Ressources humaines : élections Prud’hommales : le grand gagnant est……

4 décembre 2008
IL y a deux grands gagnants aux élections prud’hommales du 3 décembre 2008.

Le premier gagnant est l’abstention.
Le français aime beaucoup créer des imprimés, il n’aime pas les remplir.
Ils n’ont été que 25% à voter.
Ce citoyen , facilement cocardier, n’aime pas mourir sur les champs de bataille du civisme.
Ce n’est pas une surprise. Les rendez vous électoraux sont rarement, en France, la rencontre du peuple avec la démocratie.
Le français préfère se manifester autrement : brûlage de pneux devant les préfectures, barrage de routes, grèves et piquets de grève, défilés sans cesse renouvelés, lettres et pétitions adressées aux députés…
Le français préfère le baroud et l’embuscade à l’exercice serein du devoir de l’électeur.
Faudra t il installer des radars à électeurs pour que ce petit citoyen mais grand rouspéteur, se transforme en grand citoyen et petit querelleur ?

Le deuxième grand gagnant est la CGT.
Elle a recuilli 34% des suffrages, 2% de plus, quand la CFDT et FO ont perdu des voix.
Quand on a été DRH longtemps et qu’on a fréquenté beaucoup les organisations syndicales, ce n’est pas vraiment une surprise.
La CGT a le gros inconvénient d’avoir bloqué son compteur sur la vitesse d’un anticapitalisme souvent primaire, mais ses représentants sont les mieux formés, les plus combatifs , les plus concrets, les plus cohérents avec leur ligne de conduite.
Avec eux, on sait où l’on va, il n’y a ni originalité , ni surprise.
Globalement , ses représentants « tiennent mieux la route » que ceux des autres syndicats.
Et puis surtout, la CGT a des troupes et sait les mobiliser quand il faut au nom d’une forte discipline de groupe.

Les autres syndicats sont beaucoup moins organisés .
Leur forte implantation dans une entreprise donnée tient souvent à la présence d’une forte personnalité à leur tête.
Quand elle manque, le syndicat vacille, parce que les leaders de qualité sont rares et parce qu’il n’y a pas cette forte discipline de groupe susceptible de mobiliser rapidement un noyau dur de militants.

La CFDT est un syndicat moderne. Il cherche sa voie entre l’opposition frontale type CGT et le compromis acceptable qui permet de gagner une bataille, sans gagner la guerre.
Mais le chemin de ses représentants est souvent difficile à déchiffrer.
Avec eux , il faut savoir danser le tango.
Les spécialistes disent qu’il est beaucoup plus facile de dire non que de dire oui.
Le « Oui, mais.. » , chemin du compromis , de la sagesse et de la raison, est toujours la voie la plus difficile, car elle frustre les combatifs et expose au procès de soumission et de « vendu au patron ».
L’accord sur les retraites signé par la CFDT était un geste courageux.
Il lui manque de vrais leaders et une capacité à mobiliser rapidement un groupe de militants, quand les circonstances l’exigent.
Cette orientation réformiste est à encourager , mais elle ne se renforcera que si les patrons n’en profitent pas pour abuser de votre volonté de construire un dialogue social de type gagnant/gagnant.
A un syndicalisme intelligent doit correspondre un patron intelligent.
Un “patron/ patron” préfèrera toujours un syndicat de type cégétiste, parce que cela évite à l’un comme à l’autre de se compromettre dans les voies de la collaboration.

Les autres syndicats ne sont, à mes yeux, pas des interlocuteurs du même niveau, dans l’entreprise privée.
Même si, un leader très médiatique , au niveau national , peut , à certains moments les mettre en valeur, ces syndicats sont souvent mal représentés en entreprise et leurs délégués prennent assez vite la posture de l’apparatchik syndical .
Cette posture les pousse à jouer un double jeu : ne pas passer pour un jaune auprès des autres syndicats en faisant un suivisme souvent incompréhensible auprès de la CGT et ne pas se faire mal voir du patron, en cultivant une attitude d’opposant courtois et bien élevé.
Et puis, ces représentants sont rarement des ouvriers , comme les représentants CGT.
Ils sont la plupart du temps employés, techniciens ou cadres.
Ils sont donc moins légitimes à représenter la « classe ouvrière » même si celle-ci a bien changé…..

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