Préambule : nous avons imaginé que nous étions à la recherche d’un DG pour l’entreprise France. 6 candidats ont répondu à l’annonce.
Pour les sélectionner, nous examinerons leur CV, leur personnalité et leur programme.
Jean Michel Baylet : cadre senior. Difficile !
Le CV :
De formation juridique, il a chaussé l’entreprise de presse de son père. Âgé de 65 ans, il a mené parallèlement une vie de patron de presse et d’homme politique ayant revêtu divers mandats locaux. Il disposerait d’une certaine fortune (50 millions d’euros ).
Personnalité :
Il a sans doute les caractéristiques des radicaux : pragmatique et art du compromis, laïc et humaniste. Personnalité ronde, directe et chaleureuse.
Mais l’éthique s’accommode souvent mal des gens qui attachent peu d’importance à la vertu.
Programme
A l’exemple de la personnalité : il est du bois dont on fait les flûtes. Accomodant.
Il est pour la dépénalisation du chichon. Pour le reste, c’est un patron de presse donc un homme qui connaît les réalités économiques.
Conclusion :
Nous l’avons éliminé sur dossier, en fonction de son âge et en dépit d’un parcours bien garni dans la région du cassoulet, même si en France, d’illustres carrières politiques ont commencé à 60 ans, parce que la classe politique française a besoin de gens neufs.
Surtout, JM Baylet a fait l’objet de multiples condamnations en justice. Et le pédigrée Ethique est de venu incontournable. Les autres candidats ont d‘ailleurs eu des propos très fermes à ce sujet…
Arnaud Montebourg : Le marketing man.
Le CV :
Nous l’avons convoqué à l’entretien compte tenu d’un a priori favorable. Né de la diversité, petits fils d’artisans, il s’est élevé dans la hiérarchie sociale en devenant avocat et en entrant en politique.
Mais il a sans doute rompu avec la culture entrepreneuriale et rejoint la culture étatique via son père fonctionnaire des impôts et sa mère proff d’espagnol.
On n’échappe pas à son déterminisme social !
La personnalité.
Arnaud Montebourg est le seul candidat à posséder un vrai charisme. Lors des débats, il est le seul à crever l’écran. En plus, il est beau gosse, souriant, passionné, et sait faire preuve de simplicité et d’humour. De plus, c’est un pédagogue. Un vrai fils de pub !
Le programme :
Hélas, il ne sera pas notre préféré parce que si c’est bien lui qui est le plus charismatique,
son enthousiasme si agréable n’arrive pas à compenser une vision économique radicale qui le pousse à considérer que la France est une île et que le volontarisme politique suffit à changer le monde. Lénine et Mao n’auront pas de successeur de sitôt.
Conclusion : éliminé en raison de son programme, malgré une personnalité présentant le plus fort leadership.
Marie Ségolène Royal : La sémillante vendeuse.
Le CV :
Fille d’une lignée de militaires, élevée dans un milieu catholique, née dans une famille nombreuse, elle a hérité une solide ambition, le souci de démontrer à son père qu’une fille est l’égale d’un garçon, le côté moral et carré de certaines de ses prises de position à propos de la famille et de l’éducation.
Elève plus besogneuse que brillante, elle a bénéficié de concours de circonstances heureux qui lui ont permis de faire de bonnes rencontres dont celle de François Hollande, d’Attali, de François Mitterrand, de Beregovoy et de Jospin.
Après plusieurs essais infructueux, Mitterrand lui trouve un parachutage dans les Deux Sèvres où son aplomb, pour ne pas dire son culot, et son charme juvénile et féminin s’imposent.
Sa présence au deuxième tour des Présidentielles de 2007 me semble avoir été un hoquet de l’histoire, comme il en arrive parfois.
Patronne de la région Poitou Charente risque d’être une expérience un peu courte, d’autant qu’engager l’argent public est plus facile que gérer le sien ou celui des actionnaires. Mais on la créditera d’expériences novatrices.
Le programme :
Bien qu’étant la seule à mettre en avant le rôle capital des entrepreneurs, et désireuse d’agir efficacement, elle propose de prendre des mesures volontaristes d’origine étatique, un brin populistes ( blocage des prix, nationalisations des banques ). Elle veut plaire à tout prix et je la soupçonne de mettre en avant des mesures susceptibles de plaire que de mettre en place une politique réfléchie et structurée.
La personnalité :
Ce qui frape le plus chez Ségolène Royal, c’est un culot sans limite, même si les politiques font souvent métier de ne se trouver jamais embarrassés ! Je me souviens de ce reportage d’actualité où on la voyait courir pour se placer au premier rang des ministres marchant à pied de l’Intérieur vers l’Elysée. Les ambitieux ont cet inconvénient qu’ils risquent d’oublier l’intérêt général pour préserver le leur. Fâcheux. Mais c’est une bonne vendeuse et elle est capable d’opérer de vraies opérations de séduction. Hélas, son heure est passée. Enfin, Son raisonnement intellectuel me semble souvent peu rigoureux.
Je la soupçonne enfin d’être « la chieuse de service », c’est-à-dire quelqu’un avec qui on a facilement des histoires …
Conclusion : éliminée en raison d’un programme non structuré et d’une personnalité d’emmerdeuse.
Philippe Valls : Le cadre dynamique.
Le CV
Naturalisé en 1982, il est comme Montebourg issu de la diversité. Famille d’artistes : original. Parcours classique d’un militant socialiste : fac d’histoire, UNEF, attaché parlementaire, attaché au cabinet de Michel Rocard, secrétaire de fédération socialiste, élu au conseil régional, c’est un peu l’autodidacte des candidats aux primaires.
