Valeurs, valeurs, valeurs…….

Le mot valeur est à la mode dans le vocabulaire RH et managérial
Les valeurs sociales représentent des manières d’être et d’agir qu’une personne ou qu’une collectivité reconnaissent comme idéal
Elles sont appelées à orienter l’action des individus dans une société, en fixant des buts, des idéaux, autrement dit, en donnant des moyens aux individus de juger de leurs actes.
Pour les entreprises, il est devenu de bon ton de parler de « nos valeurs »
De code éthique en code de déontologie, en passant par la charte des valeurs ou autre code de bonne conduite, en entreprise, le DRH est devenu le gardien de ces nouvelles tables de la loi !

Le Moïse de ces nouvelles tables ne s’est pas démocratisé beaucoup.
Un matin, un Président ou un DG se pique de fabriquer sa charte des valeurs.
Autour du DRH et de quelques happy few, les idées fusent et s’ordonnent , après quelques retouches, en un document aussi idéaliste que pompeux.

Que faut il en penser ?
Derrière ce phénomène, deux réalités sont à distinguer.

Une réalité observable
Chaque individu , chaque groupe, chaque entreprise, agit, consciemment ou non , en fonction d’un ensemble composite d’éléments : principes ou convictions personnelles, plus ou moins inspirés par l’éthique ou une morale humaine, habitudes de travail , valeurs induites par le métier, consignes de travail émanant du supérieur, procédures propres à son organisation….
Les principes personnels ont été acquis, le plus souvent, dans son éducation, son histoire, lors de ses premières expériences marquantes, personnelles ou professionnelles….
Les métiers ou fonctions occupés sont les éléments les plus visibles des  » manières d’agir ».
L’artisan ne se comporte pas comme le commerçant.
Un indépendant exerçant une profession libérale ne se comporte pas comme le cadre supérieur d’une grosse entreprise.
Un patron de PME , propriétaire de son entreprise, ne se comporte pas comme un directeur gérant.
Une entreprise latine ne se comporte pas comme une entreprise anglo-saxonne.
Un dirigeant d’une entreprise publique ne se comporte pas comme celui d’une entreprise privée ; les agents d’un service public ne se comportent pas comme des salariés du privé…
Les métiers ou fonctions exercés, dans un contexte professionnel donné, influencent fortement les manières d’être et d’agir , à côté des convictions personnelles.
Par exemple, ceux qui  » fabriquent » n’ont pas la même relation au produit que ceux qui le vendent, ni n’attachent autant d’importance à la rapidité que les gens du service ; ceux qui vendent ou distribuent attachent plus d’importance au service cient ou au prix de vente que ceux qui produisent. les valeurs accordées par les uns et les autres, à la qualité de fabrication, au service client, à l’argent, ne sont forcément pas les mêmes, ou n’ont pas le même degré d’importance.

D’autres strates s’ajoutent aux convictions personnelles et aux métiers occupés pour orienter l’action des individus :
Le style de management du détenteur du pouvoir suprême dans l’organisation, l’histoire de l’entreprise, la personnalité de ses anciens dirigeants, la nature de son marché, l’environnement règlementaire, la culture de l’entreprise tout simplement.

Une réalité virtuelle
Les valeurs sociales vécues ( manière d’être ou d’agir ) sont hélas souvent bien loin des valeurs affichées.
La plupart du temps, presque toujours, les hommes ne sont pas conscients des principes qui les gouvernent et, quand ils le sont, ils le nient le plus souvent.
L’avare de Molière serait le premier à nier son avarice….
Ils le nient parce qu’ils croient souvent agir pour de bonnes raisons.
Pour éviter de jeter un regard lucide sur une réalité bien différente ?
Les chartes d’entreprise sont toujours très exigeantes :
Par exemple, être au service du client ou de l’usager, implique des comportements humains et d’entreprise qui , dans l’absolu, se fichent bien de l’heure de votre repas, de vos RTT , de vos 35 heures, de votre impatience, de votre confort de travail, …..
Je n’ose parler des chartes qui vantent le professionnalisme , la qualité de l’accueil, la souplesse, la disponibilité , la transparence.

Tout enfant, élevé dans les valeurs chrétiennes, j’ai trop tôt mesuré le gouffre qui séparait les mots et les actes.
Plus tard , j’ai fait le même constat en lisant les brochures de présentation des entreprises, les éditoriaux de la presse d’entreprise , les discours des présidents et des directeurs, les chartes d’entreprise, les séminaires de formation…
Publicité et annonces de recrutement remportent la palme .
J’ai même le sentiment, sans pouvoir l’expliquer, que plus une entreprise ou une organisation parle de ses valeurs, plus elle en est loin, dans les faits.
Les valeurs, hélas, c’est un peu comme l’amour, plus on en parle……Les entreprises de tradition latine seraient même, à mon avis, les plus hypocrites !
Aussi brillantes dans le discours sur les valeurs que modestes dans leur respect !
Les patrons chrétiens ou inspirés d’une autre philosophie humaniste sont ils différents des
autres ?
Les organisations mutualistes sont elles plus agréables à vivre pour leurs salariés, leur management se distingue t il des autres ?
Crédit agricole et Caisse d’épargne n’ont pas hésité à se livrer à la spéculation.
Je crois que certains individus , patrons ou salariés, essaient de se conformer aux principes supérieurs auxquels ils croient .
Un DRH humaniste essayera de limiter les conséquences dommageables des décisions que sa fonction lui commande.
Ceci ne joue que sur les marges et ne touche pas la gouvernance.
A l’inverse, des individus ou organisations, construits sur les pierres de généreux principes, se révèlent piteux gestionnaires et managers inefficaces : le monde associatif est l’exemple fréquent d’un amateurisme confondant.

L’action du DRH
Soyez humble et remisez les déclarations enflammées.
Faire ce qu’on dit et dire ce qu’on fait, est un principe modeste, appris au CJD ( centre des jeunes dirigeants ) .
Le seul qui devrait orner votre charte.
Il n’est déjà pas si facile et à lui seul susciterait bien des débats, au MEDEF ou au gouvernement.
Chez tous ceux qui croient plus à Machiavel qu’à la vertu !

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