Service public / Fonction publique, forcément associés ?

La France est le pays des fonctionnaires dit-on.
Et cette réalité fait débat, chez nous, depuis des lustres entre les pro et les anti.
Les pro mettent en avant le sens de l’Etat, la propagation et la défense des valeurs républicaines, le désintéressement , l’égalité de traitement des fonctionnaires : les « agents du service public »
Les Anti fonctionnaires, eux, se gaussent de l’amour immodéré des « agents » pour la sécurité, leur manque d’implication et de responsabilité, une productivité médiocre, une conception égoïste de leurs intérêts, quand leurs grèves à répétition paralysent le pays .
Ils leur reprochent surtout d’absorber une part significative du budget de l’Etat et donc de concourir à son appauvrissement.
Ceux-ci rétorquent en moquant l’aveuglement des salariés du privé à vouloir coûte que coûte enrichir des patrons assoiffés de profit.

Mais ce qui frappe surtout dans ce débat séculaire, c’est que l’essentiel n’est jamais abordé grâce à une confusion savamment entretenue entre fonction publique et service public :

Personne, en effet, ne se pose jamais la question de savoir si le service public ne fonctionnerait pas aussi bien, voire mieux, avec des personnels travaillant selon les règles du code du travail, comme des salariés de droit privé.
Les sujétions et devoirs particuliers auxquels sont théoriquement soumis les personnes travaillant dans un service public sont tout à fait incorporables, à titre de clauses spécifiques, dans un contrat de travail de droit commun.

Cette configuration service public/ salariés de droit privé , n’aurait que des avantages :
Elle permettrait à la notion de service public de trouver son vrai périmètre : un périmètre non perverti par toutes les « tares » dont, à tort ou à raison, on affuble la fonction publique
Surtout, elle aurait l’avantage de permettre aux salariés travaillant dans un service public d’avoir des conditions de travail et de rémunération, donc de motivation et de performance, comparables à celles des salariés d’entreprises commerciales ou industrielles.

Quand je dis performances comparables, je triche un peu, car le statut  » privé » des personnels ne placerait pas pour autant l’activité de service public dans des conditions de performance identiques, pour trois raisons tenant à la concurrence, à la nature publique de la propriété et au style des dirigeants :
L’aiguillon de la concurrence, et la nécessité de satisfaire le client, sont de puissants facteurs de performance collective. Le monopole du service public le prive souvent de ce salutaire aiguillon. c’est pourquoi il est important, quand c’est possible, que l’activité de service public cohabite avec une activité privée ( cas de l’Education et de la Santé en France ) afin d’introduire un minimum de  » compétition »

Par ailleurs, l’argent public n’est, hélas, bien souvent, l’argent de personne.
Et l’argent qui appartient à personne est un argent facilement gaspillé…..
Sauf à imaginer un contexte idéal d’hommes totalement vertueux, se consacrant au service du bien commun !
Enfin, il serait temps de considérer qu’il n’y a pas un management de type  » public » réservé à des énarques ou des profils hauts fonctionnaires et un management de type  » privé » réservé aux élèves des grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs. C’est bien le même management qui s’applique, même si les finalités diffèrent. Et donc le choix des dirigeants doit se faire selon les mêmes critères d’efficacité ( ce qui n’exclue pas l’humanisme )

Mais enfin, si tous les  » servants  » du service public étaient des salariés de droit privé, on ne connaîtrait plus une situation où des personnes normalement compétentes et motivées par leur travail à leur arrivée ( voire plus ) se transforment, année après année, sous les contraintes de statuts archaïques, de hiérarchiques placés en situation d’irresponsabilité et de la mauvaise gouvernance de l’Etat patron, en individus, pour la plupart, privés de zèle et condamnés à l’impuissance;
Un certain nombre de pays européens ont eu cette lucidité . La deutchbahn ( les chemins de fer allemands ), La Suisse et même l’Italie , n’ont pas eu peur de supprimer leurs populations à statut

Or je suis personnellement convaincu, avec beaucoup de français, de l’importance du service public, parce que le bien commun doit rester la propriété commune : l’air, l’eau, l’accès de tous à l’éducation, à la sécurité, à la santé, les grosses infrastructures routières et ferroviaires, l’accès à la culture ….sont des biens communs ou devenus communs grâce à l’argent de nos impôts qui les ont payés.
A ce titre, je ne comprends pas la privatisation de l’eau, ni celle des autoroutes …
Quand les hommes publics , pour se justifier , nous disent que l’Etat ne possède pas le savoir faire nécessaire à leur bon fonctionnement, ils apportent de l’eau à mon moulin : le savoir faire des « privés » tient à la nécessité où ils sont d’apporter un bon service ou bien de se voir remplacés par de plus compétents !

La nature humaine est ainsi faite que l’optimum est obtenu par un savant équilibre entre tension et sécurité : Le maximum de sécurité des populations sous statut et leurs organisations bureaucratisées, découragent les initiatives.
Comme l’incertitude et le stress permanent de certains managers d’entreprises privées s’avèrent contre productifs pour beaucoup de salariés.
Entre les deux, il y a de la place pour des organisations facilitantes et responsabilisantes et des managements exigeants et humains. Le service public n’aurait qu’à gagner à s’offrir les deux.

L’action du DRH

Bien entendu, ce n’est pas vous qui allez décider de supprimer la fonction publique
Néanmoins il vous revient, si vous travaillez dans un organisme de culture publique, de réfléchir à la question d’améliorer la qualité de service et donc de rechercher les raisons qui entraînent un personnel souvent plus diplômé et plus qualifié que la moyenne, à travailler en dessous de ses capacités
( Vous n’y arriverez que si vous mêmes avez les moyens de comparer les performances de votre organisation avec celles du privé
Sinon, vous ne serez pas en mesure de comprendre ce propos )
Ayant réfléchi à cette question, il vous appartiendra de mettre en oeuvre , avec votre DG, un plan raisonnable d’actions susceptibles de faire évoluer les pratiques et les comportements
Se reporter aux autres articles où nous avons déjà traité cette question.

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