Archive pour 9 février 2010

pourquoi les groupes étrangers sont ils plus efficaces que les français ?

Mardi 9 février 2010

Selon un rapport du conseil d’analyse économique ( Les Echos du 8 février 2010 ) , « les entreprises localisées en France et appartenant à des groupes étrangers sont plus efficaces que celles appartenant à des groupes français » , elles seraient même à l’origine de la moitié du commerce extérieur français , sont plus rentables et génèrent plus d’emplois !
On explique cette supériorité en arguant du fait que « les étrangers » auraient mis la main sur les
« fleurons » de l’entreprise française ; c’est un peu court.
D’ailleurs pourquoi les français se privent ils de faire de même à l’étranger ?
Les explications sont multiples ; en voici quelques unes.

1 – ces entreprises sont d’abord efficaces parce qu’elles cultivent la simplicité : ce qui frappe , quand on travaille dans une entreprise gérée « à la française » , c’est l’incapacité de traiter quelque problème que ce soit sans en faire une usine à gaz.
Nos organigrames , par exemple, empilent les niveaux hiérarchiques , comme notre organisation administrative empile les collectivités territoriales ;
Aucun problème n’est traité sans qu’on se croit obligé de consulter mille personnes ;
Aucun problème ne peut se traiter sans se croire obligé de respecter la sainte trinité du rapport au comité de direction, consultation du comité d’entreprise et création d’un groupe projet ou d’un groupe de travail ;
Faire simple est un signe de débilité , en France, quand il est symbole d’efficacité dans les entreprises efficaces.

2 – Elles sont efficaces, aussi, parce qu’elles refusent une collaboration de type institutionnel avec l’Etat et la gente institutionnelle, réduisant d’autant leur liberté d’entrepreneur.
En France, aucun problème n’échappe à la loi, et donc à ses représentants fonctionnaires et donc, dans l’entreprise, à ses censeurs ( les institutions représentatives du personnel )
Aucun domaine de l’entreprise n’est préservé ; les responsables et managers sont en permanence en liberté surveillée ; songent ils à effectuer une quelconque opération qu’une bonne âme leur rappellera dans la minute que le code du travail prévoit que..
Bien assez pour calmer leurs ardeurs !
Adieu l’entrepreneur , bonjour le contrôlé !
Les managers des entreprises performantes savent dominer ce genre de peur et ont une position décomplexée par rapport à la gente juridique et bureaucratique ;
Je revois ce directeur de production de cette firme US dire à l’inspecteur du travail : « monsieur, c’est vous qui êtes au service des entreprises et non l’inverse » !
En France , on croit toujours qu’il suffit de renforcer le pôle emploi pour créer de l’emploi , de créer une taxe formation ou un bilan compétence de plus pour rendre le marché du travail plus fluide ….
Les rapports que les entreprises classiques entretiennent avec leur environnement institutionnel leur rapporte rien et leur coûte beaucoup en réunions et en temps perdu.
Certains patrons classiques croient qu’ils ont besoin des institutionnels alors que c’est l’inverse.
Ceux là ne leur vendent jamais que des « trucs et des bidules » qui ne servent qu’à justifier leur emploi du temps et contribuent à les lester un peu plus.
Les institutionnels croient agir pour la bonne cause et oublient que la meilleure manière d’atteindre leurs objectifs de développement économique et social est de permettre aux entreprises d’être le plus compétitives possibles et de les laisser agir en paix.
On a vu les réactions produites par la suppression de la taxe professionnelle !
On sait maintenant que les entreprises qui délocalisent ( hormis celles qui sont employeurs de main d’œuvre à bas prix) se renforcent en France et créent plus d’emplois que les autres.
Il n’y a qu’en France qu’on remet encore en cause le modèle capitaliste.

3 – Les entreprises étrangères sont plus performantes parce qu’elles cultivent une vraie décentralisation des pouvoirs et des responsabilités : responsables de centres de profit à tous les étages, appuyés par de multiples contrôleurs de gestion, à leur service , et non à celui du patron, font la différence.
En France, les fonctionnels sont toujours le cabinet privé du patron, sa cinquième colonne , quand ces compétences devraient aider les opérationnels à atteindre leur résultat.
Mais le modèle jacobin sévit encore ; que de fois n’ai je entendu que l’encadrement n’était pas mûr pour exercer le pouvoir que leur donnaient pourtant des galons largement distribués !
Les patrons issus des écoles de l’élite sont convaincus de la supériorité du modèle élitiste dont ils sont issus et ne sont pas prêts à concéder une once de leur pouvoir.

4 – Les entreprises efficaces savent mieux utiliser le potentiel humain; elles savent mesurer , au plus juste, le rapport travail / temps passé et cultivent la polyvalence; elles échappent à l’accusation permanente des syndicats français de vouloir à tout prix  » faire suer le burnou » en travaillant l’enrichissement du travail et donc son intérêt accru et la rémunération; les syndicats se trompent quand ils pensent que les salariés veulent travailler le moins possible ; ils se trompent encore quand ils pensent qu’ils refusent la polyvalence; une fois de plus, ils répondent à ses shémas fonction publique où chacun veille consciencieusement à ne pas  » marcher » sur les plate bandes du voisin , au grand mécontentement du client qui ne bénéficie pas de l’ajustement de leurs actions.
Beaucoup d’entreprises classiques ont un mauvais taux d’utilisation de laur main d’oeuvre ; elles le savent bien quand elles se comparent avec leurs sous traitants; et après celà, les syndicats s’étonnent d’un si fort taux d’appel à ceux ci !

Enfin, comment ne pas conclure que le surcroit de compétence acquis par la mobilité professionnelle internationale est un plus indiscutable ?
Par mobilité professionnelle internationale, il faut entendre le fait de fréquenter plusieurs cultures managériales pour tirer le meilleur de chacune d’entre elles ;
Les entreprises performantes savent cultiver ces mélanges fructueux ;
Beaucoup d’entreprises françaises se vantent de la singularité de leur culture ( les banques par exemple ) elles ont tort !
Un peu d’humilité ne ferait pas de mal aux français qui , trop souvent, vous expliquent que
« dans notre métier, dans notre entreprise, c’est pas comme ailleurs, c’est beaucoup plus difficile quand on ne connaît pas, c’est particulier » !
En ce sens, un DRH qui a travaillé dans une entreprise étrangère est forcément plus efficace que celui qui se vante de connaître tous les prénoms des enfants de ses salariés , d’être en mesure d’assouplir le délégué CGT , ou de raconter les petites histoires croustillantes de la journée , à son chef vénéré.