Le marché du travail donne lieu à toute une industrie accompagnatrice : centres d’orientation, centres de formation, pôles emploi, officines privées spécialisées, associations diverses et variées, sans oublier les incontournables : coaching et bilan de compétence et l’inénarrable
« cultiver son réseau » !
Ainsi donc , le recrutement serait un acte technique :
Il suffirait de présenter son CV de la bonne manière
( en plaçant les compétences bien en tête ), de savoir rédiger une lettre de motivation ( vous avez besoin…je suis là ) de solliciter amis et relations (qui se fichent de vous comme d’une guigne ) , et le tout serait joué.
Désolé de vous décevoir, mais le recrutement est d’abord un acte psychologique.
Tout ce dont on vient de parler ne sont que préliminaires…..
Le plat consistant du recrutement reste à venir :
Il est en général intense et court.
Il commence à partir du moment où vous refermez la porte du bureau du recruteur et se termine quelques secondes après que vous vous soyez assis devant lui.
C’est-à-dire 10 secondes.
Le reste du temps consistera, pour lui ou elle, à vérifier cette intuition globale :
Me suis je ou non trompé ?
Pendant ces 10 secondes, ce félin, aux yeux de linx, a flairé sa proie.
Il est petit, elle est grande.
Il ne ressemble pas à sa photo.
Elle est plus jolie, ou moins jolie.
Sa démarche n’est pas assurée
La poignée de main est ferme, molle , moite , ni ferme ni molle.
Les premiers mots indiquent, de suite, si le candidat a l’assurance de l’élite, ou des milieux aisés, ou bien la gêne de ceux qui , en position de soumission, viennent quémender un emploi.
L’expression est aisée ou trébuchante
Le regard est droit ou gêné.
Les mots sont directs ou ampoulés.
Le candidat est un flatteur, ou un séducteur.
Le candidat semble avoir du caractère, il n’est pas à vendre.
Il parle en détachant ses mots ; des phrases courtes.
Ou bien , c’est un bavard et un vantard .
Il a la jovialité du commercial , le côté un peu rugueux du technicien , ou le côté sérieux de l’administratif.
Il « enveloppe » comme un malade : c’est un institutionnel, à coup sûr.
Le recruteur sent, en une fraction de seconde, aux quelques mots prononcés, la longueur des études de son candidat :
CAP, Bac général, Bac pro, études universitaires courtes , études universitaires longues , école de commerce ou d’ingénieurs.
Les recruteurs les plus avisés soupèsent vite l’énergie disponible.
( Elément souvent sous estimé des « accompagnateurs de demandeurs d’emploi )
Ils sentent l’enthousiasme ou la fatalité.
Ils sentent l’envie de faire quelque chose, le sens de la débrouillardise, la volonté de prendre en mains son destin, ou la visite au cousin lointain qu’on rend par devoir ou politesse.
Dans ces 45 minutes là, opiniâtreté , courage, imagination, créativité, disponibilité , sociabilité , coopération , rigueur, font plus que le pendant aux diplômes et expériences.
Ou plutôt, à diplôme expérience égales et souvent inégales, c’est la densité de l’homme ou de la femme qu’il a devant lui qui va faire la différence.
A ce moment là, le cerveau droit, plus intuitif, plus séducteur, plus imaginatif, va pouvoir prendre sa revanche , dans sa capacité à mieux sentir la situation d’entretien, sur le cerveau gauche des matheux.
Celui-ci travaille plus en force , tandis que le cerveau gauche travaille plus en finesse.
Oui, on regarde les CV, mais ce sont des personnes qu’on embauche .
Conclusion : Sachant que le recrutement dépend, au moins pour 50%, de la personne, plus que de l’expérience ou du diplôme du candidat, qu’attend t on pour préparer les personnes à donner d’elles mêmes la meilleure impression possible ?
De ce point de vue, l’apport du théatre nous semble irremplaçable pour aider les candidats à mieux s’exprimer, se déplacer, s’asseoir, se tenir , regarder , sourire , donner l’impression de..
Mais, me direz vous, en agissant ainsi, vous faites du maquillage de personnalité !
Ou, je l’avoue, comme le font les hommes politiques pour se faire élire….ou les PDG pour préparer un rendez vous avec la presse .
Au fait, le mot « personna », en latin, signifie « masque » !