Peut on être cadre et libre ?

Drôle de question !
Et pourtant
Quand on regarde vraiment le quotidien des cadres et des salariés, de quelle liberté disposent ils vraiment ?
Les définitions de poste précisent, souvent par le menu, ce que vous devez faire
Combien renseignent sur votre marge de manœuvre ?
C’est-à-dire :
- Qu’est ce que je peux vraiment faire seul, sans demander l’autorisation à quiconque ou informer quiconque ?
- Qu’est ce que je peux faire en informant à posteriori ?
- Qu’est ce que je peux faire en informant à priori ?
- Qu’est ce que je peux faire en demandant l’autorisation ?
- Qu’est ce que je ne peux absolument pas faire ?

Cette réalité se découvre au coup par coup, de manière très décousue, et très subtile, au fur et à mesure de votre
« vieillissement » dans l’entreprise
Dans la plupart des cas, on apprend très vite que ses marges de manœuvre sont très mesurées voire infimes
Bien sûr, certains secteurs sont plus verrouillés que d’autres : la fonction publique, les banques, les assurances, toutes les grandes bureaucraties en général
Le BTP, la grande distribution, les PME/PMI, les transports routiers, le bâtiment, par exemple, donnent de plus grands espaces à leur personnels, parce que la profession impose d’agir vite.
Bien sûr certains postes de managers, décentralisés dans des unités moyennes ou petites, loin du siège, profitent d’un peu plus d’air…
Bien sûr les entreprises de culture anglo saxonne pratiquent la responsabilisation par le résultat et le management d’un centre de profit ( mais le plaisir en est souvent gâché par un reporting pesant )

Mais combien d’organisations françaises ont sincèrement épousé la logique de la gestion « au résultat » ?
Elles préfèrent se délecter de l’administration d’objectifs savamment pesés, respectant religieusement le trop fameux S.M.A.R.T, plat de résistance de l’ennuyeux entretien annuel…
On est encore largement dans la logique de l’autorisation de faire « au coup par coup » dans le cadre de budgets pré définis et sous le contrôle omni présent des contrôleurs de gestion, du contrôle interne, du contrôle qualité.

La liberté expire quand le contrôle empire…
Quoiqu’on dise, le siège reste le seul et unique centre de pouvoir , le « tais toi et bosse » le principal commandement
Des consultants s’essayent régulièrement au jeu de la liberté dans une soirée décontractée avec le patron :
les imprudents qui se sont risqués à croire à l’extinction de la censure en sont pour leurs frais, le lendemain….

On peut tout dire, sauf ce qui déplaît au patron !
Paradoxalement, les directions d’entreprise continuent à croire aux vertus du projet d’entreprise
Mais le projet d’entreprise ne s’adresse qu’à des hommes libres, considérés comme des partenaires à part entière et non comme des serviteurs aux ordres !
Comment, dans ces conditions susciter la créativité qui est la matière première la plus importante de toutes, celle qui nous permettra de retrouver la tête des économies développées ?
L’une des plus belles définitions du manager que je préfère est celle ci :
Le Boss , c’est celui qui permet de faire.

Et puis enfin, il faut oser dire que la liberté se paie; elle se paie partout même en entreprise
Beaucoup de cadres se taisent car ils ont peur des conséquences d’être soi même, sur leur augmentation, leur carrière ou même leur présence dans l’entreprise
Combien sortent des petits calculs pour oser dire : « je ne suis pas bien dans cette boîte là, avec ce chef et ce patron là , j’ose rester moi même , j’ose dire, même si la fin prévisible de ce processus est mon départ de l’entreprise » ?

L’action du DRH

L’entreprise n’est pas une démocratie
c’est une organisation hiérarchisée qui a besoin d’ordre pour être efficace
Néanmoins, tout le monde sait que l’esprit d’initiative et de responsabilité ne peut éclore dans un milieu contraint
Il appartient au DRH de plaider pour une répartition équilibrée de l’organisation entre ce qui est nécessaire à l’ordre ( qui doit être limité au maximum ) et les bulles d’air indispensables à l’épanouissement des talents
Le vrai effort est à fournir du côté de l’éducation des salariés à la responsabilité
Il ne consiste pas à multiplier procédures et règlements

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