Archive pour 15 janvier 2009

Ressources humaines : la gare saint Lazare et la civilisation

Jeudi 15 janvier 2009

La fermeture de la gare saint Lazare à Paris comme conséquence d’une grève dure m’inspire les propos suivants.

L’une des caractéristiques les plus fortes d’une société civilisée, à notre avis, est sa capacité à vivre ensemble de manière sereine .

L’observation de la nôtre donne de nombreux exemples des progrès qui nous restent à faire, si nous voulons prétendre au titre de « civilisé »

Car, si l’on regarde bien, la violence innonde nos manière de vivre ensemble :

Quand la presse utilise des mots et des images susceptible de « brutaliser » les personnes à qui elle s’adresse , elle fait violence

Quand des jeunes brûlent voitures, commerces et quartiers, ils font violence

Quand la police brutalise et méprise, elle fait violence

Quand les patrons sous payent leurs salariés et les exploitent, ils font violence

Quand les syndicats usent , dans leurs tracts, de violences verbales et prennent en otages , de manière inconsidérée, des populations entières, ils font violence .

Quand des maris maltraitent épouse et enfants, ils font violence

Quand des parents ou des enfants ont des rapports brutaux , ils font violence

Quand un juge ne rend pas justice, il fait violence

Quand des automobilistes vous font queue de poisson et doigt d’honneur, ils font violence

Quand la société ou l’école, excluent pour de mauvaises raisons, elles font violence

Quand les foyers d’accueil ne sont pas accueillants aux miséreux, ils font violence

Quand les miséreux se volent entre eux, ils font violence

Quand paysans ou pêcheurs fracassent gratuitement, ou détruisent, ils font violence

Quand la prison fait beaucoup plus que priver de liberté , elle fait violence

Nous sommes presque tous à des degrés divers, vecteurs de violence .

Comment , coupables et victimes à la fois , de ces violences , petites et grandes, accumulées, pouvons nous nous prétendre civilisés ?

Par ailleurs, je suis surpris des différences de traitement de la violence par la presse ou même , par les responsables politiques ou religieux.

De toutes ces violences que j’ai énumérées, certaines sont presque toujours excusées, et d’autres , toujours dénoncées comme insupportables.
Les violences syndicales, comme la violence du salarié exploité, sont relativement peu dénoncées.
Les violences des jeunes de quartiers toujours dénoncées, celles des étudiants, souvent excusées. Comme celles des paysans ou des pêcheurs…..

Comme DRH, j’ai souvent assisté à des violences syndicales insupportables, y compris entre syndicalistes

ET j’observe que c’est souvent le plus violent qui gagne.

Il est triste d’observer que le syndicat SUD bâtit sa réputation sur le refus du compromis, quand le « vivre en société » repose justement sur l’art du compromis !
La CGT l’a précédé dans cette pratique et se trouve aujourd’hui condamnée à la surenchère.
Au jeu des relations sociales, la CFDT sait déjà que c’est le plus raisonnable qui perd.
Faire le lit des syndicats violents en cédant à leur violence n’est jamais de bonne politique, quand il faudrait encourager les syndicats qui savent négocier un compromis.
Hélas, les gouvernements français , et presque tous les dirigeants d’entreprises publiques, n’ont toujours pas compris qu’en cédant à la violence ils ne font que faire la promotion des acteurs sociaux les plus violents.
C’est justement dans ces cas là qu’il faut tenir.
Le choix est toujours, dans ces moments là, entre un soulagement ponctuel ouvrant la porte à de futurs renoncements et le désagrément fort de tenir bon ( y compris face à une opinion publique excédée ) mais ouvrant la voie à des médiations futures, non fondées sur la violence.

Mais j’ai aussi observé que l’on sanctionnait des manifestations de violence, alors qu’on en taisait les causes .

Il reste du chemin à parcourir pour prétendre au titre de société civilisée.

Les responsables syndicaux comme les entrepreneurs auraient intérêt à se poser la question de la violence, des violences multiples, que leur action entraîne.