Archive pour 5 décembre 2008

Management : quand le contrôle passe, la confiance trépasse…

Vendredi 5 décembre 2008

Muhammad Yunnus , créateur de la Grameen Bank, la banque du micro crédit , encore appelée banque des pauvres, s’étonnait récemment que les grandes banques qui prennent tellement de précautions quand il s’agit d’accorder un prêt à leurs clients ( quand sa banque à lui ne travaille que sur la confiance) aient pris un tel « bouillon » !

Il a bien raison de souligner ce paradoxe entre le nombre et la sophistication des contrôles d’un côté et le manque de fiabilité des opérations, qui est souvent constaté derrière.

En France, le système étatique de mise en concurrence des entreprises, censé permettre de choisir la meilleure entreprise à travers la lourde procédure de passation des marchés publics, n’est la plupart du temps que le moyen de choisir la moins chère , qui est souvent la plus médiocre.
Sans garantir le citoyen que son argent sera bien dépensé, si l’on en juge par le rapport annuel de la Cour des comptes et les tonitruants scandales qui entourent souvent la passation des gros marchés de bâtiments ou de travaux publics.
Sans garantir que le budget initial ne sera pas doublé , voire triplé !

En entreprise privée, la mode du reporting et la multiplication des procédures de contrôle a un triple effet pervers :
Le premier est son coût , souvent très important
Le second est l’énergie précieuse prélevée aux opérationnels et qui donc ne sera pas utilisée à des tâches productives.
Le troisième tient en une formule toujours vérifiée :
« quand le contrôle passe, la confiance trépasse »

On ne peut à la fois dire à quelqu’un qu’on lui fait confiance et s’ingénier à mettre en place un lourd dispositif destiné à le
« marquer à la culotte »
Les deux termes sont inconciliables, parce que la confiance ne se partage pas !
On fait confiance ou pas !

On ne fait pas confiance un peu, ou raisonnablement………La confiance raisonnée, est de la confiance « sous conditions » !
La confiance sous conditions , ça ne marche pas.
La confiance sous conditions , non seulement, minore la qualité de la relation managériale, mais aussi la qualité du travail tout court .

Explication : Autant, je suis prêt à donner le meilleur de moi-même, si j’ai établi un lien fort de confiance avec mon responsable, autant, je ferai ce que j’ai à faire , en essayant de ne pas me tromper, donc en ne prenant aucun risque, si je sais que je vais être l’objet de contrôles.

Vous allez encore me dire qu’il ne faut pas rêver, que les hommes étant ce qu’ils sont…
Qu’il ne faut pas être niais.
Mais la vraie niaiserie n’est elle pas de croire qu’on gagne plus à contrôler qu’à faire confiance ?


L’action du DRH

Pour 10% de salariés qui, quoiqu’on fasse, sont indignes de confiance, vous allez mettre en place un contrôle qui va stériliser 90% de la population restante.
Ce qu’il faut faire, c’est tout simplement ne pas conserver les salariés indignes de confiance et faire confiance
” complètement” à tous ceux qui ont mérité votre confiance.

Ressources humaines : élections Prud’hommales : le grand gagnant est……

Vendredi 5 décembre 2008

4 décembre 2008
IL y a deux grands gagnants aux élections prud’hommales du 3 décembre 2008.

Le premier gagnant est l’abstention.
Le français aime beaucoup créer des imprimés, il n’aime pas les remplir.
Ils n’ont été que 25% à voter.
Ce citoyen , facilement cocardier, n’aime pas mourir sur les champs de bataille du civisme.
Ce n’est pas une surprise. Les rendez vous électoraux sont rarement, en France, la rencontre du peuple avec la démocratie.
Le français préfère se manifester autrement : brûlage de pneux devant les préfectures, barrage de routes, grèves et piquets de grève, défilés sans cesse renouvelés, lettres et pétitions adressées aux députés…
Le français préfère le baroud et l’embuscade à l’exercice serein du devoir de l’électeur.
Faudra t il installer des radars à électeurs pour que ce petit citoyen mais grand rouspéteur, se transforme en grand citoyen et petit querelleur ?

Le deuxième grand gagnant est la CGT.
Elle a recuilli 34% des suffrages, 2% de plus, quand la CFDT et FO ont perdu des voix.
Quand on a été DRH longtemps et qu’on a fréquenté beaucoup les organisations syndicales, ce n’est pas vraiment une surprise.
La CGT a le gros inconvénient d’avoir bloqué son compteur sur la vitesse d’un anticapitalisme souvent primaire, mais ses représentants sont les mieux formés, les plus combatifs , les plus concrets, les plus cohérents avec leur ligne de conduite.
Avec eux, on sait où l’on va, il n’y a ni originalité , ni surprise.
Globalement , ses représentants « tiennent mieux la route » que ceux des autres syndicats.
Et puis surtout, la CGT a des troupes et sait les mobiliser quand il faut au nom d’une forte discipline de groupe.

Les autres syndicats sont beaucoup moins organisés .
Leur forte implantation dans une entreprise donnée tient souvent à la présence d’une forte personnalité à leur tête.
Quand elle manque, le syndicat vacille, parce que les leaders de qualité sont rares et parce qu’il n’y a pas cette forte discipline de groupe susceptible de mobiliser rapidement un noyau dur de militants.

La CFDT est un syndicat moderne. Il cherche sa voie entre l’opposition frontale type CGT et le compromis acceptable qui permet de gagner une bataille, sans gagner la guerre.
Mais le chemin de ses représentants est souvent difficile à déchiffrer.
Avec eux , il faut savoir danser le tango.
Les spécialistes disent qu’il est beaucoup plus facile de dire non que de dire oui.
Le « Oui, mais.. » , chemin du compromis , de la sagesse et de la raison, est toujours la voie la plus difficile, car elle frustre les combatifs et expose au procès de soumission et de « vendu au patron ».
L’accord sur les retraites signé par la CFDT était un geste courageux.
Il lui manque de vrais leaders et une capacité à mobiliser rapidement un groupe de militants, quand les circonstances l’exigent.
Cette orientation réformiste est à encourager , mais elle ne se renforcera que si les patrons n’en profitent pas pour abuser de votre volonté de construire un dialogue social de type gagnant/gagnant.
A un syndicalisme intelligent doit correspondre un patron intelligent.
Un “patron/ patron” préfèrera toujours un syndicat de type cégétiste, parce que cela évite à l’un comme à l’autre de se compromettre dans les voies de la collaboration.

Les autres syndicats ne sont, à mes yeux, pas des interlocuteurs du même niveau, dans l’entreprise privée.
Même si, un leader très médiatique , au niveau national , peut , à certains moments les mettre en valeur, ces syndicats sont souvent mal représentés en entreprise et leurs délégués prennent assez vite la posture de l’apparatchik syndical .
Cette posture les pousse à jouer un double jeu : ne pas passer pour un jaune auprès des autres syndicats en faisant un suivisme souvent incompréhensible auprès de la CGT et ne pas se faire mal voir du patron, en cultivant une attitude d’opposant courtois et bien élevé.
Et puis, ces représentants sont rarement des ouvriers , comme les représentants CGT.
Ils sont la plupart du temps employés, techniciens ou cadres.
Ils sont donc moins légitimes à représenter la « classe ouvrière » même si celle-ci a bien changé…..