Archive pour octobre 2008

Crise : quelle leçon pour la politique RH ?

Mercredi 15 octobre 2008

Pendant qu’un certain nombre de gens fait preuve d’une fausse naïveté, en s’étonnant de découvrir que l’argent mène le monde et que le marché est aveugle, il est sans doute opportun de s’interroger sur l’impact de cette crise sur la politique RH .
Trois constats peuvent, selon nous, être tirés :

Premier constat : Il est vain d’espérer organiser l’avenir de manière programmée.
Les DRH seniors savent bien que leurs meilleures intentions, en matière de programmation pluriannuelle des chantiers, ont toujours été déjouées par les incertitudes de l’avenir économique de leur entreprise.
Ceci a pour conséquence que la GPEC , en l’état actuel de sa définition, doit être reprogrammée en PRP : plan de remplacement programmé des partants à la retraite
Il est illusoire d’attendre de la GPEC, qui suppose de s’appuyer sur une évaluation certaine de l’évolution des emplois futurs, autre chose qu’un éclairage.
Une fois de plus, il y a eu copier/coller d’une vision d’un monde stable imaginé ( et vécu ) par des personnes de culture publique vers les entreprises privées.

Deuxième constat : Les système de rémunération doivent être repensés
Les grilles de salaire doivent elles toujours privilégier ceux qui gagnent le plus d’argent à leur entreprise, quelle que soit la manière utilisée ?
OUI ! mais à condition que les risques soient aussi partagés…
Ceci est vrai pour les directions générales comme pour les traders.
Les traders bénéficieraient ils du même système de rémunération s’ils étaient responsables sur leurs biens personnels des pertes qu’ils font ausi courir à l’entreprise ?
Il faudra aussi s’interroger sur la décision toujours reportée d’ouvrir franchement le capital de l’entreprise au personnel au lieu d’imaginer des substituts beaucoup moins responsabilisants :
Participation, intéressement, bonus divers…..

Troisième constat : La vraie crise est peut être financière. Elle est surtout morale.
L’éthique ayant déserté les entreprises, chacun , à son niveau et dans sa position , se sert généreusement.
Et ce n’est pas le nouveau code de bonne conduite du MEDEF qui changera quoique ce soit
Dans 1 an ou 2, je vous fais le pari, qu’on en parlera plus.
Que faire ?
Hors l’entreprise, il va nous falloir reparler d’éducation et plus seulement d’instruction.
Les écoles de commerce vont devoir apprendre à faire réfléchir leurs ouailles à cet adage de Montesquieu :
« Profit de l’un est dommage pour l’autre »
Les écoles d’ingénieurs vont devoir faire réfléchir leurs scientifiques à cette phrase si pleine de sens :
 » Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

Dans l’entreprise, les cabinets de recrutement devront aussi se poser la question de la vertu des dirigeants, quand ils les pré-sélectionnent.
Les managers devront repenser à l’exemplarité de leur action.
Ce n’est pas gagné, quand on voit les ripailles auxquelles ont procédé les dirigeants de certaines banques en faillite.
Les DRH devront reparler de la condamnation, hélas presque toujours absente, des « bonnes affaires » acquises, quel qu’en soit le prix et rappeler à l’éthique de responsabilité , avant celle du résultat .
Immense tâche !
Les DRH devront, enfin, entreprendre un vrai travail de socialisation, dès l’embauche des nouvelles recrues.
Voir notre article  » l’incontournable socialisation des nouveaux recrutés »

L’action du DRH
Gardez les pieds sur terre. Ce n’est pas la fin du monde.
La crise est surtout l’occasion de mettre un peu de conscience, là où elle s’était évanouie.
Profitez en pour faire s’interroger votre comité de direction sur la dimension éthique de son action et les pratiques de l’entreprise
Réduisez vos ambitions sur la dimension prévisionnelle plus que fragile de vos actions. Transformez votre GPEC en PRP .

Regroupement syndical : les appareils manoeuvrent….

Mardi 7 octobre 2008

Un syndicat est une association qui regroupe des personnes physiques ou morales pour la défense ou la gestion d’intérêts communs. Le terme a de nombreuses acceptions mais plus communément il désigne les organisations de défense de l’intérêt des salariés (ouvriers, employés ou cadres), souvent désignées sous le sigle « OS » (organisations syndicales) et protégées par une législation particulière (liberté syndicale, droit de grève…) résultat d’une longue histoire. La participation aux élections professionnelles, qui s’est élevée à 63,8% sur les années 2005-2006, est le baromètre de la représentativité des syndicats de salariés en France, dans un pays où le taux de syndicalisation est l’un des plus faible d’Europe.

