Dans l’évangile des chrétiens, le royaume des cieux est promis aux « doux » !
Dans notre monde , ils sont plutôt promis à l’enfer.
Autrefois, il y a 35 ou 40 ans , les doux cohabitaient avec les « moins doux », dans les entreprises françaises.
C’était le temps où l’on ne vivait pas sous la dictature des objectifs, et la menace de la
« mondialisation ».
Les paysans paysannaient, les boulangers pétrissaient et les ouvriers usinaient , parfois en cadence, mais toujours dans un climat humain et parfois même plutôt bon enfant !
Aujourd’hui, si deux crocs ne vous font pas un petit pli à la commissure des lèvres, vous êtes perdu !
Car on aime les battants, le challenge, le fighting spirit !
Il faut avouer que sans un minimum de combativité, notre Europe disparaîtrait, à coup sûr, du paysage économique mondial.
Madame Aubry souhaite une France douce ; elle a raison, mais ceci ne veut pas dire » mous » , parce que nombre de combats nous attendent :
Combat des bulletins scolaires, combat du diplôme, combat pour trouver un travail, combat pour faire confirmer sa période d’essai, combat pour tenir ses objectifs, combat pour se reclasser après un licenciement, ou retrouver un travail plus conforme à ses souhaits , combat pour boucler ses fins de mois !
bref, combat toujours et tout le temps .
Pour les femmes, c’est souvent combat multiplié par deux , pour concilier vie professionnelle et vie domestique !
Or, nous ne sommes pas égaux devant cette exigence de pugnacité.
Nous ne sommes pas égaux, du fait de notre personnalité, d’abord.
Certains , c’est l’ex recruteur qui parle, ont un visage qui respire la douceur et la gentillesse ; et on les voit mal se battre au quotidien, dans l’entreprise concurrentielle !
Et pourtant, ils ne sont coupables de rien .
Parce que douceur, pour le recruteur, rime souvent avec mollesse, à tort ou à raison.
Quel sort pour ceux qui ont la malchance de paraître doux ou , de vouloir refuser la compétition professionnelle ?
Quel sort pour ceux qui souhaitent un travail tout simplement dénué de tout stress excessif ?
L’entreprise soumise à la concurrence et qui donc , exige d’embarquer tout le monde dans sa lutte pour être la plus compétitive, n’est pas pour eux.
A ceux là, je conseille des organisations échappant à la concurrence où le management , non contraint par l’exigence permanente de survie, saura accepter de compter parmi ses forces vives , des personnalités diverses , sachant apporter autre chose que la capacité à combattre : leur sens du lien social par exemple, leurs capacités relationnelles , bref , d’autres capacités qui , pour n’être pas assimilées au sens du combat, n’en sont pourtant pas moins nécessaires dans certaines activités .
Nous ne sommes pas égaux non plus du fait de la culture où du pays où nous sommes nés.
Certains pays cultivent , beaucoup mieux que la France, le sens de la combativité : le Japon, les USA , sont des pays où le sens de la compétition est une seconde nature.
En France, notre culture nous fait violence d’accumuler des diplômes , mais ne cultive pas particulièrement l’autonomie et la pugnacité.
Une bonne moitié de notre société aspire , tout au contraire, à une société où l’Etat saura prémunir ses citoyens d’un maximum de risques.
Révélateur cette volonté de faire des collectivités étatiques, des boucliers.
Révélateur aussi , est cette incroyable réflexe national, qui consiste à monter des cellules d’appui psychologique à propos de tout et de rien .
La peur de tout risque nous entraîne collectivement sur la pente du déclin , accentué par le vieillissement de notre population.
Nous ne sommes pas égaux non plus devant l’exigence de pugnacité, du fait de notre classe sociale.
Car, notre société républicaine et égalitaire, jette un voile hypocrite sur un élitisme entretenu avec soin par ses écoles !
Cet élitisme préserve les classes sociales privilégiées, qui ont très bien compris l’avantage de consacrer le meilleur à ses enfants , quitte à les « brutaliser » un peu, et condamne les autres à échouer à des épreuves auxquelles leur milieu culturel les a très mal préparées.
Cet élitisme se glisse même dans le plus banal des concours de l’administration où les épreuves sont d’une difficulté et d’une nature, sans commune mesure avec le futur métier.
Conclusion : nous ne pouvons, hélas , pas choisir d’être doux, ou du moins, le monde étant devenu ce qu’il est, nous ne le pouvons plus.
Au contraire, le rôle de l’éducation doit aboutir à rendre chaque petit français apte à assumer les combats de la vie , même s’il fait , plus tard le choix d’être doux !