Que signifie  » être un DRH moderne » ?

Contrairement à ce qu’on dit et pense tout le temps
La frontière , dans l’action, n’est pas entre la gauche et la droite
Entre les diplômés et les non diplômés
Entre les jeunes et les Anciens
Entre les matheux et les littéraires
Entre les religieux et les athés

La vraie frontière, dans l’agir, est partout entre les Anciens et les Modernes

Le terme  » moderne » est issu du grec » modos » qui signifie « d’aujourd’hui »
Être d’aujourd’hui signifie vivre avec son temps, donc avoir l’esprit  » ouvert »
Avoir l’esprit ouvert nécessite forcément des questionnements sur les opinions reçues et les manières de faire « d’hier  »

Exercer  » sa modernité » pour un DRH, implique de changer ou , au minimum, réévaluer, les règles du jeu communément admises :
- entre le manager et son équipe
- entre l’entreprise et ses salariés
- entre le Patron et le syndicats
- entre l’entreprise et son environnement

Les relations entre le manager et son équipe sont encore très influencées par un certain nombre d ‘idées admises qui s’avèrent fausses ou à demi vraies, donc possiblement contre productives
Exemples :
Il ne faut pas être trop proche de son personnel
On peut déléguer mais il faut beaucoup contrôler
Il ne faut pas tutoyer son personnel

De même, les relations entre l’entreprise et ses salariés sont à revoir

Exemples :
Le salaire suffit à rendre compte de la contribution du personnel aux résultats de l’entreprise
Les salariés sont naturellement impliqués
Les salariés, moyennant formation, sont aptes à occuper tous les postes ( négation de l’impact de la personnalité )
Les licienciements sont les seules économies envisageables
Les salariés ne sont pas assez adultes pour entendre les problèmes auxquels est confrontée l’entreprise
Les managers de proximité ne sont pas mûrs pour exercer les attributs hiérarchiques ( recruter, évaluer, récompenser, sanctionner )
La multiplication des modes de contrôle ( reporting, contrôle interne, suivi des objectifs ..) est un gage d’efficacité
les achats jouant sur l’effet de taille ( quitte à faire attendre les salariés ) sont de bonne gestion

Les relations avec les syndicats souffrent aussi de conceptions héritées du passé
Exemples :
Les syndicats sont un mal nécessaire
Il faut céder sur les principes devant une action syndicale forte , au nom du pragmatisme
Les relations sociales exigent de jouer au plus fin car, selon Machiavel,  » la virtu » s’impose à la  » fortuna » , c’est à dire que seule compte la fin et qu’il faut faire preuve de souplesse face aux circonstances, quitte à se renier.

Les relations entre l’entreprise et son environnement ( dont l’Etat ) sont aussi gravement influencées par des conceptions passéistes ou fausses
exemples :
- Il faut recruter en satisfaisant aux conditions posées par les aides gouvernementales
( en faisant passer en second les qualités du recruté )
- Le nombre de stagiaires reçu est un signe de bon management
- Le taux des dépenses formation est un critère de bonne gestion
- Le rôle sociétal de l’entreprise est un critère d’efficacité du management

Le rôle du DRH est d’exercer son esprit critique par rapport à tout ce que le passé ou l’environnement présente comme une chose vraie et acquise
Il le fera d’autant plus facilement qu’il aura frotté son esprit à plusieurs cultures d’entreprises
La vraie faiblesse d’une carrière effectuée dans un seul groupe même en occupant plusieurs emplois est là : l’impossibilité de confronter les  » vérités » de l’entreprise où l’on travaille  » aux autres vérités » des autres entreprises
Donc l’impossibilité de relativiser, d’exercer son esprit critique, d’apporter d’autres angles de vue, d’autres manières de faire

Le péché d’orgueil managérial se nourrit de l’absence d’avoir cotoyé d’autres cultures, d’autres méthodes, d’autres gens

Les Modernes pensent que tout est possible en agissant autrement
Même s’ils ne négligent pas systématiquement les leçons du passé,le passé est souvent ce qui empêche d’imaginer un nouvel agencement des choses
Les Modernes pensent que la créativité, l’imagination, l’enthousiasme sont le vrai carburant d’une entreprise et d’une société
Les modernes croient que l’intelligence n’est la propriété de personne
Les Modernes pensent que les règles doivent être réduites au minimum et l’esprit de liberté et responsabilité, la règle
Les Modernes pensent que le rôle de l’éducation est aussi ( surtout ) d’apprendre l’acquisition de la responsabilité et de l’autonomie

Prenons un exemple d’approche moderne des problèmes : l’emploi des seniors
La France est le seul pays à faire preuve d’un tel ostracisme vis à vis des salariés de plus de 50 ans
Il faut donner le choix aux seniors ( et le droit ) :
- de partir ( avec une retraite réduite), car , beaucoup ne se reconnaissent plus dans l’entreprise d’aujourd’hui
- de travailler à temps partiel, même avec un salaire revu à la baisse, si le poste est de qualification moindre
- de pouvoir travailler dans l’administration sans passer de concours
- d’occuper une liste d’emplois d’utilité sociale financés par l’Etat ou les collectivités territoriales
- De travailler en temps partagé dans les PME ( qui en ont fort besoin ) en étant financés à la fois par l’entreprise et les CCI
On pourrait aussi les aider à créer des entreprises qui travailleraient en sous traitance pour des activités de service public
On pourrait aussi leur payer une formation longue, mélange de VAE et d’unités de valeur acquises à l’université ou dans les écoles, afin de pouvoir changer de métier

L’action du DRH

1 – Enrichisez votre vision du phénomène managérial en travaillant dans des entreprises de culture différente

2 – Ayez l’esprit et le coeur ouverts et le courage d’affronter tous les conservatismes dans les réunions avec le comité de direction ou les représentants du personnel. Soyez un pourfendeur des idées admises comme vraies . Soyez l’avocat de la modernité dans votre entreprise
Prenez des positions  » ouvertes » telles que :
- La convivialité ne nuit pas au fonctionnement d’une équipe
- la répartition selon trois tiers ( préconisée par le président Sarkozy) du résultat de l’entreprise est une évidence managériale
- la part du secret stratégique est infime . Tout ou presque peut être dit et expliqué au personnel
- les managers, même de proximité, sont suffisamment responsables pour exercer les attributs hiérarchiques.
S’ils ne le sont pas, il ne fallait pas les promouvoir.
- Les relations avec les syndicats méritent, selon les circonstances, souplesse ou grande fermeté mais excluent le calcul et les basses manoeuvres
- La sujétion de l’entreprise à l’économie administrée n’est pas un critère d’efficacité managériale mais un choix politique, de même pour son engagement sociétal

3 – Rappelez l’importance de l’éthique quand des décisions doivent être prises uniquement à partir de critères financiers ou économiques. Mais il vous faudra faire valoir d’autres alternatives pour rester crédible ! par exemple : un vrai réengineering de l’organisation de l’entreprise doit être envisagé avant de penser systématiquement à licencier

4 – Prenez des initiatives novatrices dans tous les domaines : communication, système de salaire, formation , sécurité et conditions de travail…Soyez un DRH créatif et imaginatif

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