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UIMM : La force d’action rapide des patrons métallos

Mercredi 5 mars 2008

Dans les années 90, j’ai souvent eu l’occasion de me rendre au siège de l’UIMM, Avenue de Wagram.
Mon impression, en entrant dans cet immeuble – bunker était étrange : coincé quelques secondes dans le sas de l’entrée, je me sentais déjà suspect, prêt à m’accuser de je ne sais quel crime anti patronal…
Les journées se passaient en sous sol dans de vastes salles de réunion sans fenêtres ..

Se croisaient là des techniciens divers et variés, salariés de l’UIMM, les secrétaires généraux de l’UIMM en province venus gober l’épître du jour, quelques apparatchiks, plus ou moins compétents et souvent meurtris, récupérés par l’appareil pour avoir peut être mené une guerrilla justifiant une exfiltration sécuritaire
Avec un peu de chance on pouvait croiser un ou deux grands personnages, grands maîtres imosant le respect, au sourire énigmatique et lisse, veillant de manière sourcilleuse à la pureté du respect de la ligne idéologique
Seulement de passage, de grands chefs d’entreprise, élus pour un temps, à la tête du conseil.

Impression étrange que celle rendue par cette bâtisse forte où l’on n’aurait pas été surpris de croiser quelques figures d’Au nom de la rose !

Plus prosaïquement, l’UIMM peut se résumer en 3 choses : une spendide machine juridique, un efficace groupe de pression, une machine idéologique.

Le service en droit social de l’UIMM est sans égal : Les nombreux juristes de qualité salariés par l’UIMM répondent journellement aux multiples sollicitations des entreprises adhérentes avec une précision et une fiabilité que doivent lui envier bien des cabinets spécialisés
Et si un litige malencontreux, d’aventure, vous fait vous affronter avec eux, il ne vous restera qu’à aller faire brûler un cierge

l’UIMM est un lobby politique puissant : Un vague projet de texte de loi social vient il à peine d’effleurer l’esprit d’un conseiller de Matignon ou d’un ministère, pouvant contrecarrer les intérêts des adhérents de l’UIMM, que se met en branle une force d’action rapide : il s’agit de se procurer en un temps record la première mouture, d’en lister tous les points dangereux, d’imaginer leur contournement, de coacher les négociateurs patronaux afin de se battre pied à pied au sein des groupes de travail paritaires syndicaux.
Si le texte présenté au parlement n’a pu être suffisamment édulcoré, mobiliser quelques dizaines de députés en un temps record est tout à fait à la portée de l’UIMM .
Il restera encore un travail de lobbying intéressant à produire lors de la rédaction des décrets d’application.
Enfin, les premières décisions de justice permettront de grapiller encore un peu d’un dessein originel qui avait oser contrecarrer les intérêts du puissant syndicat patronal, qui se confondent avec celui de l’économie nationale , comme chacun sait.

Enfin, l’UIMM est une machine idéologique : Pour elle, le rideau de fer et le mur de Berlin ne sont pas tombés.
C’est toujours la guerre. Car seule la guerre justifie que soit maintenue en bon état de marche une telle machine de guerre.
Il faut se méfier de tout et de tous : des élections, des politiques, des étudiants, du MEDEF, des cabinets ministériels, des journalistes, des autres syndicats ….

L’UIMM est la réplique adaptée au positionnement d’un syndicat comme Sud . Les deux organisations sont construites sur la même base de méfiance à l’égard de tout ce qui s’écarte de leurs dogmes économiques, philosophiques et idéologiques.

Les relations avec le MEDEF n’ont jamais été bonnes parce que le MEDEF est accusé de mettre trop d’eau dans son vin idéologique et de pactiser trop facilement avec patrons sociaux, gouvernements de gauche et syndicats réformateurs.
N’oublions pas que Me Parizot a été élue contre les voix de l’UIMM.

L’UIMM, outil idéologique, est complètement décalée dans le paysage du troisième millénaire; Son horloge est restée bloquée à la naissance des premières luttes ouvrières et des premiers mouvements révolutionnaires ouvriers.

Aussi, les derniers évènements ne m’ont ils pas du tout surpris. Pour faire la guerre, il faut des soldats et de la solde, des indicateurs, des opposants à neutraliser, des amis à conforter, ou à indemniser, au nom de causes supérieures.

L’action du DRH

Si vous travaillez dans une branche professionnelle rattachée à la Métallurgie et donc à l’UIMM, vous avez probablement ressenti son orientation vers le patronat de combat, même éclairé.
L’UIMM, semble t il a engagé sa révolution culturelle
On ne peut que s’ en réjouir
Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’une certaine conception des relations sociales , pensée en terme d’affrontement, est encore partagée par des représentants patronaux et syndicaux
Dans certaines entreprises, certains syndicats usent encore de procédés d intimidation assimilables à de vraies violences
Idem sans doute de certaines pratiques patronales
Certains DRH dans les années 70 étaient, aussi, des DRH de combat
Je sais qu’il faut adapter la riposte à la menace et que c’est , hélas, encore parfois indispensable
Néanmoins, le plus intelligent est toujours celui qui commence
Celui qui commence à vouloir faire la paix.