Le journal « Les Echos » du 18 Novembre 2008, fait état des résultats d’une enquête conduite par le cabinet Proudfoot Consulting auprès de 1276 managers, sur le thème de la productivité des entreprises, dans 12 pays, en Juin 2008.
Le premier constat est édifiant : Les managers consacrent 34 % de leur temps à des tâches administratives soit 1,7 jour par semaine .
Et encore ne comptent ils pas ici le temps passé en réunion…….
Résultat, ce temps manque cruellement à leurs fonctions managériales , qui consistent à encadrer leur personnel, organiser leur travail et motiver les équipes.
« Submergés de paperasse, ils reçoivent 10 rapports par mois, alors que 6 leur suffiraient »
On assiste ainsi à une conséquence que beaucoup pressentaient sans pouvoir le mesurer aussi précisément.
Le plus grave n’est pas là : il est dans l’attitude paradoxale des directions qui, d’un côté , poussent leurs cadres à aller sur le terrain pratiquer le management « by wandering around » et, de l’autre, les pressent de reportings à établir pour hier, de mails comminatoires aussi nombreux que peu urgents, de réponses à faire , dans la semaine, aux questions du contrôle de gestion, de la DRH, du contrôle interne, de l’inspecteur du travail, du président du CHSCT, du secrétaire général, du siège à Paris, de la secrétaire du patron, de la direction de la communication….
Autant de « nuisibles » potentiels, qu’un cadre « ordinaire » ne peut se permettre de renvoyer dans leurs huit mètres……
C’est donc le management qui y perd et l’activité administrative qui, à chaque fois, est privilégiée.
Paradoxalement encore, tout le monde répète à l’envie, depuis des lustres, que le principal levier de productivité passe par le management !
A chaque fois, on répète qu’un personnel bien formé et motivé constitue l’actif le plus précieux de l’entreprise….
Mais pour obtenir ce personnel, encore faut il lui ménager des parcours professionnels qualifiants dans l’entreprise et surveiller, au jour le jour, la courbe de température de son moral.
Et ceci ne peut se faire efficacement sans la présence du « chef » .
Les stages de formation et le manque d’information de la direction sont , à chaque fois, invoqués comme des alibis.
Ce qui est en cause, c’est la peur de changer leur manière de travailler des directions et, par voie de conséquence, leurs managers suivent.
Le même journal rappelle, dans le même article, les 6 principaux freins à l’augmentation de la productivité.
On y retrouve sans surprise les grands classiques : problèmes de recrutement et manque de personnel, problèmes de communication interne, problèmes de législation et réglementation, manque de motivation des salariés, forte rotation des effectifs , qualité des superviseurs….
On note, pour le même prix, les 4 leviers de progression : l’efficacité du management, le développement des ressources humaines, une communication plus claire, une formation ciblée…
Il y a 35 ans, on aurait pu dire la même chose .
Mais depuis sont nées des DRH puissantes, influentes et structurées. Des services formation ont investi la moindre PME ; des sommes colossales sont investies chaque année en perfectionnement managérial et autres formations « ciblées », les directions de la communication plastronnent à tout va…..
A quoi tout cela a-t-il servi , si c’est pour en arriver à un tel constat ?
En page 13 du même journal, je lis les axes prioritaires d’amélioration de la politique des DRH en 2008.
Je constate que la conservation des meilleurs éléments est ce qui, de loin, mobilise le plus nos collègues ( 65% ) , moi qui croyais que la force d’une équipe était celle de son maillon le plus faible….
L’engagement des salariés ( motivation ) ne vient qu’en cinquième position, avec le score modeste de 25%.
L’amélioration des compétences clefs se situe quand même en seconde position , avec un score de 50%.
Mais je me demande encore comment on les identifie, quand je compte le nombre de pages et la complexité des définitions de fonction et les résultats bien modestes de la démarche GPEC.
Nulle part, l’amélioration des compétences managériales ne figure comme une priorité des DRH, pas plus que le souci de les dégager de la paperasse qui les paralyse…..
C’est pourquoi il y a fort à parier que la prochaine enquête de Proudfoot Consulting ressemblera beaucoup à celle-ci.
L’action du DRH
La conjoncture pèse sur votre emploi du temps, c’est sûr .
Mais ne vous écartez jamais de l’idée que le travail en profondeur, souvent obscur et rarement à la mode, est le seul qui paie sur le long terme.
Parmi ces tâches obscures doit figurer, en première place, la lutte contre la bureaucratie et la sélection et le perfectionnement sans cesse optimisé de la ligne managériale.
Voir notre article sur « le DRH face à la bureaucratie » du mercredi 3 septembre 2008, ainsi que » les méfaits de la pieuvre bureaucratique dans les entreprises françaises » du 30 Juin 2008.