Archive pour 26 avril 2009

Ressources humaines : le plan emploi jeunes : à côté de la plaque ?

Dimanche 26 avril 2009

Les dogmes sont faits pour être régulièrement remis en question et le doute est frère de la pensée.
S’il est un dogme qui a la peau épaisse en France, sous tous gouvernements, c’est bien celui de la liaison entre l’argent dépensé par l’Etat en formules de formation et en primes d’incitation à l’embauche, et le taux d’emploi .
Or, a t on jamais essayé de  » mesurer » la pertinence de cette corrélation en comparant le taux d’emploi de nos jeunes avec les pays qui dépensent beaucoup moins que nous en formation ?
On sait déjà que la France se place en queue de peloton pour le taux d’emploi de ses jeunes.
Et comme on dépense beaucoup d’argent depuis longtemps pour eux, c’est donc qu’il faut chercher la solution ailleurs.
A moins que, dans son impuissance ( contre le chômage, on a tout essayé ), l’Etat n’utilise cette grosse ficelle pour faire croire au bon peuple, qu’il n’est pas impuissant.

Un autre examen permet de s’interroger sur la pertinence de cette corrélation :

Si l’on examine les 15 métiers les plus recherchés en 2009, ( source pôle emploi / les Echos ), à 3 exceptions près, on trouve :
Soit des métiers de faible qualification
Soit des métiers intéressants, mais faiblement rémunérés, ou à la rémunération aléatoire.
Soit des métiers saisonniers, ou soumis à des contraintes horaires fortes
Soit des métiers de service, peu considérés, où l’obéissance est souvent plus appréciée que la capacité d’initiative.
Même si certains d’entre eux ont droit « à toute notre reconnaissance ».

Je cite : employés et agents de maîtrise de l’hôtellerie, animateurs socio culturels de sports et loisirs, agents d’entretien, employés de maison et assistantes maternelles, caissiers et employés de libre service, cuisiniers , représentants et VRP, secrétaires, assistantes, agents et hôtesses d’accueil, standardistes, aides – soignants, agents de gardiennage et de sécurité, vendeurs autres qu’en alimentation et équipement de la personne.

Ces métiers là qui sont les 15 métiers les plus recherchés en France en 2009, ne souffrent pas vraiment d’un manque de qualification et donc de formation.

Vous le savez comme moi, ils souffrent de salaires petits, d’horaires maxi et mal foutus.
Ils souffrent de non considération, ils souffrent d’être condamnés , pour la plupart, à demeurer en bas de l’échelle sociale, car la diplômite sera toujours, pour leurs titulaires, un obstacle infranchissable, en France. A quelques rares exceptions près.

La 6ème carence la plus forte concerne les ingénieurs et cadres en informatique ; mais là , comme ailleurs, si vous n’êtes pas ingénieurs, même si vous êtes qualifiés en informatique, parce que vous êtes un passionné autodidacte, il n’y a pas de place pour vous.
Mais, me direz vous, justement, il faut former des ingénieurs.
Ces études hélas, ne sont pas à la portée du plus grand nombre, coûtent cher et ne sont pas accessibles, via l’apprentissage, à des chômeurs de niveau inférieur à bac +2.
Et encore faut il qu’ils soient d’extraction technique. Et non littéraires.

Le 12 ème emploi le plus recherché concerne des cadres commerciaux et technico commerciaux.
Hélas, ce métier souffre de systèmes de rémunération souvent aléatoires, renvoit à un statut d’agent commercial et non de salarié.
Il suppose un « vrai tempérament commercial » , qui ne s’apprend pas à l’école.
Les postes de technico commerciaux supposent un bagage technique .
Ces postes sont souvent proposés par des PME , où chaque sou gagné l’est « à la sueur de son front « , à des conditions bien moins cool et avantageuses que dans les entreprises structurées ;
d’une manière générale, les commerciaux ne sont pas assez bien traités , en France.
Et la difficulté de ce métier est souvent sous estimée.

Le 15 ème emploi le plus recherché concerne les cadres et ingénieurs d’études et de recherche.
C’est étonnant . Au moment des milliers d’enseignants chercheurs font grève et se plaignent de leur employeur étatique, le privé les réclame.
Pourquoi n’y vont-ils donc pas ? …………….

Multiplier les contrats aidés et les incitations à l’embauche va-t-il faciliter la corrélation entre l’offre et la demande, pour ces métiers là ?
Je crains que non.
Les employeurs, qui auraient de toute façon embauché, vont encaisser les primes.
Les salariés qui vont entrer dans ces formules de formation en alternance, vont accroître leur qualification, pour certains d’entre eux.

Mais pour le plus grand nombre, je crains un fort turn over.
Ayant travaillé dans le secteur du logement social, j’ai constaté que presque la moitié des gardiens d’immeubles possédait un CAP en bâtiment !
Pour quelle raison avaient ils abandonné leur métier recherché ?
Pour des raisons de sécurité de travail, de conditions de travail , pour échapper aux aléas des petites entreprises et vivre à l’abri d’une structure para étatique.

Aux mêmes causes, les mêmes conséquences.
Il faudra bien un jour mesurer les décalages existant entre le métier appris et le métier occupé.
On sait déjà que presque la moitié des salariés occupe un emploi qui n’est pas le métier correspondant aux études effectuées.

Ceci fait, il faudra essayer de savoir pourquoi ces gens « parfaitement qualifiés » ont quitté leur métier .

La réponse orienterait sûrement vers des causes qui n’ont rien à voir avec la formation et la qualification, raison invoquée en permanence par tout le monde, comme une évidence.

Parce que la cause du manque de formation conforte le modèle français de la réussite, réduit à l’empilage de diplômes plus ou moins significatifs ( j’ai un niveau bac +5 …)
et évite d’avoir à se poser des questions plus fondamentales :

Le clivage métiers manuels / métiers intellectuels
Les études supérieures trustées par les fils et filles de l’élite
Le niveau des salaires et des conditions de travail ( horaires ) dans les PME, la grande distribution, les multiples structures d’aide à la personne, le secteur hospitalier privé, la restauration, le tourisme, les emplois de service en général……
La faible considération accordée , en France, aux emplois de service
La médiocrité générale du management.
La société française très assimilable à une société de castes
La survalorisation du diplôme aux dépens du vrai professionnalisme.
L’importance du désapprentissage du modèle étatique et des valeurs associées : sécurité de l’emploi et avantages multiples associés.
L’importance du réapprentissage des valeurs du travail, du risque, de l’entrepreneuriat
Finalement, l’importance de vivre sa vie en conquérant et non en futur retraité peureux

Une fois de plus, ce plan jeunes pose le problème du rôle de l’Etat en économie.
Selon moi, le rôle de l’Etat ne consiste pas à suventionner des emplois et des formations.
D’ailleurs, quel patron privé embaucherait des emplois subventionnés, s’il n’a pas de commandes et selon quelle logique ?
Le rôle de l’Etat consiste à créer les conditions les plus favorables possibles aux entreprises et aux entrepreneurs, de sorte qu’elles soient compétitives et donc créent naturellement des emplois.
Dans cette logique tout l’argent dépensé en subventions d’emplois et autres formations serait beaucoup mieux utilisé en réduisant de manière drastique toutes les pesanteurs bureaucratiques qui assaillent les entrepreneurs et en dimininuant leurs charges.
Le même conseil vaut pour les collectivités territoriales dont les entreprises servent encore trop de vaches à lait.