Archive pour 19 mai 2009

Management : conflit des hopitaux et des enseignants chercheurs

Mardi 19 mai 2009

Le conflit qui oppose aux projets gouvernementaux, médecins hospitaliers et enseignants chercheurs, a le même fondement non assumé : échapper au contrôle et donc à ses possibilités de sanction.
La difficulté du citoyen français à se plier à toute autorité, est une constante de notre tempérament national.
Il y a quelques années, la reconnaissance du statut de directeur des écoles, avait engendré les mêmes difficultés.
Et c’est aussi un privilège incommensurable, qu’on voudrait bien voir reconduit « ad vitam aeternam », de, à la fois, bénéficier des subsides de l’Etat et de lui refuser tout droit de contrôle.
Or, dans les projets de loi en discussion, recteurs comme directeurs d’hopitaux seraient investis d’un droit de contrôle réel ( et non plus virtuel ) sur l’activité de ces deux populations.

Accessoirement : Invoquer que l’hôpital n’est pas une entreprise, situe bien le rejet viscéral du monde de l’entreprise, par toute une cohorte de gens , qui n’a toujours pas réalisé qu’un pays ne pourrait pas vivre sans entreprises…

Dans les entreprises, à des degrés moindres, se joue aussi le même jeu de cache – cache avec l’Autorité.
Pour les gens de ma génération, l’exercice commençait au pensionnat, pour s’approfondir au service militaire et se poursuivre dans une administration quelconque.
Aujourd’hui, il est encore possible de dresser une typologie des entreprises en se basant sur le niveau de respect de l’Autorité managériale.
Il est fort, voire très fort dans les PME, les secteurs de la grande distribution, de la métallurgie, l’agro-alimentaire, les entreprises de culture anglo-saxonne…..
Il est faible dans les administrations et toutes les organisations de culture étatique, les banques et les assurances de culture mutualiste ou coopérative, les associations, les organismes à gestion paritaire, les collectivités territoriales….

Dans les premières prévalent les valeurs de l’action et du résultat.
Dans les secondes, les valeurs de l’écoute et du compromis.

Il est faux de prétendre que ces valeurs donnent les mêmes résultats, en considération de l’efficacité économique d’une organisation, comme le font encore trop de formateurs en sciences humanes.

Une bonne organisation a besoin de respect mutuel , mais elle a , en même temps, besoin d’ordre .
Respect mutuel signifie qu’il ne s’exerce pas à sens unique, dans la seule direction du salarié ou des syndicats et dans la seule finalité du social.
Respect mutuel signifie aussi qu’on applique les consignes du « chef » et qu’on ne lui balance pas des doigts d’honneur « à tout va » !
Respect mutuel signifie aussi que le chef doit être « respectable ».

L’ordre, c’est la capacité de l’entreprise à organiser les tâches, à les coordonner et à sanctionner les carences ou les écarts constatés.
La capacité d’organisation n’est pas le point fort des entreprises françaises.
La capacité à sanctionner les écarts doit être mesurée à l’aune de sa capacité à bien organiser les opérations.
Et là, il y aurait sans doute beaucoup à dire.
Et quand les entreprises se plaignent de la difficulté « à faire obéir leurs salariés » , c’est souvent parce que l’ordre donné, l’est, dans le cadre d’une organisation mal foutue !
Demander que l’ordre soit juste , c’est-à-dire que l’autorité se confonde avec l’équité, est un idéal, qu’on peut souhaiter dans l’absolu, mais qu’on ne peut exiger de l’entreprise, dont la finalité n’est pas la perfection de l’ordre humain, mais le profit.

Selon moi, les organisations les plus efficaces sont d’abord celles où l’autorité du responsable hiérarchique est réelle et reconnue.
Autorité réelle signifie que l’organisation lui donne les moyens d’agir, sans le doubler ou le court – circuiter en permanence.
Autorité reconnue signifie que le « chef » a été sélectionné avec soin et mérite le pouvoir qu’il exerce sur un groupe d’hommes, en raison de ses qualités personnelles et professionnelles.

A ce sujet, le gouvernement s’est il assez interrogé sur la capacité des personnes supposées exercer l’autorité ( ou la notation ) sur les médecins hospitaliers et les enseignants chercheurs, en deux mots, sur leur capacité managériale, concept que découvre à peine le secteur public…?
Et ne serait il pas temps que les serviteurs de l’Etat , comme leurs collègues du privé, soient choisis plus en raison de leur leadership , que de leur grade ou de leur capacité à se faire élire ?