A priori, à condition d’ être un peu « partageur », on ne peut qu’être d’accord avec la proposition de partage en trois des profits de l’entreprise.
Certains DRH en ont rêvé. Lui, l’a dit.
Il faut souvent commencer par oser dire, pour changer les choses.
Mais la mise en œuvre, sur laquelle personne ne s’est étendu, n’est pas simple :
Côté actionnaires, si vous vous mettez à « leur » place , placeriez vous votre argent plûtôt dans une entreprise qui vous réserve les 2/3 des profits, ou plutôt dans celle qui ne vous en réserve que 33% ?
Et de ce point de vue , je doute que le retraité américain, même issu de la classe ouvrière, hésite longtemps à faire le même choix que le fils de famille, héritier d’une grosse fortune.
IL faut tout de même se souvenir que 40% des entreprises du CAC 40 appartiennent à des fonds de pension US, composés de retraités.
Le principe d’accumulation fonctionne aussi au niveau des individus : en deux mots, plus on en a , plus on en veut.
Mais aussi, plus on « peut » en avoir, plus on prend les moyens d’en avoir.
Jusqu’à perdre tout esprit critique : Parmi ceux que Madoff a volés , nombreux n’étaient pas de gros naïfs !
Il faudrait, « pour que ça marche » , qu’il existe des actionnaires « partageurs » qui, comme certains apôtres de l’environnement, ont choisi et décidé de se faire violence pour préserver la part des autres .
D’ailleurs, l’un des arguments des fonds éthiques n’est il pas que le respect de l’éthique
« paye » plus que son non respect ?
En deux mots , ils nous disent que la générosité paye.
Dans le principe du partage en trois des profits, la générosité fait perdre !
Côté entreprise, l’attribution du tiers des profits à l’investissement et à la recherche / développement ne pose pas de problème particulier.
La rémunération des dirigeants doit elle s’imputer sur ce tiers ou sur le tiers réservé aux salariés ?
Du côté des salariés, on l’oublie trop souvent lorsqu’il est question de partage, le principe, comme pour les actionnaires, ne va pas de soi non plus.
Il faut d’abord considérer que l’enrichissement est dû plutôt au travail du groupe qu’à l’inventivité de quelques uns .
L’histoire humaine nous apprend hélas que le progrès de la pensée, comme celui des sciences et de l’économie, a trouvé ses origines, beaucoup plus dans le talent ou le génie de quelques hommes d’exception, que dans le talent ou le génie d’un groupe quelconque.
L’entrepreneuriat est individuel, il n’est pas collectif.
Le capitalisme est d’abord une conception individualiste de l’action.
Le problème est , dans les résultats annuels d’une entreprise , au-delà de l’acte créateur individuel la plupart du temps, qui l’a vu naître, quelle est la part du talent de l’entrepreneur ou de l’équipe de direction et quelle est la part des différents collectifs de travail ?
Sans le travail de fourmi des ouvriers, leur professionnalisme , souvent, le talent au quotidien des techniciens et des ingénieurs et cadres , il est sûr que l’entreprise ne produirait rien.
Mais sans le management avisé de ces collectifs , aucune entreprise ne peut non plus survivre longtemps, surtout dans une économie aussi globalisée, où des concurrents invisibles et multiples ne rêvent que de vous tuer pour prendre votre place.
Est-ce que l’effort de ces collectifs « vaut » le tiers des profits ?
OUI.
Mais pas pour tout le monde.
Tous les actionnaires prennent le même risque alors que tous les salariés ne contribuent pas également à l’enrichissement de l’entreprise. Certains ne contribuent même pas du tout.
La participation, égale, a ce gros inconvénient qu’elle distribue en aveugle et est donc
« injuste ».
Ce caractère aveugle de la distribution peut être corrigé en choisissant de sectoriser l’Intéressement au sein de l’entité où les efforts du groupe humain« ont du sens » !
Ce nouvel intéressement serait calculé par rapport à des entités économiques , même petites, mais clairement identifiées, disposant d’un compte de résultat ou des centres de coût ou de responsabilité .
L’intéressement de l’entité serait ensuite distribué individuellement, en fonction de critères apparentés à ceux que l’on utilise dans le management par objectifs, tout en prenant soin de ménager une part collective, égale pour tous, et une part individuelle.
Finalement, le partage des profits suppose des actionnaires partageurs, des salariés impliqués et des dirigeants clairvoyants, sans quoi il n’y aurait rien à partager.