Aborder cette difficile négociation n’est possible qu’en ayant en tête quelques principes de base forts et en laissant de côté toute arrière pensée clientéliste ou démagogique.
Le nouveau régime doit être juste ; il doit être moderne , il doit être pérenne, il doit être accepté par le corps social.
Le nouveau régime doit être JUSTE.
1 – Négocier un nouveau régime de retraite, en invoquant l’esprit de justice, ne peut s’effectuer en laissant perdurer de tels écarts entre régimes publics et régime privé. L’argument de justice invoqué pour « faire payer les riches » n’est pas pertinent dans l’économie du régime de retraite, mais dans celui de la fiscalité.
2 – Aligner le régime privé sur le régime public est impossible.
3 – Aligner le régime public sur le régime privé est souhaitable et doit être décidé. Mais, sa mise en œuvre ne pourra s’effectuer que pour les nouveaux fonctionnaires ou agents publics , embauchés ou titularisés, à partir de la date d’application du nouveau régime de retraite.
4 – A cette date, tous les agents et salariés bénéficieront du même taux de substitution, c’est-à-dire du même pourcentage de retraite, eu égard à un salaire moyen déterminé sur une période de 25 ans. Pour les agents publics, les primes seront réintégrées dans l’assiette de calcul.
5 – Par ailleurs, cette unification des régimes de retraite , devra donner lieu à comparaison , à emploi équivalent , des salaires horaires du secteur public et du secteur privé, primes et avantages inclus .
Ceci sera effectué de manière à tuer , une fois pour toutes, les querelles entretenues à ce sujet , entre secteur public et secteur privé .
6 – L’avantage constitué par le fait de bénéficier d’une quasi garantie d’emploi à vie, devra être évalué de manière monétaire, dans ce travail de comparaison.
7 – A cette date, tous les salariés et agents publics recrutés, pourront prendre leur retraite, à l’âge qu’ils souhaitent, mais leur revenu sera fonction de l’état de leur compte personnel de retraite .
8 – A cette date, régimes publics et spéciaux et leurs avantages associés
( départs anticipés, trimestres gratuits, retraites mères de famille après 15 ans…) seront abolis, pour tous les nouveaux agents publics.
9 – Les salariés ayant exercé des emplois dits pénibles, calculés en fonction de la durée de vie des titulaires d’emploi, constatées par l’INSEE , pourront partir à l’âge qu’ils souhaitent , mais après avoir bénéficié d’un abondement sur leur compte retraite dit « abondement retraite pour travaux pénibles ».
Le nouveau régime doit être MODERNE
1 – Ce nouveau régime s’adressant à tout le monde , sera géré par une Caisse de Retraite Commune, où seront collectées toutes les cotisations retraite, patronales et salariales.
2 – Elle sera gérée de manière paritaire, mais son président , élu par le conseil d’administration, aura voix décisionnelle.
3 – Chaque salarié bénéficiera de son propre compte personnel de retraite qu’il pourra consulter à tout moment . Son montant de retraite sera calculé à partir de l’état de ce compte personnel .
4 – Le salarié , ou l’agent , aura la possibilité d’abonder ce compte par des versements volontaires ; l’organisme ou l’ entre prise pourront également abonder le compte retraite de leurs personnels , mais ces abondements apparaîtront sur un compte séparé du compte de la retraite dite de base.
5 – un taux de péréquation sera instauré , afin de permettre à l’effort de solidarité de se concrétiser.
Le nouveau régime doit être PERENNE.
Cette caisse de retraite générale devra trouver les moyens de trouver son équilibre et sa pérennité , sans faire appel à des concours dont ce n’est pas l’objet.
Son conseil d’administration déterminera , par lui-même , les éléments constitutifs de sa pérennité : taux des cotisations , taux de substitution, durée de cotisation, taux de péréquation.
Le nouveau régime doit être accepté par le corps social.
Les français ne sont pas idiots. ils voient bien que l’Europe va mal, qu’elle n’a plus les moyens de son modèle social et que la plupart de nos voisins ont choisi la solution la plus réaliste , en allongeant l’âge de la retraite.
Mais , ils n’accepteront les efforts demandés que s’ils ont le sentiment que cet effort est partagé ; ceci signifie que soit mis fin aux avantages historiques acquis, devenus sans objet, tels que ceux dont bénéficient les parlementaires , ou tous les bénéficiaires des régimes spéciaux ou les agents publics.
Malgré la difficulté à modifier ces régimes, il ne pourra être, une fois de plus, remis à plus tard , pour je ne sais quel motif, la réforme de ces régimes.
Enfin, l’effort contributif demandé aux entreprises et aux contribuables les plus riches , ne doit pas être écarté ; mais l’effort demandé aux entreprises ne peut l’être sans discernement , en distinguant bien celles qui supportent à plein l’impôt et celles qui ont les moyens d’y échapper.
L’effort demandé » aux riches » doit être étendu à toutes les niches fiscales accumulées et qui laissent perdurer des avantages sans incidence positive pour la société française.
Mais ces efforts ne doivent pas être partie à l’économie des retraites mais partie à l’effort de justice sociale inclus dans une réforme de la fiscalité.
La réforme du régime de retraite français doit être l’occasion de réinjecter l’esprit de responsabilité au sein des acteurs politiques et sociaux et de rendre les individus plus maîtres du cours de leur vie ; en ce sens, la retraite « à la carte » est une bonne idée .