Martine Aubry comme Xavier Bertrand , récemment promus « chefs » des partis socialiste et UMP, sont tout à fait représentatifs de deux méthodes de fonctionnement bien françaises.
D’un côté, on pense que le « chef » n’est pas élu pour sa personne, mais parce qu’il représente, le mieux, le courant d’idées majoritaire.
Il est simplement porteur d’un paquet d’idées, issu de délibérations, tractations, réunions nombreuses, entre militants.
De l’autre côté, le chef est « l’élu » du grand Sachem.
Il a été choisi par « plus grand et plus sage » que lui, et désigné aux militants comme le meilleur.
Sa légitimité procède de l’onction.
Il n’a de cadeau à rendre qu’à celui qui l’a fait roi.
Ces deux modes de désignation , on le voit, vont forcément engendrer des modes de gouvernement différents :
Officiellement, Martine Aubry va devoir en permanence composer avec tous ces courants, petits et grands , qu’elle a réussi à canaliser sur son nom.
Frontalement, elle entre en course , lestée des mille prescriptions et conseils de ceux se sont résolus à la désigner.
Xavier Bertrand, qui fait beaucoup mieux que son modèle, dans l’art de la « droite suave », sait déjà qu’il n’aura pas à s’imposer.
Il lui suffira de jouer, avec habileté, le petit rapporteur du Chef.
Et le sens de l’obéissance, qui habite le parti majoritaire, suffira à faire que les choses ordonnées s’exécutent.
Mais le diable a plus d’un tour dans son sac.
« La Choisie » a pris soin de toujours parler d’équipe et de « nous » , quand le « Je » résonne en sourdine à chacune de ses phrases.
Il suffira de quelques sondages la donnant favorite, pour que les exigeants électeurs se transforment en généreux laudateurs.
Conclusion : Quand il s’agit d’aller à la bataille, c’est toujours l’homme ( ou la femme ) qui s’impose, avec son tempérament et son charisme, bien avant le militant ou la militante.
Surtout dans un régime présidentiel.
Le parti socialiste n’a pas choisi Mitterrand .
C’est Mitterrand qui a choisi le socialisme pour son ascension.
Ségolène Royal l’a bien compris.
Dans le cas UMP, le pouvoir hiérarchique est légitime.
Dans le cas socialiste, il avance masqué.
Le pouvoir hiérarchique non assumé génère beaucoup d’hypocrisie dans les modes de fonctionnement, sans parler des pertes de temps et d’efficacité.
Ces deux positionnement, par rapport au pouvoir, habitent, d’un côté les entreprises privées et de l’autre, les administrations et entreprises publiques, auxquelles on rapprochera , sous des formes atténuées, mutuelles, coopératives et associations.
Philippe Manière ( numéro 250 des Echos d’Octobre 2008, ) Directeur général de l’Institut Montaigne, écrit dans son article « Aux fonctionnaires de réformer l’Etat » :
« Un directeur d’école ou de collège ne recrute pas ses équipes, il n’a aucune prise sur leur avancement ou leur rémunération, ni sur la date de leur départ pour d’autres cieux.
Un directeur d’hôpital ne peut pratiquement rien demander à ses médecins chefs de service ( nommés par le ministre ) , ses médecins ne peuvent rien exiger des infirmières, ni des aides soignantes. Un directeur d’administration centrale ou l’un de ses lieutenants , est à peine mieux loti »
J’ai moi-même constaté que l’une des vrais causes d’inefficacité des entreprises publiques est le refus de l’acceptation du pouvoir du chef !
Récemment embauché comme DRH dans un EPIC, je revois l’une de mes collaboratrices entrer en furie dans mon bureau et me demander comment j’avais osé prendre une décision « sans faire une réunion préalable » !
Quand je lui ai répondu, par provocation, « parce que j’étais le chef » , j’ai cru qu’elle allait s’étrangler.
Dans une autre entreprise publique, j’ai mesuré comment les syndicalistes manoeuvraient pour vider de son contenu le pouvoir hiérarchique.
Ils y réussissent toujours, soit par effet d’auto censure des hiérarchiques eux-mêmes ( las d’affronter en permanence le pouvoir syndical ) soit par complicité objective du directeur de l’établissement, qui traite avec beaucoup d’égards, des partenaires syndicaux qui ont l’occasion d’approcher le ministre……
Dans ces établissements, comme au parti socialiste, la décision ne peut venir du chef mais doit,comme le fruit mûr, tomber de l’arbre , quand il n’y a pas d’autre moyen d’éviter de prendre une décision qui mécontente forcément quelqu’un , au sein de la collectivité concernée.
Et quand le chef doit vraiment prendre une décision impopulaire, il la prend en cachette et s’en excuse , en mentant de toutes ses dents, quand la décision est connue des syndicats.
Hypocrisie, quand tu nous tiens !
Il est d’ailleurs curieux de constater que, dans ces établissements, la notion d’intérêt général n’est défendue par personne et les intérêts particuliers, par tous, pourvu qu’ils concernent un groupe, même petit.
A l’inverse, dans les entreprises privées, on cultive le pouvoir hiérarchique.
Ce pouvoir prend toutes les densités, du plomb industriel ou commercial au titane institutionnel.
Les entreprises US , les PME , les entreprises automobiles ou de la distribution, pratiquent plutôt un pouvoir hiérarchique « hard ».
Les entreprises latino-saxonnes pratiquent un délicat mélange de pouvoir hiérarchique et de consensualisme,.
La plupart des banques et assurances , recherche le consensualisme et pratique un management hiérarchique anémié.
Si le chef est bon, c’est fantastique, parce qu’on se sent efficace et qu’on a plaisir à travailler.
Si le chef est mauvais, on ira au boulot à reculons , chaque jour que Dieu fait.
Dans tous les cas, aucun contre pouvoir ne viendra atténuer votre malheur.
L’action du DRH
Ne cédez pas trop au climat idéologique ambiant, qui met toujours en avant le participatif sur le directif.
Sous les climats de France.
Dans l’absolu, le pouvoir hiérarchique, matiné de participatif, est toujours le meilleur gouvernement.
Mais celà vous impose une sélection drastique des chefs, sans quoi le système ne fonctionne plus.
Soyez prudent avant de choisir une organisation matricielle .
Excluant le pouvoir hiérarchique, elle ne s’impose qu’au sein d’organisations matures et de professionnels responsables, capables de travailler bien, sans contrôle du chef.