Archive pour 28 avril 2008

Ce qu’on appelle  » évolution » est une réforme avortée

Lundi 28 avril 2008

Réforme ou révolution ?
Depuis 1789 et Mai 68, la rupture donne des cauchemars aux décideurs
La « fuite » de De Gaulle en Allemagne comme celle du Roi à Varennes ont définitivement marqué l’imaginaire de tous ceux qui ont à affronter des décisions difficiles
J’ai été très frappé, lorsque je suis arrivé dans une des entreprises où j’ai travaillé, de culture US, combien la peur et l’ auto intox frappaient l’esprit des managers français !

Les exemples de situations où les dirigeants ayant à décider se créent des peurs imaginaires sont innombrables :
Situation typique : Si nous prenons cette décision ( celle qu’il faudrait prendre, en réalité ) :
- les syndicats vont se mettre en grève !
- le syndicat CGC ne signera pas le prochain accord
- le siège ne va pas être content
- Monsieur Dupont va démissionner
- Monsieur Richard va être obligé de quitter le poste qu’il occupe depuis 10 ans

Résultat :
On prend une mauvaise décision pour s’éviter un inconvénient qui n’a pas d’importance ou qui en présente moins que celui de prendre une mauvaise décision
Parce que, finalement , est ce si grave :
- que les syndicats se mettent en grève ?
- que la CGC menace de ne pas signer ?
- Que le siège soit momentanément froissé ?
- Que monsieur Dupont démissionne ou que monsieur Richard soit mécontent ?

La peur du dommage collatéral empoisonne le processus de décision de nombre de managers français

Si le même état d’esprit avait habité les chefs militaires alliés, le débarquement du 6 juin 44 n’aurait jamais eu lieu ….
Ce même état d’esprit , peureux, habite nombre de dirigeants, quand il s’agit d’ entreprendre de vrais réformes

Résultat : on réformette, on évolutionne, on compromise, on coupe la poire en deux, on tronçonne , on délaye, et finalement , le bateau, qui n’a pas viré assez vite, pour ne pas chahuter ses passagers, ne peut éviter le quai et ….les traumatise pour de bon, cette fois !

Le compromis, en France, est devenu le mètre de toute bonne négociation
Ceci est souvent la bonne solution, quand le rapport des forces y oblige
Ceci est toujours mauvais quand des principes forts sont en jeu : l’esprit d’équité par exemple ou l’intérêt général
Ceci est toujours mauvais quand la maison brûle et que le compromis revient à arroser l’incendie sans prendre les moyens de l’éteindre !

Je lis et j’entends souvent qu’il faudrait préparer le changement
Mais c’est oublier que souvent le changement est si rapide qu’il ne nous donne pas le temps de nous préparer !
Surtout la concurrence est devenue si intense que le temps perdu par vous bénéficie forcément à un concurrent plus rapide !
Les révolutions lentes, idéales, car le changement se produit sans traumatisme pour ceux qui sont concernés, n’existent pas
Les changements se produisant dans ces conditions ne sont pas des vagues, au mieux des vaguelettes
En France, trop de monde se félicite sans cesse du changement qui ne mouille personne
C’est une illusion collective, une démission partagée

Ainsi des dernières négociations sur le CDD allongé des cadres, la rupture conventionnelle et l’allongement des périodes d’essai
N’importe quel DRH vous dira que ça ne changera rien !
Le CDD allongé ne règlera pas le chômage des séniors
La transaction , sans autorisation du directeur du travail, permettait depuis longtemps de se séparer à l’amiable,
Les périodes d’essai ne devraient pas être inférieures à 1 an, délai sage pour juger vraiment des qualités d’un salarié, cadre ou non .
Mais MEDEF, syndicats et politiques se tapent sur le ventre pour se féliciter d’une opération exemplaire ….

Bref, ce changement là n’en est pas un.
Son seul mérite est sans doute d’avoir réussi à faire prendre en compte ses conclusions par l’Etat sans que celui-ci y mette sa patte.
Et encore ne parlons nous pas de la réforme des régimes spéciaux qui n’a concerné que peu de monde et dont personne ne nous dit combien son abandon a coûté …..

Certains repreneurs d’entreprise savent conduire un vrai travail de réforme
Ils le font parce qu’ils savent vraiment prendre les moyens du changement qu’ils visent , que les salariés et les syndicats connaissent clairement l’enjeu
Mais pour que les salariés admettent le changement et les remèdes de cheval qui vont souvent avec, encore faut il leur dire la vérité sans fard et avoir le courage de mettre son mandat ou son plan dans la balance
C’est parce qu’on n’ose pas assez que le changement échoue.

