La semaine dernière, le journal « Les Echos » signalait que l’absentéisme des agents des collectivités locales dépassait 20 jours par an et progressait d’année en année.
Que signifie donc le fait d’être absent au travail, là ou ailleurs ?
Il peut d’abord signifier que le travail n’est pas un endroit où je m’éclate et que donc, moins j’y passe de temps, mieux je me porte. L’évolution parallèle de la mise en place d’un management de type anglo – saxon, moins convivial que le management latin, de contraintes professionnelles pas forcément illégitimes, mais inconnues auparavant, en termes de service client, gestion, horaires, ou qualité, a rendu le travail « moins agréable » pour un certain nombre.
Le style de certains managers, souvent, n’incite pas non plus à rendre la communauté de travail très sympathique. Se croyant obligés de faire triste et sérieux pour passer pour de bons managers, ils stressent inutilement et gâchent la vie de tous.
Plus diplômés qu’avant, et, en tout cas, sinon plus qualifiés, détenteurs d’attentes supérieures, les nouveaux salariés trouvent une organisation qui n’a pas vu progresser parallèlement un nombre de postes suffisant pour les contenter tous.
Le Bac fait ce que faisait le CAP ou le BEPC, le Bac +2 a pris la place du bachelier, le bac +4 remplace le bac+2. On peut bien leur donner un statut cadre, ce n’est pas ça qui leur donnera des tâches d’un niveau de complexité et responsabilité à la hauteur de leur diplôme. La chasse au diplôme et le laxisme coupable des conventions collective en matière de classification, a fait des organisations, des armées mexicaines, qui baillent d’ennui !
Des organisations, souvent dans la sphère publique, ou les organisations privées bureaucratique ( banques / assurances ) , pour des raisons diverses, ont cru bien faire en morcelant à l’excès les tâches. Résultat : le travail des agents est pauvre. Ils sont trois pour faire le travail d’un seul.
Quand on est trois à se marcher sur les pieds, il y en au moins deux qui se sentent « de trop » ! Les syndicats, souvent, ont encouragé ce phénomène, oubliant que le trop peu de travail tue aussi surement, voire plus, que le trop de travail, mais pas de la même manière !
Si on travaille peu, à un poste peu qualifié, on ne se sent ni attendu, ni désiré, ni utile !
Beaucoup d’organisations fonctionnent mal et donc « pompent l’air » de leurs salariés, et s’étonnent, après, qu’ils étouffent et ouvrent les fenêtres pour respirer. Il est donc impératif de ré-enrichir le contenu des postes, de redonner de l’air et du pouvoir à un maximum de salariés, de pratiquer l’empowerment prôné par les manuels.
L’absentéisme, est, il faut bien le dire aussi, le reflet du fonctionnement du couple pression/ sécurité. En deux mots, si les conditions du travail sont trop peu contraignantes et l’assurance d’être bien indemnisé, forte, le salarié ou l’agent, a tendance à se lâcher un peu.
Dans le transport routier, où le délai de carence était important, le taux d’absentéisme de mon entreprise était de 4%. A l’inverse, une indemnisation totale facilite les absences.
La tension extrème, un stress élevé, ont aussi pour effet d’envoyer les salariés voir leur médecin. Ceux-ci, à vrai dire, ne sont pas trop regardants sur la réalité du motif invoqué. Ignorants des subtilités du monde de l’entreprise et du management, ils ont de la peine à imaginer les conduites détournées, utilisées par certains salariés, pour se venger du chef. Conséquence : les faux « malades » dé-crédibilisent les vrais.
En conclusion, au-delà des petits calculs de certains, qui méritent d’être sanctionnés sévèrement, l’absentéisme est le bulletin de vote des salariés de l’entreprise. S’ils ne votent pas, en s’abstenant de venir à l’entreprise, c’est souvent parce qu’on ne sait pas bien les y attirer et les y retenir.
L’entreprise ne peut plus être seulement un lieu de labeur.
Elevés au plaisir, pour la plupart, les salariés attendent de leur employeur et de leur travail, beaucoup plus que de l’argent, un statut, et même, une carrière, ils en attendent du plaisir au quotidien !