Les dernières évolutions législatives sur la représentativité des syndicats pousse les plus faibles d’entre eux à se regrouper s’ils veulent survivre, puisqu’ils devront obtenir 30% des suffrages aux élections professionnelles , pour pouvoir compter dans la signature d’accords collectifs.
Ainsi, la CGC qui a déjà prévu de fusionner avec l’UNSA, jette -t -elle des regard amoureux sur la CFTC, qui exclut toute fusion, avec qui que ce soit.
Pour l’instant………..

Le phénomène troublant dans ces rapprochements, c’est que deux éléments semblent s’effacer complètement derrière les manœuvres des appareils .
Premier élément : Les valeurs.
Ces syndicats ont tous une vocation , et des valeurs spécifiques.
La CGC est né de l’idée d’assurer la défense spécifique du personnel d’encadrement.
Et la CFTC, comme son nom l’indique, essaye de concilier valeurs chrétiennes et valeurs sociales.
Par quel miracle les valeurs de la CFTC et celles de la CGC deviendraient elles, tout à coup, conciliables ?
Malgré les dires de Bernard Van Creynest, président de la CGC, qui affirme que « la CFTC est naturellement plus en phase et partage plus de valeurs avec nous qu’avec FO » ( les Echos du 1/10/2008 )

Deuxième élément : l’intérêt des salariés
Comment comprendre que la CGC , syndicat de l’encadrement, ne recherche pas plutôt une alliance avec la CFDT, qui compte dans ses rangs plus de cadres syndiqués que la CGC ?
J’ai bien peur que les appareils syndicaux, pour se survivre, soient prêts à s’asseoir facilement sur leurs valeurs fondatrices et à mettre en second les intérêts directs des salariés.

Finalement ne serait ce pas l’occasion pour le syndicalisme français, si faible, de se restructurer de manière efficace ?
Ce regroupement distinguerait un pôle essentiellement revendicatif constitué de la CGT et de SUD , et un pôle réformiste constitué de la CFDT,l’Unsa, FO, la CGC et la CFTC .
Ce deuxième pôle comprendrait une section encadrement forte des effectifs de la CGC et de ceux de la section encadrement de la CFDT.
La constitution de ce deuxième pôle lui permettrait de combattre à armes égales avec la CGT qui, selon moi, est mieux organisée et leur donne souvent la leçon, quand elle ne les méprise pas !
Il est vrai que la CGT est le syndicat le plus habile à déjouer pièges et séductions en tout genre, même si on peut regretter une incapacité tenace et anachronique, à savoir jusqu’où ne pas aller trop loin.

L’odeur du chef

Mardi 7 octobre 2008

Quand je vois ministres, procureurs de la République, sous préfets, préfets et même un général de gendarmerie se précipiter devant les caméras de la télé, pour le moindre fait divers, je me dis que c’est, à ce niveau de responsabilité, une très mauvaise gestion du temps et que « ça sent le chef » !
Quand je vois les proches collaborateurs d’un chef d’ entreprise se transformer en ardents thuriféraires, je me dis que « ça sent le chef » !
Quand je vois les mêmes, en comité de direction, ne pas lever un sourcil, quand le chef prend des positions déraisonnables, ou qu’ils ne partagent pas, je me dis que « ça sent le chef » !

On reconnaît le chef possédant une forte capacité de leadership à son activisme, sa capacité à inspirer l’admiration, à entraîner, à vivre de mémorables colères, à ne pas comprendre qu’on lui résiste, à inspirer la peur, aussi.
Dans la sphère politique, ce type de chef est suffisamment rare pour être noté.
D’où mes observations du début, où les bureaucrates se mettent à mouiller la chemise, comme le chef !
Dans le secteur privé, il est d’espèce courante, surtout dans les PME.
Dans la sphère des administrations et des entreprises publiques, il a disparu avec les diplodocus.

Car, s’il est une espèce chassée et menacée , dans la sphère publique, c’est bien le chef .
Au point que l’injure suprême , c’est de passer pour un chef , forcément petit, totalitaire, injuste, désagréable, harceleur…..
Le management dit participatif, l’a remplacé.
Dans ce type de management, en théorie, le chef écoute puis décide.
Rien à dire, c’est l’idéal.
Dans la pratique, tout le monde s’exprime et la personne affublée du titre de chef attend que tout le monde soit d’accord pour décider.
C’est le consensus mou.

