Je viens de découvrir dans un article des Inrocks qu’un cabinet de recrutement de stagiaires vient de voir le jour. Ses créateurs payés par les entreprises au résultat s’engagent à présenter 5 CV par offre de stage. Des Cv sélectionnés par leurs soins bien entendu.
L’occasion nous est donnée de s’interroger sur la pertinence du stage, devenu ( ou présenté) comme un incontournable du cursus scolaire.
Comme DRH, à l’origine, je voyais plutôt les stages d’un bon œil : le moyen de faire découvrir à des jeunes en scolarité, le monde de l’entreprise. D’autant que la formation française était plutôt académique !
Au point où on en est, je considère que les stages ont été détournés de leur objet.
Deux situations m’amènent à penser ainsi :
Soit les stagiaires n’apprennent rien, parce que l’entreprise ne sait pas quoi en faire, parce que les stagiaires ne savent ni ne peuvent rien faire, et les stagiaires sont condamnés à faire des cafés ou des photocopies. Et l’entreprise perd son temps et son argent.
Soit les stagiaires sont une main d’œuvre directement utilisable; et l’entreprise va s’en servir comme main d’oeuvre d’appoint, ou comme sas préparatoire à ses futurs recrutements.
Et ce sont les stagiaires qu’on exploite, ou dont on se moque.
Dans les deux cas, ce n’est pas bon !
Je crois qu’il faut revenir aux fondamentaux.
Le rôle de l’école est de fournir le savoir. Celui de l’entreprise, le savoir faire.
Les formations en alternance prétendent faire les deux.
C’est possible mais à condition de bien savoir ce qu’on met dans le mot « stage » !
Si la formation en alternance s’effectue dans le cadre d’un apprentissage, ou d’une formation en alternance, l’un ou l’autre ménageant des périodes de formation longues et structurées, l’opération est gagnante pour le jeune comme pour l’entreprise. A condition que le salaire corresponde aux apports réels du stagiaire, et non à la rémunération légale du « stage commun ».
Si la formation en alternance se réduit à des stages courts, d’une à quelques semaines, même payés, l’opération est perdante pour les uns, ou les autres, ou les deux.
Que fait- on des jeunes qui ne sont pas dans un cursus d’apprentissage ?
Si les étudiants ne sont pas engagés dans un cursus d’apprentissage, ils ont intérêt à rechercher des CDD et les choses seront claires.
Ils travailleront comme des salariés et seront payés comme tels.
C’est comme ça que faisaient tous les étudiants de ma génération et que font beaucoup de jeunes dans de nombreux pays. Ils feront profit en argent et en expérience de ces CDD.
Vous allez me répondre qu’on règle le problème des étudiants mais pas celui des jeunes du secondaire.
Je vous réponds qu’il y a un temps pour tout. Les résultats scolaires en France ne sont pas si bons qu’ils peuvent permettre aux jeunes scolaires de s’éparpiller un peu plus. L’enseignement est déjà assez atomisé comme ça !
Qu’ils apprennent d’abord ce que l’école a à leur faire apprendre !
Cette distinction que je propose entre stages structurants effectués dans le cadre d’un vrai apprentissage et stages « autres », serait préférable à la mélasse actuelle, à laquelle a abouti une intention de départ sans doute louable, mais dont les dérives actuelles sont manifestes.
Ces dérives prescrivent que l’Education nationale et les écoles, en association avec les entreprises, remettent en cause la plupart des formules de stages actuelles, pour ne conserver que les plus bénéfiques aux stagiaires comme à l’entreprise.