L’action du DRH

Le DRH est en général l’homme du compromis
Mais le compromis n’est pas cette opération qui consiste à tout diviser par 2 de sorte que la soupe n’ait plus aucun goût
Le compromis est bon quand il ajoute, il est mauvais quand il retranche .
Un compromis à valeur ajoutée est un compromis qui reprend les meilleures propositions des deux parties
Un compromis retranché ou à valeur diminuée est un compromis qui maintient la décision initiale mais lui enlève toute sa force et donc tout le changement ou le progrès qu’elle emportait avec elle
Dans ces cas là, autant ne rien faire
C’est votre rôle de savoir vous retirer d’une négociation si elle aboutit à une décision sans valeur ajoutée

Peut on être cadre et libre ?

Lundi 28 avril 2008

Drôle de question !
Et pourtant
Quand on regarde vraiment le quotidien des cadres et des salariés, de quelle liberté disposent ils vraiment ?
Les définitions de poste précisent, souvent par le menu, ce que vous devez faire
Combien renseignent sur votre marge de manœuvre ?
C’est-à-dire :
- Qu’est ce que je peux vraiment faire seul, sans demander l’autorisation à quiconque ou informer quiconque ?
- Qu’est ce que je peux faire en informant à posteriori ?
- Qu’est ce que je peux faire en informant à priori ?
- Qu’est ce que je peux faire en demandant l’autorisation ?
- Qu’est ce que je ne peux absolument pas faire ?

Cette réalité se découvre au coup par coup, de manière très décousue, et très subtile, au fur et à mesure de votre
« vieillissement » dans l’entreprise
Dans la plupart des cas, on apprend très vite que ses marges de manœuvre sont très mesurées voire infimes
Bien sûr, certains secteurs sont plus verrouillés que d’autres : la fonction publique, les banques, les assurances, toutes les grandes bureaucraties en général
Le BTP, la grande distribution, les PME/PMI, les transports routiers, le bâtiment, par exemple, donnent de plus grands espaces à leur personnels, parce que la profession impose d’agir vite.
Bien sûr certains postes de managers, décentralisés dans des unités moyennes ou petites, loin du siège, profitent d’un peu plus d’air…
Bien sûr les entreprises de culture anglo saxonne pratiquent la responsabilisation par le résultat et le management d’un centre de profit ( mais le plaisir en est souvent gâché par un reporting pesant )

Mais combien d’organisations françaises ont sincèrement épousé la logique de la gestion « au résultat » ?
Elles préfèrent se délecter de l’administration d’objectifs savamment pesés, respectant religieusement le trop fameux S.M.A.R.T, plat de résistance de l’ennuyeux entretien annuel…
On est encore largement dans la logique de l’autorisation de faire « au coup par coup » dans le cadre de budgets pré définis et sous le contrôle omni présent des contrôleurs de gestion, du contrôle interne, du contrôle qualité.

La liberté expire quand le contrôle empire…
Quoiqu’on dise, le siège reste le seul et unique centre de pouvoir , le « tais toi et bosse » le principal commandement
Des consultants s’essayent régulièrement au jeu de la liberté dans une soirée décontractée avec le patron :
les imprudents qui se sont risqués à croire à l’extinction de la censure en sont pour leurs frais, le lendemain….

On peut tout dire, sauf ce qui déplaît au patron !
Paradoxalement, les directions d’entreprise continuent à croire aux vertus du projet d’entreprise
Mais le projet d’entreprise ne s’adresse qu’à des hommes libres, considérés comme des partenaires à part entière et non comme des serviteurs aux ordres !
Comment, dans ces conditions susciter la créativité qui est la matière première la plus importante de toutes, celle qui nous permettra de retrouver la tête des économies développées ?
L’une des plus belles définitions du manager que je préfère est celle ci :
Le Boss , c’est celui qui permet de faire.

Et puis enfin, il faut oser dire que la liberté se paie; elle se paie partout même en entreprise
Beaucoup de cadres se taisent car ils ont peur des conséquences d’être soi même, sur leur augmentation, leur carrière ou même leur présence dans l’entreprise
Combien sortent des petits calculs pour oser dire : « je ne suis pas bien dans cette boîte là, avec ce chef et ce patron là , j’ose rester moi même , j’ose dire, même si la fin prévisible de ce processus est mon départ de l’entreprise » ?

L’action du DRH

L’entreprise n’est pas une démocratie
c’est une organisation hiérarchisée qui a besoin d’ordre pour être efficace
Néanmoins, tout le monde sait que l’esprit d’initiative et de responsabilité ne peut éclore dans un milieu contraint
Il appartient au DRH de plaider pour une répartition équilibrée de l’organisation entre ce qui est nécessaire à l’ordre ( qui doit être limité au maximum ) et les bulles d’air indispensables à l’épanouissement des talents
Le vrai effort est à fournir du côté de l’éducation des salariés à la responsabilité
Il ne consiste pas à multiplier procédures et règlements