En ces temps, beaucoup d’entreprises et de DRH se préoccupent de « donner du sens » au travail de leurs salariés ?
« Il faut donner du sens », entend t on dire, ci et là ,le manager
La formule est belle et sonne bien, mais qu’est ce qu’elle signifie réellement , au-delà de la petite musique des mots ?
Je ne suis pas philosophe, mais je devine bien l’intention qu’il y a derrière : on entend que le salarié travaillera mieux et s’impliquera plus, s’il comprend pourquoi il travaille…
Le travail a de toute façon, un sens premier : permettre au salarié de gagner sa vie
Ce n’est déjà pas si mal pour celui qui a une famille à nourrir !
Qu’est ce qu’on veut de plus ?
On voudrait « de plus » que le salarié travaille pour une cause supérieure, cette cause étant l’intérêt général de l’entreprise, et que ce sens supérieur génère une implication supérieure.
On voudrait, comme en religion, que le sens de la vie du salarié au travail , le sens de sa souffrance et de ses efforts, soit de travailler pour son entreprise.
C’est beaucoup demander !
D’ailleurs, peut on donner du sens , à la place de l’individu ?
Sans aller jusqu’à obtenir que le travail « fasse sens » pour le salarié, on peut provoquer un engagement de qualité supérieure.
ll y a trois moyens d’y arriver :
Le salarié recruté est un professionnel, c’est-à-dire qu’il s’engage à faire , et ne se contente pas de savoir faire. C’est le résultat , souvent, des valeurs de son éducation.
Le salarié recruté ne s’engage pas naturellement à faire , mais on va le pousser à le faire :
De grandes entreprises , au travers de leurs universités d’entreprise, ou de cultures d’entreprises contraignantes et de management exigeant, obtiennent cet engagement.
Enfin, le manager cherche à faire partager à ses salariés l’aventure de l’entreprise, c’est même son rôle de motivateur.
Il peut ainsi obtenir d’eux un engagement de qualité supérieure.
C’est Bonaparte qui va faire de son armée de pouilleux les conquérants de la campagne d’Italie.
Croire que prononcer de beaux discours sur le bilan de l’entreprise et ses grands projets, balancés comme des incantations, distribuer de belles plaquettes, faire du sponsoring ou de l’humanitaire, suffisent à donner du sens, est une grave erreur.
D’autant que cette belle manoeuvre se brise au premier chômage partiel ou licenciement économique.
IBM, pour qui » Notre actif est une question de personnes » a laissé planer l’illusion jusqu’à son premier train de licenciements ….
Toute entreprise connaît, un jour ou l’autre, son Vilvoorde. ( usine Renault fermée en Belgique, il y a quelques années )
Et ce jour là, on sait bien que tout le monde n’est pas sur le même bateau….
ET que le sens de l’action managériale va d’abord à la protection des intérêts de ses propriétaires.
Et puis surtout, l’engagement doit être payé de retour.
Et ce retour, contrairement aux soldats de Napoléon, ne saurait se contenter de gloire et de médailles.
Finalement, si on abandonnait un peu de notre intellectualisme et de notre idéalisme, on découvrirait que l’un des plus sûrs moyens de provoquer l’implication et de renforcer le lien entre le salarié et son travail, consiste à faire du salarié un partenaire financier à part entière , en le rendant actionnaire de l’entreprise, et donc un peu propriétaire , et donc concerné par les décisions qui engagent son patrimoine.
S’enrichir, ou s’appauvrir, au travers des péripéties de la vie de l’entreprise a du sens, pour celui pour qui l’argent a de
l ‘ importance.
Mais cette idée là, curieusement, est peu souvent mise en avant.
Intéressement et participation légales à la française, arrangent tout le monde : les patrons le restent chez eux, et les syndicats ne se commettent pas en capitalisme.
L’action du DRH
Essayez de recruter de vrais professionnels.
Construisez des cycles d’initiation aux valeurs du professionnalisme.
Faites de vos salariés des actionnaires
Ne promouvez que des managers possédant un fort leadership et aptes à être de super motivateurs
Soyez les censeurs vigilants d’une éthique d’entreprise : on fait ce qu’on dit , on dit ce qu’on fait.
On ne se commet pas en basses manoeuvres.
ON ménage autant que se peut un équilibre intelligent entre l’économique et l’humain.