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Le DRH et les élections

Mardi 23 mars 2010

Cette période d’élections est toujours une période risquée pour un DRH, si ses inclinations politiques personnelles sont différentes de celles de son patron.
car la France demeure profondément un pays d’idéologies
Montaigus et Capulets de la politique s’y livrent encore de sordides querelles.

Presque tous les patrons se disent « apolitiques » , en public !
En privé, ils sont moins discrets.
En gros, dans les PME on est franchement à droite ;
Dans les grandes entreprises anglo saxonnes , on est aussi franchement à droite.
Dans les grandes entreprises ex nationalisées, ou les entreprises étatiques, on penche plutôt ou franchement à gauche.
Si le patron est un haut fonctionnaire , joli fruit des grandes écoles de la république , matiné de quelques années en cabinets ministériels, il est presque toujours de gauche.
Mais , le politique étant ce qu’il est, il est aussi d’où souffle le vent ………

Toi, DRH, gare à toi , si tu te découvres trop et laisse deviner à ton patron, dont tu dois être si proche, que tu n’es pas vraiment du même bord que lui, car l’heure de ta disgrâce a sonné …….

Les périodes électorales sont toujours des passages délicats pour l’environnement proche du patron.
Je me souviens des grandes heures de 1981, quand Mitterrand fut élu !
Les réunions du MEDEF de l’époque ressemblaient à la débâcle de 1940 .
Et bien risqué aurait été alors d’affirmer, dans ce syndicat apolitique prestigieux , ses idées de gauche.
Être giscardien était même déjà risqué, face à un patron de la droite classique.
L’un de mes patrons , proche de l’union patronale locale, eut ce mot, lorsque Mitterrand quitta ce monde :
« Mitterrand a avalé son chapeau , cette nuit » !
Ce fut dit avec bonheur et ironie , presque avec volupté.
C’est dire le sectarisme qui habite certains milieux patronaux.

J’ai même vécu un repas patronal où l’on avait dénombré l’appartenance au réseau téléphonique des convives, ne serait ce que pour situer si vous étiez plûtôt Orange ( c’est à dire pro étatique ) ou plutôt SFR ( c’est à dire libéral )

Mais, pour les avoir fréquentées, les entreprises les plus sectaires appartiennent à la sphère étatique.
Être obligé de partager leur culture de travail est le moindre mal : le consensus à propos de tout, le groupe avant l’individu, le rejet du chef et de l’autorité, le management de l’indulgence plus que de l’exigence, le social avant l’humain, les dossiers avant les personnes, les intérêts corporatifs avant l’intérêt général, le pouvoir partagé avec les syndicats ou les élus….

Arriver du privé pour y travailler vous expose à toutes les suspicions !
Les propos officiels et officieux, dans ces organisations de service public théoriquement neutres , sont en permanence pimentés de critiques envers « le parti adverse » !
Le parti adverse , c’est selon les cas, les patrons , les entreprises privées ou le gouvernement de droite.
Une de mes relations me contait hier , que faire allusion à Bolloré pour décrire l’initiateur de la fondation de la deuxième chance , destinée à aider les personnes en situation critique à retrouver un emploi , faisait se fermer beaucoup de visages face à cette généreuse initiative !

Donc, pour un DRH , mieux vaut taire son positionnement politique.
Les syndicats , régulièrement, vous scrutent , pour le deviner.
Raison de plus pour n’en rien montrer.

Affichez vos valeurs intimes , plus que vos engagements politiques.
Ces valeurs là , quand elles sont de justice et d’humanité, vous font facilement classer « de gauche » et lorsqu’elle promeuvent l’autorité et l’exigence, « de droite ».
Lorsque vous faites les deux, vous êtes traître aux deux parties , un inclassable, un jaune, un mou, que sais je ?
La vérité est toujours au milieu, c’est pourquoi elle agrège contre vous tous les radicaux.
Néanmoins, les afficher à l’appui des décisions que vous prenez, vous donnera de la force et suscitera le respect.
BON COURAGE !