Risques psycho-sociaux : les vrais raisons du traumatisme

Après la vague de suicides chez France Télécoms, le gouvernement exige des entreprises l’établissement d’un plan d’action avant février 2010.
Que faut il en penser ?
Les syndicats français sont heureux : ils sont en train de réussir à faire reconnaître que le management pratiqué en économie libérale, est nocif pour la santé !
Dans cette affaire, personne n’a un jugement clair : le gouvernement cède, comme d’habitude, à l’émotion de l’opinion et élabore prestement des mesures en réaction, et les syndicats continuent d’être idéologiquement opposés à l‘économie libérale et concurrentielle.

Selon nous, les raisons de la vague suicidaire actuelle tiennent,essentiellement, au fait que nos système d’éducation et de management ne préparent plus nos salariés à être les combattants de la guerre économique qui sévit, au niveau mondial.
Notre culture du travail , peut être adaptée aux années de vaches grasses, n’est plus en mesure de faire face aux changements économiques et à ses répercussions sur le marché du travail.

EN 1980, DRH dans une entreprise US, j’ai pris conscience que, peu de français, seraient capables de travailler dans une organisation au management aussi exigeant.
Dans cette entreprise, la pression de la concurrence et du profit n’autorisent aucune faiblesse.
D’ailleurs, il n’y a pas de salariés qui ne soient pas hyper professionnels ; tous ceux qui ne l’étaient pas ont été virés en deux coups de cuillère à pot.
Les syndicats , pourtant vifs, se battent, aux couteaux, contre une direction âpre au gain, mais qui apprécie la valeur des combattants d’en face.
Les salaires des ouvriers, au rendement, sont supérieurs de 15% à toux ceux de la région.
L’équipe des cadres est internationale. On travaille en anglais. Les données techniques transitent par satellite. L’entité est organisée en centres de profit. Les opérationnels ont tout pouvoir, les fonctionnels sont à leur service.
Les réunions durent 1 heure . Pas de compte rendu : chacun sait ce qu’il a à faire .
La sécurité est affaire d’exemplarité.
Les secrétaires, en congé maternité ou maladie, voient leur augmentation de salaire reversée à une collègue qui , elle, était présente .
A 17H , tout le monde, patron compris, a quitté l’usine.
La filiale française a les meilleurs résultats mondiaux de ce groupe, travaillant essentiellement dans l’aérospatial .
Bref, rien d’exceptionnel pour un salarié de culture US.

Nous sommes en France, en 2009, imaginez maintenant, ce que ce type de management pourrait produire auprès de salariés absolument pas préparés à cette discipline et à ce niveau d’exigence , et pour cause :
- Enfants, ils ont été élevés comme des personnes devant qui tout le monde se met en quatre.
- Collégiens, leurs grèves leur ont presque toujours donné raison et vu les ministres démissionner et les lois annulées.
- Etudiants, ils ont accumulé les diplômes , en croyant s’en faire une cuirasse , contre toutes les vicissitudes de la vie.
- Jeunes salariés de grandes entreprises, ils ont constaté que le code du travail et les conventions collectives, épaix comme des Larousse, leur donnaient droit à un CDI, c’est à dire , selon eux, à l’emploi à vie, à une accumulation d’avantages divers et variés, sans parler du travail à 35 heures , des congés à rallonge ( le plus grand nombre de jours des pays développés ) etc…
- Fonctionnaires, ils ont vu l’état patron, ne jamais être en mesure d’assumer ses décisions face au pouvoir syndical et compris qu’aucune décision , les concernant personnellement, ne pouvait vraiment se prendre, sans leur accord et qu’au pire, elle n’était pas prise, ou retardée le temps d’avoir épuisé d’innombrables et très indulgentes voies de recours de leur statut.

Bref, individus et salariés français des grandes administrations et de nombreuses entreprises, non exposées vraiment à la concurrence internationale, sont élevés dans une culture de travail très protectrice , productrice d’indulgences et de non professionnalisme , au moment même où la guerre économique promeut un management lourd d’exigences .

Il a échappé à tout le monde que cette vague de suicides touchait essentiellement des entreprises étatiques, nouvellement privatisées
et/ ou gérées selon des approches anglo-saxonnes.
En effet, s’il y a une population qui était la moins préparée à subir ce management exigeant, c’est bien celle là .
Le pire est que ces agents ne  » bénéficient » même pas du management anglo saxon, mais d’une carricature de ce management, addition du centralisme bureaucratique propre à l’administration et d’emprunts forcenés aux anglo-saxons !
La souffrance des populations à statut est réelle et pas imaginaire.
DRH dans une entreprise de culture publique en mutation, j’ai observé l’intensité de cette souffrance.

Quelle solution ?

Il n’y en a pas, sauf pour la frange étroite des fonctionnaires, ou agents publics, qui sont déjà, spontanément, de culture privée , c’est à dire possédant une culture de combat ( fighting spirit ) qu’ils sont prêts à mettre au service du patron.
Tandis que les vrais apôtres du service public s’y refuseront toujours !
L’Etat devrait comprendre que statut public et économie concurrentielle sont incompatibles.
La culture, les valeurs , des administrations, ou des entreprises publiques, sont à l’opposé des valeurs et de la culture des entreprises exposées à la concurrence.

La seule solution, pour l’Etat, consisterait à conserver à l’entité étatique sa mission de service public et à créer une nouvelle entité de type commercial composée uniquement de managers issus du privé et de salariés ,acculturés au mode de fonctionnement des entreprises privées hyper concurrentielles.
des salariés prêts à prendre un risque pour gagner plus et/ou, travailler de manière plus organisée, plus intense, plus autonome, mais plus stressante, aussi. C’est un choix de vie .

Donner encore plus de pouvoir aux IRP, au CHSCT, à la Direction du travail, ou exiger un rapport de plus aux entreprises, ne résoudra pas ce problème, qui touche à la culture profonde du travail ,telle qu’elle est devenue dans notre pays, dans une majorité d’organisations publiques ou privées.

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