Archive pour 23 avril 2009

Ressources humaines : violence sociale, le grand malentendu

Jeudi 23 avril 2009

Oui, la violence sociale est légitime , disent beaucoup :
« la colère , il faut qu’elle s’exprime » disait un syndicaliste de Continental l’autre jour , à la télé.
A la violence faite aux salariés qui perdent leurs emplois , il est normal que correspondent les violences des salariés grévistes , sous les formes multiples que l’on connaît : séquestrations, piquets de grève , menaces vengeresses, saccage de bâtiments publics …

La compassion passée , n’est il pas possible d’y réfléchir ?
Si l’on examine le nombre de gens qui , en France comme ailleurs, souffre d’un point de vue économique ( sans parler d’ autres souffrances souvent bien pires ) , la France devrait être un immense champ de batailles.

Être privé d’emploi n’est pas être privé de nourriture ou de liberté.
Et pourquoi le fait de perdre son emploi rendrait t il la violence légitime ?

Surtout, la violence sociale « à la française », est le résultat d’un quadruple malentendu

Non, l’entreprise , n’est pas une institution sociale à qui son statut interdirait le chômage partiel comme le licenciement.
Comme celui de Frêt SNCF, par exemple.
Faudrait il transformer la France en une immense fonction publique d’Etat , vivant en autarcie, comme l’ancienne Albanie ou la Corée du Nord ?

Non, l’Etat n’a pas à être le troisième partenaire du contrat de travail qui lie employeur et salarié.
Il n’a pas plus à veiller à ce que l’entreprise privilégie sa dimension sociale au détriment de sa finalité économique. Même s’il doit être vigilant à ce que s’exercent des régulations, au niveau macro économique.
Le trop d’Etat est aussi nocif que l’absence d’Etat.

Non, les salariés n’ont pas un droit à vivre au même endroit « à vie », et ne sont pas propriétaires de leur emploi, comme les fonctionnaires se sentent propriétaires de leur statut.
L’emploi durable n’a pas d’avenir dans un monde aussi évolutif et aussi instable.
Et les meilleures intentions du monde n’y changeront hélas, rien.

Non, les actionnaires privés ne sont pas les buveurs de sang de la classe ouvrière. Et les capitalistes, tous à vouer aux gémonies.
Patrons entrepreneurs comme apporteurs de capitaux sont indispensables à la création et à la vie des entreprises, et donc à l’emploi.
Oui, l’éthique individuelle est le meilleur rempart contre la cupidité des hommes, dont l’ingéniosité pour amasser de l’argent et contourner les règles, est sans limite.

Ce grand malentendu trouve ses origines dans les causes suivantes:

La contagion public / privé :
Une fois de plus , on constate , compte tenu de l’importance du secteur public en France, une tendance naturelle des organisations syndicales et des salariés à exiger des employeurs privés ce que leur procure l’employeur public : sécurité de l’emploi et maintien des avantages acquis.

La survivance des minorités agissantes
Les minorités agissantes, qu’on ne saurait confondre toujours avec les délégués syndicaux, n’ont pas à manipuler la masse des ouvriers, en prétendant agir pour leur bien et à leur place , en radicalisant les positions, en bloquant les accès aux non grévistes , en refusant les consultations à bulletins secrets , pour mieux servir leur idéologie.
De ce point de vue, le paysage social, en France, n’a pas changé depuis Mai 68.
L’université, qui devrait être exemplaire, montre souvent le mauvais exemple.

L’ignorance profonde des mécanismes économiques
Les évènements actuels démontrent une méconnaissance totale de l’économie des entreprises et suggèrent aux patrons un comportement incohérent :
Comment imaginer qu’un chef d’entreprise décide, le mardi, que les licenciements du lundi ne répondraient plus à une nécessité économique ?
Parce qu’un groupe de salariés en colère a décidé qu’il ne pouvait pas en être ainsi ?
Et que penser du sérieux d’un patron qui ferait preuve d’une telle légèreté, en diminuant par deux le nombre des licenciements prévus, face à la colère de ses salariés ?

La mobilité professionnelle et géographique n’est toujours pas intégrée par la société française.
Exemple : Il y a deux fois trop de bateaux de pêche pour la ressource à pêcher, la solution ne consiste pas à subventionner la moitié des pêcheurs qui n’arrive plus à en vivre, mais à les aider à se reconvertir, comme l’ont fait avant eux des centaines de milliers de salariés d’industries condamnées.

Conclusion : En ce début du 21ème siècle, les luttes sociales françaises sont toujours un mélange étonnant de jacquerie, de vulgate marxiste, de réflexes corporatistes et conservateurs, d’étatisme.
Tant d’énergie dépensée serait sans doute beaucoup mieux utilisée à viser l’avenir, au lieu de se cramponner au passé.

L’action du DRH

On ne le dira jamais assez mais quand survient la crise, il est trop tard.
C’est bien avant, que le DRH doit savoir tisser les liens du dialogue avec ses représentants du personnel.
Pas seulement parler, mais aussi faire preuve de facilité de contact, de tolérance, de souplesse, d’ouverture d’esprit, à chaque fois que c’est possible.
Celà ne protège pas de tout, mais on a moins envie d’agir  » brutalement » avec quelqu’un avec qui on entretient un dialogue ouvert .