Pourquoi la négociation sociale est elle si difficile dans le secteur public ?

Le gouvernement actuel a bien pris soin d’inscrire les discussions sur le financement des retraites dans un cadre de consultation et non de négociation.
Pourquoi a-t-il fait ce choix ?
Parce que la négociation, qui implique concession réciproque, est tout simplement impossible dans le secteur public. Ceux qui disent le contraire oublient de préciser qu’ils ont vendu leur chemise !
8 raisons expliquent que la négociation sociale , en France, dans le secteur public, se trouve dans une impasse.

Depuis Verdun, l’Etat français ne sait plus faire montre de caractère. Fléchir après avoir discuté lui apparait plus raisonnable que de se battre et subir les conséquences qui accompagnent le combat.
Mieux vaut un mauvais accord que « du sang de la sueur et des larmes ».
Les gouvernants anglais ont conservé les vertus de la ténacité, même impopulaire, pas les français.

L’idéologie imprègne toujours le principal syndicat ainsi que la plupart des hommes politiques de gauche. Cette idéologie pense toujours que le vrai pouvoir est celui de la rue et que la décision ne se fait pas autour d’une table de réunion , mais au nombre de manifestants et de grèves. Partout ailleurs , en Europe, le pragmatisme a chassé l’idéologie et démontré sa supériorité . La santé florissante des exportations allemandes est aussi le fruit d’une collaboration intelligente avec les partenairs sociaux , qui ont sû ménager politique d’augmentation des salaires raisonnable et priorité donnée à l’emploi.

Les français , héritiers spirituels de la jacquerie, n’arrivent pas à prendre parti pour « ceux du château » et ne peuvent s’empêcher de regarder avec une certaine sympathie, les manants défier le seigneur étatique. Les quais de gare comptent encore plus de gens « compréhensifs » que de gens « en colère ».

L’élite intellectuelle française ( professeurs et consultants ) cultive avec application l’art du consensus , en toute circonstance, même si, parfois, l’épreuve de force est nécessaire voire souhaitable.
L’art de l’éducation a connu, connaît encore, les mêmes avatars.
La reprise d’autorité qui n’arrive plus à s’établir de la part du pouvoir en place, laisse le champ à une espèce de finlandisation sociale, poussant l’autorité à concéder plus que de mesure , avant même que le combat ne commence, de peur d’avoir à vivre une épreuve de force, qu’elle cherche à tout prix à éviter.

L’arsenal juridique français , jusque dans sa constitution, a donné beaucoup plus d’importance au droit de la grève qu’au droit de la négociation. Et il ne se passe pas un conflit sans qu’un politique , appelé à donner son avis , ne commence son intervention par reconnaître son respect du droit de la grève, au lieu de plaider la vertu de la négociation .

Le mot dialogue est , dans la négociation sociale du secteur public, l’objet d’un grand malentendu : les syndicats savent admirablement utiliser ce mot quand sa réalité signifie que l’employeur se refuse à céder à toutes leurs revendications.
Dans le privé, depuis longtemps, tous les syndicats, y compris la CGT, ont appris la suprématie de la négociation sur la confrontation. Cet art de négocier qui fuit encore le secteur public, a été le fruit de lourdes batailles, gagnées ou perdues , par les uns et les autres. Ces batailles ayant toujours été perdues par le détenteur de l’Autorité dans le secteur public, cette pratique du compromis n’a pas pu s’installer.

Historiquement, les dirigeants des entreprises publiques et des administrations ont concédé beaucoup plus que de raison, donnant à chaque fois raison aux syndicats ultras sur les partisans de la négociation et du compromis.
Aujourd’hui encore , deux syndicats ont signé un accord à la SNCF ; si la direction cède à la CGT, imaginez la crédibilité qui restera à ces syndicats signataires ?
Ce serait aussi la faillite de la politique de négociation non conflictuelle , que souhaite imposer guillaume Pépy, qui a entrepris l’énorme tâche de contrer la gréviculture.
Toute la France de la réforme, du dialogue vrai et équilibré et de la raison devrait être derrière lui !

Les gouvernants français devraient prendre l’habitude de ne pas donner plus de pouvoir qu’ils ne méritent aux syndicats, en les consultant à tout propos, y compris lors du choix d’un dirigeant, ou en accordant une oreille trop complaisante à leurs critiques incessantes du management en place , dont ils se rêvent le contre pouvoir. L’Etat reçoit aujourd’hui la monnaie de sa pièce, pour avoir joué ce jeu dangereux . Et ça continue : la position des gouvernants dans l’affaire France télécoms ne fait qu’accroître la force du contre pouvoir syndical et miner l’autorité des futurs dirigeants. Ne pouvait on agir de manière aussi adaptée sans donner tort aux managers en place ? L’intervention de l’Etat dans la gestion de Renault sert il bien les intérêts des salariés français, quand une étude démontre que c’est la force de l’implantation d’une société industrielle à l’étranger qui tire son activité en France ? Mais il sera difficile de chasser les mauvaises habitudes d’une économie largement administrée où les partenaires institutionnels ont autant , voire plus d’importance, que les industriels et les managers.

2 commentaires sur “Pourquoi la négociation sociale est elle si difficile dans le secteur public ?”

  1. Métiers BTP dit :

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