Finalement, le premier type de chef agit et fait bouger les choses, mais il est souvent insupportable avec son entourage, qui le craint tellement qu’il se transformer en serpillère.
Le deuxième type de chef , a peur d’agir et de troubler quiconque, mais il est tellement agréable.
Chasseur de tête de chefs dynamiques et agréables à vivre est une profession d’avenir.

L’action du DRH
Vous n’aurez probablement pas votre mot à dire pour choisir le chef.
Et si vous le faites c’est à vos risques et périls.
Pour la suite, essayez de limiter la casse, avec un chef de fort tempérament
Réveillez le chef gentil et poussez le à agir.

La crise, expliquée au comité d’entreprise

Jeudi 2 octobre 2008

 » Mesdames, messieurs, bonjour
Monsieur le secrétaire, j’aurais une déclaration liminaire à faire, me le permettez vous?
Oui, monsieur le président.
Merci !
Dans le film consacré à Françoise Sagan, diffusé hier soir à la télé, l’actrice dit :
« l’argent, ça devrait rendre libre et ça rend fou » !
Elle avait raison cette madame Sagan, notre monde est devenu fou.
Finalement, François Mitterrand était un visionnaire quand il a fait ses nationalisations en 1981.
Et fous nous étions , de vilipender ainsi, l’Etat et ses fonctionnaires.
Les Russes paieront cher, un jour, d’être passés à l’économie de marché .
Quant aux chinois, ils sont en train de filer la corde qui les pendra, au poteau d’un pays devenu invivable et aux inégalités de classe tellement fortes qu’il explosera.
J’ai lu dans « les Echos » du 1er Octobre, que le MEDEF en appellait à l’Etat pour protéger les PME de la crise.
( quand fin Août encore , Laurence Parisot dénonçait l’échec de l’Etat providence )
J’ai lu dans le même journal, que Carlos Ghosn, PDG de Renault, avait promis au Président de la république de ne pas fermer Sandouville.
Le Premier ministre François Fillon vient d’annoncer que la capitalisation de la Poste, ne passerait pas, par sa privatisation.
Comme toutes les crises, cette crise est salutaire.
Depuis quelques jours, je me suis beaucoup interrogé sur la manière dont je gérais cette entreprise.
J’ai décidé de réunir mes principaux concurrents et de leur proposer de réduire nos marges jusqu’à un niveau qui rendrait nos produits accessibles aux plus modestes.
Sur le plan interne, j’ai décidé qu’une commission, composée de manière paritaire, avec les organisations syndicales, statuerait sur la justification de tous les salaires perçus par tous les salariés, y compris le PDG.
Les écarts de salaire devront être cantonnés dans un rapport de 1 à 3.
Les primes et indemnités diverses, ainsi que les frais de déplacement seront soumis à autorisation préalable, devant une commission spécialisée, représentant toutes les catégories de personnel.
J’ai également décidé qu’à mon départ en retraite, mes actions seraient distribuées au personnel et le statut de l’entreprise transformé en SCOOP : société coopérative ouvrière de production.
L’entreprise une fois transformée en SCOOP, les salariés devenus associés disposeront tous d’une voix aux assemblées générales pour se faire entendre.
Ainsi, les syndicats seront dissous puisqu’ils n’auront plus de raison d’exister : les assemblées générales des associés, à l’exemple d’une assemblée populaire, incarneront l’intérêt général, qui se confondra avec l’intérêt de tous les salariés.
Nous allons inventer l’Agora du 21ème siècle, une nouvelle démocratie, la working class democracy.
Il faut éradiquer le capitalisme à sa racine et laisser à nos enfants une société peut être plus pauvre, mais, en tout cas, certainement égalitaire et beaucoup plus propre.
Des volontaires seront envoyés, pendant leurs congés, en Russie et en Chine, pour les convaincre de la supériorité de notre système, comme les missionnaires Mormons.
Parce que l’Est a trahi et que c’est l’Ouest qui incarne maintenant le socialisme.
Pour que les choses bougent plus rapidement , je vous invite à voter pour monsieur Besancenot.
Avant tout le monde, lui et la LCR ont compris que notre monde capitaliste allait à la catastrophe.
Il faut leur reconnaître cette grande lucidité.
Et maintenant, monsieur le secrétaire, seriez vous d’acccord pour que je mette aux voix une motion condamnant le capitalisme et ses méfaits ?
Oui , monsieur le président . Mais, j’aurais juste une question à poser.
Allez y , monsieur le secrétaire.
Est ce que dans votre nouvelle société , il y aura un comité d’entreprise ?
Non, pas exactement dans la forme actuelle, mais ce sera sans doute quelque chose d’approchant.
Merci, monsieur le président  »