamais assez que le principal rôle du DRH est d’être le catalyseur du changement dans l’entreprise
Et pour celà, nul besoin de haute stratégie : souvent les grands changements programmés par de grands cabinets de consultants accouchent de petites souris
Soyez donc un changeur au quotidien , les occasions de progrès sont innombrables , tout autour de vous
Beaucoup ne dépendent que de vous !
Alors changez d’abord les choses qui dépendent de vous !
Si l’occasion vous est donné de faire changer les autres, appuyez vous sur vos propres changements réussis
N’hésitez pas non plus à vaincre les réticences en proposant une expérimentation . ça suffit souvent.
Mais le premier obstacle à vaincre est votre manque de détermination et de courage à changer !