Les DRH ne doivent pas cultiver la peur des mots

Quel paradoxe étrange de voir qu’au pays de la littérature, les mots font peur.
Récemment , dans une réunion consacrée à l’emploi des jeunes, j’eus le malheur de prononcer le mot « sanction » !
Le tohu bohu qui s’en suivit, cassa littéralement la suite de la réunion.

Les journalistes ,d’habitude si prompts à dénoncer la langue de bois des politiques, poussent des cris de vierge effarouchée, à chaque fois qu’un ministre prononce une phrase, ou une expression, trop « crue » à leur goût.
Régulièrement, ils dénoncent les ministres , dits civils, pour leur maladresse à utiliser le langage policé des politiques professionnels , comme les courtisans se moquaient , à Versailles, de la maladresse de ceux qui n’en étaient pas.

En entreprise, sauf dans les TPE et PME, j’ai bien peur qu’au fil du temps , le langage policé n’aboutisse qu’à élargir la fracture entre patrons et syndicats , direction et cadres, cadres et employés.
Les premiers résultats du cabinet mandaté pour expertiser France Télécoms fait ressortir, Oh surprise, une inadaptation du management.
Mais quand , pendant des mois et des années, on demande aux managers de tourner 10 fois leur langue dans leur bouche, de ne jamais prononcer, en réunion ou en entretien, dans les entreprises publiques ou ex publiques, les mots de profit, concurrence, compétition, performance, non professionnalisme, fainéantise …il arrive que la réalité se venge.

Les imprimés d’évaluation sont un modèle de langue de bois : les salariés n’ont plus de points faibles, ils n’ont que des points de progrès ou de vigilance !

Or, ce sont les mots vrais et sincères, qui chassent le mensonge et l’hypocrisie et permettent que s’installe une vraie relation de confiance , entre le manager et son salarié.
L’entretien annuel réduit à 15 minutes de parler vrai, serait déjà beaucoup plus utile que de passer 1H à 2H, à formaliser des tas d’éléments ,dont la pertinence n’est pas avérée.
Le quantitatif à tout crin, a évacué l’importance du qualitatif et même de l’émotion.

Le « Radio Paris » des DIRCOM et conseillers divers en communication, cultive , à force de grimaces, le mensonge officiel.
Dirigeants , cadres et DRH doivent d’urgence s’émanciper d’une tutelle qui , à force d’éléments de langage travaillés, a tué la vérité des relations entre les hommes , comme la vérité des situations.
Avez-vous vérifié récemment, comment tout l’entourage de Johnny nous disait qu’il allait toujours bien ?

Dans les écoles, la prudence avec laquelle les maîtres doivent maintenant s’adresser aux élèves, sauf à finir au tribunal, introduit une distance et un prudence dans la relation qui n’est pas faite pour faciliter la relation professeur/élèves.
Une des grandes différences entre notre culture et la culture anglo saxonne tient justement à notre incapacité à dire les 4 mots justes pour décrire une situation et à en chercher 100 , qui ne diront rien !

Il est grand temps que tout le monde , en France, retrouve le courage de dire les mots justes ;
Quand les mots sont absents , ou faux ou hypocrites, la violence n’est jamais bien loin.
C’est vrai dans le couple, dans les relations parents / enfants, dans les entreprises, dans l’Etat.

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