En ce moment , plusieurs magazines font leur couverture sur le thème de la haine dont le président Sarkozy serait l’objet.
Des chanteurs, des penseurs, des politiques , bref des personnalités censées parler d’amour, appeler à la raison et à la modération, améliorer l’art du vivre ensemble, prononcent des mots haineux à l’encontre du président de la république et s’expriment comme des loubards de banlieue .
Lui même, en utilisant des expressions aussi dures que celle du « croc de boucher » promis à de Villepin , a provoqué l’utilisation, en réponse, d’un vocabulaire de même tonalité.
« Celui qui manie le glaive , périra par le glaive » !
Est-ce là l’héritage de la démocratie , de la république, de la civilisation ?
En entreprise , dans les cercles patronaux et syndicaux, beaucoup trop de conversations utilisent des mots de haine pour désigner les autres, ceux d’en face, ces connards de syndicalistes pour les uns, ces pourritures de patrons pour les autres.
Beaucoup trop de tracts syndicaux, tous les jours, utilisent des mots de haine .
Et pour quelle raison supérieure , s’il vous plaît ?
Le plus souvent :
Pour une augmentation refusée.
Pour un horaire modifié.
Pour un service supprimé.
Pour un salarié ou un syndicaliste sanctionné.
Pour un mot prononcé en réunion de CE ou de délégué du personnel.
Il se trouve parfois des raisons plus sérieuses de vilipender , par exemple lorsque des emplois sont supprimés . Mais, ces mots haineux , faits pour compenser certaines violences sociales, donc justifiés par certains pour cette raison, ne servent à rien , sauf à donner l’exemple à tous, enfants compris, de notre manque de respect d’opinions ou d’agissements contraires à nos pensées , à nos actes ou à nos intérêts.
En aucun cas, ils ne permettent de changer la réalité.
C’est un vocabulaire symbolique de la volonté de détruire l’autre ; on le démolit en mots, faute de le faire en geste.
Beaucoup trop de tracts syndicaux vilipendent tous les jours des gens qui travaillent dans les services de ressources humaines et souvent calomnient à tout va.
Beaucoup trop de défilés brandissent des dessins injurieux, des caricatures blessantes.
Vous me direz que ce n’est pas grave, qu’il faut avoir de l’humour, d’ailleurs les gens rient beaucoup !
Si, c’est grave, parce que si les mots et les caricatures ne laissent pas de trace physique, ils laissent beaucoup de bleus à l’âme et , parfois, de manière indélébile. Ils laissent des bleus aussi à tous les proches des gens qu’ils visent. Les syndicats si combatifs quand il s’agit du harcèlement moral des autres, seraient bien intentionnés de vérifier le leur.
Si, c’est grave, parce que ce sont autant de coups de poignard portés à l’une des conquêtes les plus importantes de notre civilisation : la possibilité pour chacun de s’exprimer et la capacité à vivre ensemble sans s’étriper, même si on partage des opinions contraires.
Ces mots de haine, utilisés de manière banale partout et sans rencontrer de réprobation, quand ils ne sont pas encouragés, sont autant de coups de canif portés à la civilisation et à la démocratie.
Journalistes, syndicalistes et politiques sont comptables , à travers leurs mots, du sens donné à ces mots et des attaques qu’ils portent à une certaine idée de la civilisation et de la démocratie , en les utilisant.