Comités d’entreprise : pourquoi tant d’indulgence ?

La dernière affaire concernant d’éventuelles malversations au sein du CE de la RATP, venant après beaucoup d’autres ( Air France, SNCF , EDF ) n’est pas une surprise pour qui connaît bien les relations qu’entretiennent patrons et syndicats, en France.

Savoir comment se manifeste cette indulgence et surtout pourquoi elle se manifeste est l’objet de cet article.

Si dans les PME et les entreprises anglo-saxonnes, le patron se cantonne souvent à l’observation stricte de la loi sur les CE, il n’en est pas de même dans les entreprises françaises plus importantes où s’est installé ce que j’appelle le management latino-saxon, mélange d’affectivité latine et de reporting anglo-saxon.

Affectif et soucieux de plaire, quoiqu’il en dise, le patron ou dirigeant français traite son CE comme une maîtresse.

Il fait son possible pour lui accorder un local convenable, du mobilier, ferme les yeux sur la gestion, les achats et les voyages de son secrétaire, ne résiste pas longtemps aux demandes d’augmentation du budget, de prêt d’une salle ou d’une commodité quelconque, à un prêt de personnel, écoute, pendant des heures, en réunion, le secrétaire du CE raconter ses petites histoires. Si un problème survient, le patron, qui recevra le secrétaire en catimini, lui confirme qu’il fera jouer ses relations ou ses directeurs pour « régler son petit problème ».

Dans une de mes entreprises, j’ai connu un secrétaire de CE, ancien colleur d’affiches, bénéficier d’une protection directoriale le mettant à l’abri de faits de nature délictueuse.

La loi, qui, toujours prend la défense du salarié ou des représentants du personnel, n’exige pas grand-chose du secrétaire du CE. Celui-ci peut faire tout ou à peu près sans avoir à rendre compte et en se contentant de donner des chiffres sans jamais rentrer dans les détails. D’ailleurs, demander des détails est vite suspecté d’attitude belliqueuse vis à vis des « Représentants du peuple agissant, par nature, dans le sens de l’intérêt général ».

Il est d’ailleurs paradoxal de constater que les représentants du personnel si agressifs et si inquisiteurs vis-à-vis de la gestion du patron s’offusquent aussi facilement, dès qu’on leur demande le moindre compte.

La qualité gestionnaire des secrétaires de CE qui sont de grosses entreprises brassant des millions d’euros et gérant des centaines de personnes est clairement en cause, car le militantisme syndical ne saurait tenir lieu de brevet de comptabilité.

Le CE, modèle d’entreprise idéale.

De plus, les syndicats qui dénoncent tous les jours la pingrerie du patron, ont à cœur de faire du CE une entreprise idéale où le personnel est en nombre, bien payé, jamais sanctionné, où on achète ce qu’on a envie d’acheter, où le secrétaire peut embaucher qui il veut, faire travailler qui il veut et, malheureusement, parfois, parce qu’il n’en est pas moins homme, harceler qui il veut. Pouvoir et argent faciles sont de grandes tentatrices.

Pire, beaucoup de CE, étourdis de tant de liberté et de tant d’argent, se sont aventurés sur des terrains qui sortent vraiment de leur vocation sociale. On fait ce qui plaît et pas forcément ce qui serait, socialement, le plus utile. On fait ce qui clinque, ce qui est à la mode, ce qui pose ! La folie des grandeurs est susceptible de frapper tout le monde.

On essaye de plaire au plus grand nombre et pas forcément à ceux qui en auraient le plus besoin, même si, bien sûr, comme toujours, la généralisation est injuste et que des CE restent très soucieux de leur vocation sociale.

Ceci dit, il existe des milliers de CE où tout se passe bien et où les secrétaires sont des hommes clairvoyants, bien sûr ! Autant que de patrons qui font honnêtement leur boulot…

Mais pourquoi tant d’indulgence ?

Beaucoup de patrons ou dirigeants français croient, à tort, qu’une attitude coulante vis-à-vis de leur CE, leur vaudra une attitude plus compréhensive des syndicats sur des dossiers difficiles comme l’augmentation des salaires ou la réduction des effectifs. Il est donc tenté de se servir de son CE comme moyen de démontrer, à pas trop cher qu’il est, finalement, un homme compréhensif et pas si pingre que ça ! De se rendre sympathique à pas trop cher !
La suite confirme que cette approche est toujours fausse.

Comme les parents qui satisfont aux caprices de leurs enfants pour s’en faire aimer, les patrons laxistes et peu regardants vis-à-vis de leur CE, dont ils sont pourtant le Président, ne touchent jamais les dividendes de cette « générosité mal placée ».

Bref, ces affaires, qui continuent de bénéficier d’une grande indulgence de la justice et des pouvoirs publics, posent clairement le problème du moment où il va falloir se décider à mettre en place les moyens d’éviter de tels dérapages. Les pouvoirs publics, privés et syndicaux, le doivent aux salariés et aux citoyens, à l’heure où l’argent est devenu rare et la rigueur la vertu suprême, sans parler de la transparence et de la moralité ! A ce titre, les CE des entreprises publiques, aux moyens les plus importants, ont clairement, le plus d’efforts à faire.

Le rapprochement de la gestion des CE de celle des entreprises à chiffre d’affaires et effectif comparables, est devenu inévitable.

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