La personnalité.
Jeune, fonceur, carré, c’est le jeune coq de l’équipe qui ne doute pas de son destin et, selon la méthode Couée, s’élève plus haut qu’il n’est vraiment, pour en convaincre les autres.
C’est le prototype du jeune cadre que beaucoup de DRH embaucheraient facilement.
Le programme.
Ses origines catalanes, alliées à son parcours de self made socialist, ainsi qu’à la nécessité d’avoir à gérer une ville comme Evry, colorent son engagement socialiste d’un réalisme qui doit le faire détester de beaucoup de socialistes traditionnels, n’écoutant pas ce que dit Valls quand il parle des différentes manières d’être socialiste.
De plus, il a choisi un positionnement difficile le faisant classer à la droite de la gauche quitte à le faire taxer d’homme de gauche appliquant des recettes de droite. Il est le seul pour qui la résorption du déficit, affichée comme ardente obligation, fait passer au second plan les petites trouvailles pour faire baisser le chômage.
Pourtant, comme toujours face à ce genre de candidats, autant on le voit bien prendre un poste d’opérationnel, autant on le voit peu savoir se placer au dessus de la mêlée des avis et des positions pour jouer un rôle de régulateur.
Conclusion : Un peu de patience Philippe. Il y a du bon, mais c’est encore un peu vert.
Martine Aubry : la DRH pète sec !
Le CV :
Fille de son père, elle effectue le parcours classique de l’élite administrative et politique française. Université, Sciences pô, ENA.
Puis très vite, elle entre dans les cabinets ministériels où son tempérament d’homme d’action la fera vite remarquer. ( En creux, c’est pas flatteur pour les autres…).
Elle se fera surtout un nom comme ministre du travail en faisant voter « à la hussarde » les lois Aubry sur les 35 heures. Il faut dire qu’elle s’était déjà fait la main dans les années 80 avec les lois Auroux.
Avec sa fondation « Agir contre l’exclusion », une expérience de fermeture d’usine chez Péchiney et les lois Auroux et Aubry, Martine Aubry est une spécialiste des lois sociales.
Sa région du Nord Pas de calais l’apprécie, mais elle en aura mis du temps à la séduire !
Son programme.
On avait aimé le père, on n’adore pas sa fille, hélas. Nourrie au lait de l’Etat, elle ne pense qu’à légiférer. C’est ce qu’elle sait le mieux faire et son passé plaide pour elle. Mais La France n’a pas besoin d’un Directeur juridique ou un DRH de plus. Certes, elle a pris soin de cultiver quelques relations avec le patronat et a réussi a récupérer le succès de l’opération Lille, capitale européenne de la culture, mais est ce suffisant pour diriger l’entreprise France ?
Elle est en panne d’idées nouvelles, et ses emplois jeunes sentent la dépense et le recuit.
Entourée d’apparatchiks, elle n’est pas au rendez vous de la France du troisième millénaire.
La Personnalité.
La principale qualité de Martine Aubry est son tempérament. Fort et carré, il en ferait un bon directeur administratif ou un DRH pour entreprise musclée. Mais c’est aussi sa faiblesse, car elle ne sait pas ou ne veut pas séduire et les français aiment tomber amoureux. Ségolène les a eux comme ça en 2007 ! C’est qu’elle n’ est pas commode la Martine. Malgré des efforts méritoires, elle n’arrive pas à passer pour une femme d’écoute.
( Tout le contraire de François Hollande )
Conclusion : Dans une entreprise étatique, ça pourrait coller, malgré une capacité d’écoute difficile. Mais la France n’en peut plus d’être une économie administrée.
François Hollande. Un habile secrétaire général.
CV :
Fils d’une assistante sociale et d’un toubib, il a sans doute été élevé un peu bourgeoisement.
Une éducation catholique, un parcours scolaire polyvalent : HEC et ENA.
Après avoir milité à l’Unef , devenu conseiller économique de François Mitterand, François Hollande fait une double carrière d’apparatchik au sein du Ps , auprès de Lionel Jospin puis
comme premier secrétaire et comme élu corrézien. L’ancrage territorial qui a tellement servi Jacques Chirac !
Personnalité.
C’est le point fort de François Hollande. Il est populaire et remportera sans doute la présidentielle parce qu’il inspire confiance ! Il a une bonne tête, est souriant et sait faire preuve d’humour. Il a pris soin de soigner sa tenue et tente actuellement de ne rien faire qui puisse dresser contre lui. C’est un garçon avec qui on passerait bien le réveillon. En plus, il est subtilement intelligent et sait prendre des positions modérées y compris dans le champ économique. C’est un Alain Poher d’aujourd’hui. C’est un homme d’écoute qui essaye de passer pour un homme d’action. ( le contraire de Martine Aubry )
Programme.
Celui du parti socialiste ? En tout cas, son idée de contrat de génération est une mauvaise idée. Sa position sur le nucléaire est raisonnable. On peut lui faire confiance pour adopter des positions sénatoriales devant les grands problèmes qui vont se poser à lui quand il sera élu.
Conclusion : François Hollande ferait un excellent secrétaire général. Mais on cherche un DG !
Conclusion des conclusions :
Le Ps est condamné au travail d’équipe. Faute de posséder un candidat d’exception, il devra se choisir Hollande comme régulateur, mettre Valls à L’industrie et aux finances, Aubry à l’intérieur et à la justice, Montebourg à l’éducation nationale et Ségolène aux affaires sociales.