Cette question me taraude depuis longtemps.
Peux t on être à la fois un homme médiocre et un professionnel ou un manager de qualité ?
La réponse est oui, mais c’est bien dommage.
Le président Georges W Bush s’en est allé avant-hier, laissant sa place à Barack Obama ;
Je ne le connais pas assez pour dire s’il était un homme médiocre.
Mais accepter de faire échapper aux règles du droit, les détenus de Guantanamo, est tout à fait détestable.
Et pourtant, nombre d’américains ont réélu deux fois ce va t en guerre.
Par ailleurs, l’homme Obama, déjà presque sanctifié, sera-t-il un manager de qualité ?
Le plumage sera t il à la hauteur du ramage ?
Qu’ils soient président , ministre , PDG , ou simple cadre, la qualité du management est , quoiqu’on dise, indissociable de la qualité de l’ homme, mais seulement pour ceux qui donnent priorité à l’éthique de responsabilité et ne subordonnent pas tout au résultat.
Être hautain, orgueilleux, cupide, égoïste, individualiste, carriériste, violent, amoral, que sais je encore ?
n’empêche pas d’exceller dans son art.
On peut être excellent médecin ou chirurgien et posséder l’amour fou d’Harpagon pour sa cassette .
C’est simplement dommage de n’aimer que du bout de son expertise.
Mais, sauf à travailler seul à longueur de journée dans un laboratoire, ( et encore ) , tout individu en situation de travail , doit travailler avec ses semblables.
Le plus talentueux des joueurs de football, le musicien le plus génial , le salarié le plus brillant ne sont pas les bienvenus s’ils jouent perso et traitent en mineurs, les gens qui jouent, ou travaillent avec eux.
Quand l’art consiste à » manier » des hommes, le professionnalisme du manager suppose bien d’autres qualités que la compétence ou l’expertise dans son métier.
Il interpelle la valeur qu’il accorde aux autres.
ET il est, hélas, faux de prétendre que les organisations autoritaires et contraignantes ne sont pas efficaces.
La Chine en donne un exemple frappant tous les matins.
Mais notre civilisation nous entraîne à considérer d’autres paramètres que l’efficacité brute.
Elle vise l’épanouissement de l’homme au travail et le respect de sa dignité.
C’est pourquoi le PDG le plus remarquable ne mérite pas les honneurs, si ses succès reposent sur l’exploitation et la pression anormale exercées sur ses troupes.
Même si nombre de salariés se pâment encore devant la toute puissance de leur chef , comme les membres d’une secte se croient obligés à l’admiration inconditionnelle.
Derrière tant de réputations managériales , exposées ici et là dans la presse spécialisée, quelques questions simples mériteraient d’être posées :
Derrière l’intelligence tant admirée, il y a t il place pour un peu d’indulgence ?
Derrière les objectifs dépassés du chef, combien de membres de son équipe ont dû en « baver » toute l’année ?
Derrière le centralisateur, qui veut tout voir et tout autoriser, et qui travaille 25 heures sur 24, combien d’initiatives mort nées dans le cerveau de ses subordonnés, réduits à l’état d’ordonnances ?
Derière le travailleur forcené, qui mène ses équipes à la cravache, la joie de travailler a t elle sa place ?
Derrière le cost killer, combien de malheurs ?
» Qu’as tu fait pour les autres ? » lui aurait demandé soeur Emmanuelle.
Et lui , aurait répondu : » j’ai supprimé des emplois, pour préserver le taux de rentabilité des actions de nos actionnaires »
La réponse risque d’être un peu courte …..
Derrière les conquérants modernes, n’y a t i l place que pour des sciences dans conscience ?
Où sont donc les Saladins modernes ?
A l’inverse, des hommes apparemment soucieux du bien, bouches d’or, images de saint, font aussi sûrement de mauvais managers.
Car leur « humaniosité » est à l’humanité, ce qu’est la religiosité à la religion : un dégoulinement sentimental .
Ce dégoulinement sied mal aux hommes de sagesse et de raison.
Il n’est souvent qu’une autre manière de faire l’orgueilleux.
Pour diriger nos cités, Saint Exupéry voulait mettre des poètes !
Moi je souhaiterais simplement y mettre des gens que j’appelle des » honnêtes hommes » ».