Du 14ème au 16ème siècle, Venise va dominer le commerce mondial.
Les historiens s’accordent pour attribuer ce succès à 3 idées majeures :
- Un Etat entrepreneur
- Une cohésion de groupe originale
- Un pragmatisme à toute épreuve
Un Etat entrepreneur
A Venise, pouvoir politique et économique sont imbriqués.
Le premier sert ouvertement les intérêts du second.
Et pour cause, ce sont les mêmes individus qui sont à la fois entrepreneurs et qui occupent les charges publiques. Mais cette caste veille jalousement à ne laisser aucun petit groupe monopoliser le pouvoir ; les charges électives sont volontairement de courte durée.
L’Etat prend en main l’organisation du commerce et entreprend de louer ses galères militaires aux marchands, grâce à un système de mise aux enchères.
Quelle leçon peut on en tirer chez nous, maintenant, en France ?
Est-ce que l’Etat et les collectivités territoriales sont vraiment au service de l’économie et donc, de l’emploi ?
Est-ce que la dépense publique est orientée de manière importante pour favoriser le développement économique des entreprises et la richesse des français ?
Le doute est permis.
Le rôle de l’Etat consiste certes à assurer la sécurité , la santé, l »éducation des français.
Mais ceci fait, il reste encore beaucoup d’argent » à bien dépenser » !
Le budget des régions est consacré de manière importante aux dépenses de formation professionnelle, mais les entreprises ne préféreraient elles pas payer moins d’impôt et former elles mêmes leurs salariés ?
Les dépenses inutiles sont encore légion : aménagement de rues et de villes trop coûteux, aéroports sur – dimensionnés et trop nombreux ( 75 , en France ) musées de prestige, subventions innombrables, personnels territoriaux en croissance exponentielle, stades destinés à n’être remplis que lors des coupes d’Europe, bâtiments publics luxueux, échelons administratifs redondants…..
Ne parlons même pas des dépenses militaires, dont l’utilité est souvent masquée au nom de la défense du territoire sacré.
Les navires de la Royale ne sont pas prêts de servir nos intérêts commerciaux….
Même si l’Etat a récemment marqué un bon point en instituant l’auto – entrepreneuriat , il y a encore beaucoup à faire pour qu’il soit qualifié d’Etat entrepreneur.
Et les énarques ne sont pas prêts de laisser leur place à des patrons formés à HEC.
Quant à l’instauration de mandats électifs de courte durée, je connais peu d’hommes politiques , qui ont fait de la politique leur métier, y renoncer facilement !
Une cohésion de groupe originale
A Venise, les marins embarqués sur les navires commerciaux , disposent d’un coffre , placé sous leur banc de rame, qui leur permet de commercer pour leur compte.
A l’exemple de la part de pêche de nos marins d’aujourd’hui.
Tout le monde est donc partie prenante à l’aventure commerciale.
Les patrons ont intérêt à réfléchir à ce que tous leurs salariés aient bien le sentiment d’être embarqués avec eux et y trouvent avantage.
Ils ne sauraient, comme je l’entends souvent, se contenter de dire « qu’eux » travaillent beaucoup plus que leurs salariés.
La cohésion ne peut se fonder , si une partie de l’équipage s’estime lésée.
Aux Dirigeants de savoir expliquer aux syndicats et aux salariés, en quoi la répartition du résultat est juste.
Les bonus des traders de la BNP , dont on parle tant en ce moment, sont peut être conforme aux nouveaux engagements du G20, mais c’est le rôle du management de faire comprendre aux traders que c’est la cohésion sociale de l’entreprise qui est en jeu, si de telles sommes , sans doute méritées à leurs yeux, leur sont consenties.
Si le coffre des marins , même mérité, fait apparaître aux yeux des autres , des avantages
« démesurés » ,le groupe se disloque et le navire n’est plus le navire de tous.
Et je ne crois pas à une fuite massive des traders français, en cas d’encadrement des bonus, sauf à considérer qu’ils ne sont mus que par le gain, dans la vie !
Un pragmatisme à toute épreuve.
Les bateaux voyagent en convois, à dates régulières.
Venise invente des instruments financiers efficaces, comme la lettre de change.
Venise utilise la fameuse comptabilité à partie double et s’affirme comme le centre d’apprentissage international du monde des affaires.
Des montages financiers originaux financent les expéditions.
Venise pratique une sorte d’immigration choisie , cherche à attirer les inventeurs et les protège de la contrefaçon.
Savons nous faire preuve du même pragmatisme dans nos entreprises et organisations étatiques aujourd’hui ?
Est-ce que le moule des études « à la française » ne nous conduit pas à trop d’intellectualisme, trop de jeux conceptuels ?
Est-ce que notre amour de la bureaucratie ne nous conduit pas à trop de papiers, trop de méfiance, trop de contrôles ?
Conclusion
Le monde est crise , dit on .
Sans doute pas assez , pour nous faire vraiment prendre conscience que ce n’est pas seulement le capitalisme qu’il faut refonder, mais l’orientation du rôle de l’Etat, l’utilisation de l’argent public, nos manière d’aborder les problèmes, le contenu des études, le mode de sélection des élites, nos manières de décider et d’agir.
L’action du DRH.
Soyez autant que possible un DRH pragmatique, entrepreneur et rassembleur.
Ne vous satisfaisez pas d’enfiler les habits élimés du gestionnaire administratif , souvent grand apôtre des usines à gaz.
Soyez de votre temps : Inventez de nouveaux dispositifs de rémunération, portez un autre regard sur la manière d’intéresser l’homme à son travail, la manière de négocier avec les partenaires sociaux…
Faites régner une ambiance sympathique et décontractée.
Soyez l’artisan incessant du rapprochement des salariés en convainquant votre patron d’éviter les systèmes discriminants , sans cause, ou causés mais de manière excessive. Comme les bonus excessifs accordés à certaines catégories.
En gros succister le désir pour mieux savourer le plaisir à venir de travailler donc contribuer à construire une société d’avenir!