On parle beaucoup , en ce moment, de modifier le mode de rémunération des traders, pousse au crime désigné, pour expliquer un petit morceau de « la crise ».
Entre parenthèses, ceci démontre à tous ceux qui en doutaient, et ils sont nombreux dans notre pays si attaché au culte de l’égalité, que plus la carotte est grosse, plus le poisson frétille…………
A l’inverse , un mode de sanction de l’action humaine déconnecté des résultats des opérateurs , produit l’effet que l’on sait…….mis à part à part un carré de passionnés et de vertueux.
OUI, l’argent est bien le moteur le plus puissant de l’action humaine.
Mais pas seulement :
La performance des traders s’explique non seulement par l’importance des gains en jeu, mais aussi par l’autonomie, le pouvoir de risquer, qui est, qui était, le leur.
Quand Jérôme Kerviel explique que l’attitude de la Direction de la Société générale équivalait à l’expression suivante » prends la voiture et va faire un tout avec.. »
On comprend ce qu’une telle liberté pouvait avoir de » jouissif » et le rôle de « la lberté de faire » dans la performance, des salariés.
Une des plus belles définitions du patron que je connaisse est d’ailleurs d’incarner » celui qui permet de faire », parce que lui même est foncièrement un ENTREPRENEUR.
Quand on permet de gagner gros, il faut aussi admettre de perdre gros !
Et il y a fort à parier que si, demain, le bonus des traders est réduit à portion congrue et qu’ils ne peuvent suivre une « heureuse intuition » , sans en référer à Pierre, Paul et Jacques, les performances des salles de marché vont retrouver la quiétude qu’on connaît ailleurs….
Le problème, c’est que l’argent est en même temps, et pour beaucoup, le plus grand poison de l’âme humaine ….
Devenu maître, il autorise toutes les folies et fait perdre le sens des réalités et souvent, celui de la morale.
Au même moment, on nous répète que les cadres ne sont plus ce qu’ils étaient.
Dès l’embauche, ils se soucient de leur temps de travail.
Une fois embauchés, ils ne laissent à quiconque le droit de contester leur droit à partager l’autorité parentale et les devoirs domestiques.
Ils sont pourtant relativement bien traités par rapport à tous les autres salariés, au moins à l’embauche.
Certes, ils n’ont pas le droit au casino, comme les traders, mais ils ne sauraient se plaindre.
Alors, comment faire pour faire retrouver aux cadres le goût de s’investir, quand les gros bonus leur sont désormais mesurés ?
La réponse m’est toujours apparue évidente et , paradoxalement, je la sens peu partagée :
Comment expliquer qu’un indépendant ou une profession libérale se tue au travail et souhaite se retraiter le plus tard possible ?
L’argent gagné « pour soi « est insuffisant à expliquer de tels comportements, surtout pour les indépendants artisans, artistes ou commerçants, qui souvent, ne font pas fortune.
Que faire ?
La liberté de faire et de créer est la première réponse.
l’homme est fait pour créer.
Si on lui enlève les aller et venir de la création, il rentre dans sa coquille et va investir son imagination ailleurs.
Redonner du plaisir au travail est la deuxième réponse :
L’homme est un jouisseur.
Il a toujours besoin de plaisir, même au travail.
Et beaucoup d’entreprises respirent tout , sauf le plaisir…..
Conséquence : Liberté de créer et plaisir de travailler doivent devenir des buts de bonne gestion.
Il faut d’urgence arrêter de tenir pour bonne gestion la parade sans fin des contrôles et reportings en tout genre, dont il est devenu de bon ton d’assaillir les cadres !
Soumis à l’oeil inquisiteur du contrôle interne , aux audits qualité, à des objectifs précis nombreux, mesurés, « entretenus » par le chef , suspectés de harcèlement moral ou sexuel, dénoncés pour excès de zèle par les syndicats, les cadres n’ont plus envie de donner autant.
Par ailleurs, Le friday free ware est une homéopathie de plaisir, quand il faudrait introduire, à doses massives, de la décontraction et de la convivialité, arrêter de confondre tristesse, conformisme et sérieux.
Quand je vois Steve Jobs présenter, en jean, ses dernières trouvailles technologiques, lors de sa convention annuelle, je mesure le gouffre qui le sépare de ses si précieux homologues français, en uniforme de gens sérieux….
On a commis une grosse erreur culturelle en soumettant les cadres français aux potions anglo-saxonnes :
le français donne plus par amour du don que par souci du challenge .
Il y a du chevalier Bayard dans le cadre français : pour la beauté du geste…..
L’action du DRH
Transformer vos cadres en « intrapreneurs » , ces drôles de type qui travaillent chez les autres, comme s’ils travaillaient pour eux, est la seule voie capable d’amener vos cadres à se réinvestir dans l’entreprise.
Mais il faut décorseter en profondeur, process de travail et comportements et semer des tonnes de liberté, pour espérer voir refleurir les fleurs de l’enthousiasme.
Mais ne rêvez pas, un moment de l’histoire est passé.
Les conjoints ne se sépareront plus d’un collaborateur devenu irremplaçable !
Et, puisqu’on en parle, il y a loin des bonus mirifiques des traders aux augmentions type
» queue de cerise » saupoudrées chaque année aux cadres français.
Abandonnez donc cette sale habitude du saupoudrage qui , on ne le dira jamais assez , décourage les meilleurs, sans réveiller les médiocres et les moyens.