Archive pour 25 septembre 2008

BAC + 5, et alors ?

Jeudi 25 septembre 2008

Une récente étude révèle que les jeunes diplômés français arrivent sur le marché du travail avec un Bac + 5 , quand leurs collègues européens y arrivent avec un Bac + 3.
A quoi peuvent donc nous servir ces deux années supplémentaires ?
A être plus compétitifs ?
A être plus heureux ?

Finalement, ces deux années ne servent à rien.
Elles sont le résultat d’une course au diplôme engagée en France depuis quelques années maintenant.
Dans notre pays, tout le monde est persuadé que le nombre d’années effectué par la jeunesse après le Bac , conditionne son emploi et son bonheur, la prospérité du pays, l’élévation de son niveau de civilisation.
Certes, les chiffres prouvent qu’un diplômé trouve ou retrouve plus facilement du travail qu’un non diplômé.
Cela revient il à dire que tout le monde doive poursuivre des études jusqu’au niveau le plus élevé possible ?
Oui, c’est ce que l’on croit
Le problème, c’est que le pays n’a pas besoin de millions de BAC +5.
Il a aussi besoin de boulangers, de mécaniciens, d’ajusteurs, d’infirmières, d’ouvriers qualifiés, de techniciens, de secrétaires…
Et le taux d’emploi des diplômés tient au fait que les employeurs ont vite compris que pour le prix d’un bac +2, ils pouvaient se payer un Bac +5 .
Surtout, il y eu effet de substitution : les Bac +5 ont remplacé les Bac +2, les BAC + 2 ont remplacé les Bac pro, qui , eux mêmes, ont remplacé les CAP.
Mais, sauf exception, ceci ne signifie pas que les emplois tenus précédemment par des Bac ou des BAC +2 aient évolué en terme de qualification et requièrent objectivement de posséder un Bac+5.

Cette « diplômite » à la française a eu, a encore, les conséquences suivantes :

- Des milliers de jeunes continuent à s’engouffrer, dans la voie sans issue, pour la plupart, des études longues universitaires conçues pour former une élite enseignante.

- Des milliers de jeunes, qui auraient fait d’excellents techniciens, n’ont en tête que l’idée d’ajouter 2 ou 3 années d’études supplémentaires, pour essayer d’accrocher un titre d’ingénieur , privant ainsi l’industrie d’une main d’œuvre technicienne de qualité.
Rappelons nous que les IUT ont été crées pour celà. De ce point de vue, c’est une faillite.

- Des centaines d’écoles et d’organismes de formation initiale et continue décernent des diplômes homologués, dont la substance reste très académique et fort peu professionnelle. On ment ainsi à tous ces chômeurs qui restent chômeurs après qu’on leur ait conseillé de suivre un DESS ou un master. Le problème des chômeurs est trop souvent réduit à un problème de formation, alors qu’il faudrait agir sur bien d’autres facteurs.
Cette inflation a , bien sûr, pour résultat, de déprécier tous ces diplômes et de donner encore plus de valeur aux écoles de l’élite .
C’est donc l’école, et non plus le diplôme, qui est devenu le facteur différenciant du niveau intellectuel et culturel que le diplôme est censé incarner.

Comment renverser cette tendance ?
A notre avis, il faudrait s’atteler à cette lourde tâche de la manière suivante :

- D’abord changer les modèles culturels de la société française. C’est-à-dire chasser de la tête des français , et surtout de leurs parents, l’idée qu’une vie réussie commence forcément par l’acquisition d’un BAC+5.
Ceci suppose la mise sur pied d’une infrastructure d’orientation digne de ce nom. Des milliers de cadres seniors seraient prêts à composer cette troupe d’experts.

- Mener une intense campagne pour réhabiliter les métiers manuels, l’artisanat, les métiers d’art….les faire connaître et apprécier, par des visites d’école et des stages.

- Changer peu à peu les modèles de réussite, en donnant à montrer à la télévision d’autres professions que des professions libérales, des docteurs et des infirmières ……….

- Surtout, revoir toutes les conventions collectives,qui font un lien absurde et obligatoire, entre le diplôme et la classification.
Comment ne pas s’étonner ensuite que les jeunes ne cherchent pas à accumuler les années après le BAC, pour entrer au niveau le plus élevé possible ?
La plupart des postes a fait l’objet d’une inflation stupéfiante, en terme de niveau de diplôme requis.
La polémique qui s’est engagée récemment, après les propos du ministre Darcos, contestant la nécessité de posséder un Bac +5 pour travailler dans une crèche ou une maternelle, ferait bien rire nos grand mères.

De ce point de vue, les entreprises ont subi le modèle de la fonction publique,
qui fait dépendre la classification du poste du diplôme possédé, ou du concours, et non du niveau de performance de l’intéressé.
Je ne comprends même pas comment les négociateurs patronaux des conventions collectives ont pu ainsi se laisser rouler dans la farine par les partenaires sociaux, qui visaient ainsi à enlever au pouvoir d’appréciation de l’employeur, le maximum d’efficacité.
Indirectement, ceci a eu pour conséquence de tarir les voies traditionnelles de la moblité interne et de faire dépendre l’ascension sociale d’un diplôme, plus que de l’excellence professionnelle révélée au travail. On sait maintenant que la VAE ( validation des acquis de l’expérience ),destinée à valider cette expérience, trop académique et trop compliquée à obtenir, a failli à sa vocation.

- Revoir les grilles de salaires, en réorganisant de manière importante les salaires des ouvriers qualifiés et des techniciens.
Les écarts de salaires entre les statuts d’ouvrier, technicien et cadre doivent être réduits. Des plages de recouvrement devront être prévues de manière systématique entre les statuts d’ouvrier et de technicien , de technicien et de cadre, de sorte qu’un ouvrier expérimenté gagne plus qu’un jeune technicien , et qu’un technicien expérimenté gagne plus qu’un jeune cadre.

- Prôner très tôt les valeurs du travail manuel, du professionnalisme, du risque, l’utilité sociale du chef d’entreprise , la grandeur du self made man…
De ce point de vue, hommage doit être rendu à l’UIMM et de l’union professionnelle des artisans ( UPA) qui depuis de nombreuses années, ont engagé un travail de réhabilitation des métiers manuels et de l’artisanat.

- Réhabiliter les centres de formation professionnelles pour en faire des lieux modernes , beaux et agréables, comme on en trouve en Allemagne. Des ensembles où l’on est fiers de travailler.

L’action du DRH
- Placez au poste de recruteur un homme d’expérience, qui n’est pas obnubilé par les diplômes et qui saura donner son vrai poids à l’expérience et aux qualités personnelles.
- Essayez , autant qu’il vous est possible, de déconnecter salaire et diplôme
- Ne surqualifiez pas les définitions de poste en terme de savoir à posséder : on apprend essentiellement par imitation
Rappelez vous que le premier niveau de l’intelligence, le bon sens, suffit à se sortir d’une majorité des situations rencontrées au quotidien par le personnel d’exécution.
- Raisonnez d’abord en terme d’actions ou de tâches à effectuer, qui sont une référence concrète, plus qu’en terme de compétences, qui sont des notions abstraites, plus difficiles à appréhender, et qui ne doivent intervenir qu’en second rang.
- Tentez de conserver une certaine sensibilité sociale : Pensez à tous ceux qui n’ont pas eu la chance de poursuivre des études et qui doivent néanmoins vivre, donc travailler.