La mobilité professionnelle est bloquée, en France, pour les raisons suivantes :
La première est que notre société qui se clame tant républicaine est toujours une société de classe
Elle utilise l’école comme critère décisif de classement » pour la vie » comme une note le fait pour un examen , comme le BAC sanctionne la scolarité du secondaire…
Une récente enquête de l’Express ( Janvier 2008 ) sur l’avenir et les jeunes confirmait que l’école française servait à classer et que le niveau d’études était exactement prédictif de la position que l’on occupera dans la société
Autrement dit, le diplôme est le nouveau titre de noblesse valable tout au long de la vie
Avoir fréquenté quelques polytechniciens m’a bien fait comprendre que quoiqu’ils fassent , ils auraient leur place au soleil ….
Un groupe de travail européen sur la mobilité en Europe, dont j’ai eu la fierté de servir d’animateur, m’avait exprimé sa vision de la France comme un échiquier composé de cases sur lesquelles vous aviez le droit ( ou non ) de vous déplacer en fonction de la profession de vos ascendants, de votre quartier, de votre école etc….
La seconde raison tient au fait que les grandes entreprises ( et leurs cabinets de recrutement ) recrutent de manière très sélective : pour une majorité d’entre elles, il n’existe pas de salut si l’on n’est pas » en ligne » :
Être en ligne signifie posséder le diplôme qu’on souhaite , avoir occupé les emplois qu’on recherche, dans les entreprises qui intéressent, le temps qu’il faut ( ni trop longtemps ni trop peu ) , avoir moins de 40 ans et si possible, sans oser le dire, être européen.
Il va sans dire que les chômeurs dont je m’occupe et qui, faute de diplôme, ont occupé l’emploi à pourvoir pendant 15 à 20 ans , se voient refoulés sans ménagement par un » Mais Monsieur, vous n’avez pas le diplôme qu’on recherche » !
En France, on aime les jardins » à la française » ! Pas de diplôme, pas de salut
Qu’il faille faire valider son expérience par un diplôme via le processus de la VAE ( validation des acquis de l’expérience ) confirme bien le travers de notre société à ne considérer que le diplôme comme valeur mètre de notre société.
Heureusement que les PME sont plus ouvertes que les grandes entreprises sinon que ferait on de ces miliers de salariés qui veulent réorienter leur vie professionnelle ?
Il est vrai aussi que beaucoup de patrons de PME sont des autodidactes ou , en tout cas, des personnes qui considèrent que la valeur de l’homme est dans sa personnalité, sa volonté , sa capacité d’adaptation , au moins autant sinon plus que dans les études suivies ou le diplôme détenu.
La troisième raison tient au fait que les salariés français ne sont pas assez mobiles
Contrairement aux jeunes Anglais qui font souvent leurs études dans une autre ville que la leur, beaucoup de jeunes français sont des terriens qui n’ont de cesse de vouloir le plus rapidement possible s’ancrer sur un terrritoire et y planter leur maison en dur ou , en tout cas, leur domicile, pour la vie.
Combien de fois ai je rencontré de jeunes salariés venant pleurer dans mon bureau pour rapprocher leur lieu de travail distant d’au moins 25 kms de leur domicile….
Or, on sait qu’en matière de recherche d’emploi la mobilité nationale multiplie les chances de retrouver du travail
Vous me dites que déménager est inhumain?
Peut être , mais certainement moins que de vivre le chômage et toutes ses misères associées
Et puis, si c’était l’inverse, si c’était le changement qui multipliait le plaisir de vivre ?
En France, il va bien falloir finir par comprendre que le monde ne se plie pas à nos souhaits et que c’est à nous de nous adapter aux choses qui ne dépendent pas de nous !
La quatrième raison tient au fait qu’on considère qu’il n’est pas possible, en France, d’occuper un emploi sans le diplôme ou la formation théorique qui va bien.
Pour beaucoup d’emplois, ceci est faux. C ‘est oublier qu’un travail s’apprend sur le tas, c’est oublier qu’on passe son temps à copier les autres et très peu à créer. C’est oublier la formidable capacité d’adaptation de l’homme qui, après avoir vu faire une opération, est très rapidement capable de la reproduire dans d’aussi bonnes conditions, passé un certain délai d’apprentissage
L’embauche d’étudiants pendant l’été m’a souvent convaincu de cette énorme capacité .
Pendant la guerre, des milliers d’emplois ont très rapidement changé de titulaires et cette occasion a d’ailleurs radicalement changé la vision de la femme ….remplaçant les hommes partis à la guerre, dans les usines.
DRH dans une firme US, mon superviseur était un ex marin de l’US Navy !
Imaginez une situation comparable dans une firme française de 15 000 personnes travaillant dans le secteur aérospatial
On vous répondra vite que c’est un emploi hautement qualifié de niveau Bac + 5 minimum ne pouvant être occupé que par un master en sciences humaines.
On condamne d’ailleurs souvent les militaires français, qui sont très polyvalents, à des emplois de sécurité ….
Aptes à tout mais …bons à rien, selon les critères académiques français !
Car, derrière le discours officiel, être polyvalent ou avoir changé de métier, loin d’être un avantage, est souvent encore perçu comme une tare. Les nouveaux riches du diplôme ou les gens » en place » protègent bien leurs arrières….
Je me souviens encore de ce recruteur parisien qui , en constatant sur mon CV que j’avais commis l’erreur de ne plus être DRH pendant quelques années, s’esclaffa : » mais enfin , vous voulez faire quoi au juste » !
Est il besoin d’ajouter autre chose ?
L’action du DRH
Vous devez prendre des mesures afin de fluidifier l’emploi dans votre entreprise
- Mesurer déjà les mobilités existantes
- Ne mettez pas au service recrutement une personne jeune et diplomée qui évaluera les candidats à l’aune de son âge et de ses dîplômes mais une personne expérimentée, si possible autodidacte, qui connaît bien tous les emplois de l’entreprise
- N’hésitez pas à officialiser des majorations de qualifications et / ou des primes de mobilité pour les personnels polyvalents et mobiles
- Ne surqualifiez pas vos emplois en exigeant un niveau Bac + 5 pour un poste qu’une personne professionnelle de niveau bac pourrait exercer sans problème ( compte tenu des marges de manoeuvre dont disposent les salariés en général et le cadre étroit des procédures à observer )
Etant moi même cadre autodidacte en recherche d’emploi ayant occupé des postes à responsabilité dans l’informatique je rencontrerai volontier l’auteur de cet article.